Le Wallon Lasea veut rayonner au pays du Soleil levant

©Kristof Vadino

La pépite liégeoise spécialisée dans l’usinage laser de haute précision investit 7,3 millions pour tripler ses capacités. Elle lorgne l’Asie, le Japon en tête, et planche sur une IPO d’ici 5 ans. Des acquisitions sont possibles.

Nouveaux développements en vue pour Lasea. Avec sa croissance organique de plus de 30% par an pour la septième année consécutive, les murs étaient devenus trop petits pour la pépite liégeoise spécialisée dans l’usinage laser de haute précision. Elle a donc décidé d’investir dans un bâtiment flambant neuf, à deux pas de l’actuel, sis au cœur du Sart-Tilman, tient-on à bonne source. Coût total de l’opération? "Quelque 7,3 millions d’euros", évoque Axel Kupisiewicz, CEO et fondateur, qui commençait sa carrière non loin, au Centre spatial de Liège (CSL).

"Désormais, nous allons pouvoir tripler notre capacité de production, de même que passer, dès 2020, à 85 collaborateurs (contre 76 aujourd’hui, hors Ciseo dans laquelle Lasea a des parts, NDLR). Dans quelques années, on prévoit de franchir la barre des cent personnes, rien qu’en Belgique."

C’est qu’il en faut du monde pour servir ce marché de niche, consistant au marquage, à la gravure, au perçage, à la découpe, à la texturation ou l’enlèvement de couches minces par laser, où Lasea est "clairement leader". En cause? "On a été les premiers dans nos technologies", se félicite le patron, fier du chemin parcouru.

"L’Asie est clairement un marché important pour nous aujourd’hui."
Axel Kupisiewicz
CEO et fondateur de Lasea

Grâce à ses technologies de pointe, s’appliquant aussi bien aux implants cochléaires ou intra-oculaires, qu’à l’électronique, aux seringues ou aux montres, la pépite liégeoise, nominée parmi les entreprises prometteuses de l’année en 2017 et les Fast 50 la même année, aligne les clients prestigieux. "On travaille avec les leaders dans leur domaine, comme Sanofi dans la pharma, le top 5 des fabricants de montres de prestige ou bien des grands noms de la Silicon Valley." De même, hasard de l’histoire, la jeune pousse est parvenue à se tailler une place dans un créneau a priori bien loin des grands travaux: l’horlogerie-joaillerie. Avec ses lasers, véritables bijoux technologiques, elle peut décorer mouvements et lunettes de garde-temps. Une activité qui représente désormais 50% des revenus.

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Si les noms de références actuelles sont bien gardés, par le passé, Lasea a par exemple travaillé pour AGC, Baxter, Daikin, GSK, InBev, ou encore Valeo, venus chercher un savoir-faire unique – s’expliquant par "un choix de spécialisation et de marchés par rapport à la concurrence". De quoi lui permettre d’exporter la quasi-totalité des machines qu’elle produit – 88% sont vendus hors de l’Union européenne –, de même que d’empocher, l’an passé, le Grand Prix Wallonie à l’Exportation, ainsi que le Micron d’Or, récompensant la meilleure machine-outil en Europe.

20 ans d’histoire

C’est là le couronnement de vingt ans de labeur pour Axel Kupisiewicz, ingénieur et économiste de formation. L’homme fondait la petite entreprise en 1999. Par la suite, Lasea a bien grandi. Ce qui a changé la donne, c’est surtout son laser femtoseconde, présenté en 2011 à Munich, type de laser produisant des impulsions ultra-courtes permettant d’usiner avec une précision jamais atteinte – de l’ordre de 0,2 micron, soit 250 fois moins que le diamètre d’un cheveu – et sans apport de chaleur. "C’est depuis lors qu’on connaît notre croissance actuelle." À tel point que le chiffre d’affaires atteint désormais 12,3 millions d’euros, et ce grâce aux quatre grands secteurs que sont le luxe, le médical, le pharma et l’électronique.

Une situation au beau fixe qui a amené le CEO à racheter, fin 2016 déjà, les parts du fonds français, porté par des anciens patrons du CAC40, monté à bord en 2011. L’entreprise est désormais détenue à 50% par le fondateur et ses employés, et à 50% par la SRIW, Meusinvest et Epimede (Ethias, Fortis,…) "qui ont permis l’ancrage local de l’activité".

Une situation qui devrait se maintenir un temps. En effet, les analystes prévoient une croissance moyenne de 22% pendant 5 ans encore du marché de Lasea, de par le remplacement de machines mécaniques par des machines laser, porté par la demande croissante de produit high-tech. Quid de l’après? Vers quoi l’entreprise peut-elle se diriger? Vers de nouveaux produits. "Chaque année, on sort un processus au-dessus de ce qui se fait sur le marché, de par des efforts importants en R & D (22% du chiffre d’affaires, NDLR)."

Du reste, l’international peut aussi aider. Déjà très active en Europe (avec des filiales en France et une en Suisse) et aux USA, "l’Asie est clairement un marché important pour nous". Le Japon en tête, de par des activités déjà existantes. Deux contrats de distribution viennent aussi tout juste d’être signés en Chine.

Lasea pourrait aussi chercher de la croissance externe, changeant là son fusil d’épaule. Une IPO est même possible "d’ici cinq ans". De même, l’arrivée d’un éventuel partenaire n’a rien d’une hérésie "à condition d’un bon équilibre côté synergies".

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