Le futur d’Amazon est plus que jamais dans les nuages

En faisant un pas de côté au profit d'Andy Jassy, patron de la division cloud d'Amazon, Jeff Bezos pose un geste très clair. ©REUTERS

C'était déjà le cas dans les chiffres, c'est maintenant officiel: Amazon n’est plus une entreprise de distribution. Le cloud est le véritable business du géant américain.

On dit généralement que le meilleur moment pour tirer sa révérence, c’est quand on est au sommet. En annonçant son départ à l'automne prochain de son poste de directeur général d’Amazon qu’il a fondé et dirigé depuis 1994, Jeff Bezos applique à la lettre ce principe. Même s’il restera président de l’entreprise, c’est une page qui se tourne. Une page d’Amazon et une page d’Internet aussi.

Jeff Bezos fait partie de cette première génération d’entrepreneur internet qui a démarré depuis un garage à une époque où peu de monde savait ce que voulait dire le mot internet. D’une petite librairie en ligne à une entreprise mondiale qui pèse plus de 1.600 milliards de dollars en Bourse, Bezos a façonné au fil des ans un empire économique tentaculaire que la pandémie mondiale de Covid-19 a fini de consacrer comme acteur majeur de l’économie mondiale. Mais que signifie ce pas de côté du fondateur pour son entreprise?

Le vrai business d’Amazon, il est à base de serveurs, de stockage et de traitement de données en ligne.

Le cloud, la vache à lait du groupe

Ce n’est pas anodin si c’est Andy Jassy, le patron de la division cloud Amazon Web Services, qui succédera à Jeff Bezos à l’automne prochain. Au-delà d’être un proche de Bezos et d’avoir vécu ensemble les débuts d’Amazon.com (Jassy y travaille depuis 1997) et son ascension, Andy Jassy est avant tout la personne qui en 2003 a fondé Amazon Web Services. AWS, c’est désormais ce qu’on peut appeler la vache à lait du groupe. Nous connaissons tous Amazon.com, l’entreprise de distribution, roi de la logistique et de la livraison en quelques jours, mais ça, ce n’est que la vitrine. Le vrai business d’Amazon, il est à base de serveurs, de stockage et de traitement de données en ligne. Cette branche de l’entreprise a enregistré un chiffre d'affaires de 45,4 milliards de dollars et réalisé un profit opérationnel de 13,5 milliards l’année dernière. AWS a un potentiel énorme par rapport à l’activité de distribution qui arrivera tôt ou tard à un plafond. La division représente déjà 63% du résultat net du groupe et cette proportion devrait encore s’accentuer chaque année. L’arrivée d’Andy Jassy à la direction générale du groupe est un signal de plus qu’il est temps de considérer Amazon comme une entreprise spécialisée dans le stockage et la gestion de données, et non plus dans l’e-commerce ou la distribution.

Qui pour diriger AWS?

La question la plus importante liée au pas de côté effectué par Jeff Bezos et la nomination d’Andy Jassy comme directeur général est: qui remplacera ce dernier à la tête de la division cloud du groupe? Parmi les noms cités depuis l’annonce, on retiendra celui de Peter DeSantis, vice-président de l'infrastructure mondiale chez AWS et Matt Garman, qui est vice-président des ventes et du marketing. Tous les deux sont membres de l'équipe de direction d'élite de Bezos connue sous le nom de "S-team" et seraient des successeurs logiques.

Un troisième homme est aussi dans la course: Werner Vogels, le Chief Technological Officer d’Amazon et numéro trois du groupe. Une tout autre personnalité qui aurait une vision différente de ses deux compères, plus tournée vers les innovations technologiques que le business pur et dur. Les paris sont ouverts.

Jeff Bezos, c’est aussi un homme de média depuis qu’il s’est emparé du journal Washington Post.

Quel avenir pour Bezos?

60 ans, c’est presque l’âge de la retraite. Jeff Bezos ne compte pourtant pas chômer, mais il veut ajouter la dimension de plaisir à ses occupations. Entrepreneur dans l’âme, il compte se consacrer à des projets qui l’excitent et ravive sa flamme de diplômé de Princeton en informatique et génie électrique. On pense par exemple à sa société aérospatiale Blue Origin qui prévoit d’emmener des touristes dans l’espace, à un peu plus de 100 km au-dessus de la surface de la Terre. Le premier vol pourrait être tenté dès le mois d’avril prochain. Une étape cruciale dans la course au tourisme spatial où il talonne de près son rival Elon Musk et sa société SpaceX. Les deux hommes se tirent déjà la bourre en tête du classement des personnes les plus riches sur terre, chacun espère conquérir l’espace avant l’autre.

Jeff Bezos, c’est aussi un homme de média depuis qu’il s’est emparé du journal Washington Post. Il a racheté le quotidien en 2013 pour 250 millions de dollars à la famille Graham. Le fondateur d’Amazon voudrait aussi se consacrer plus à ses œuvres philanthropiques.

Des activités qui ne l’empêcheront pas de garder un œil sur son bébé depuis son poste de président du conseil d’administration où il veillera à ce que son empire ne s’effondre pas pendant qu’il retourne à son premier amour, l’innovation.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés