Le géant chinois Huawei peut-il résister à la pression US?

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Décryptage | Chaque jour qui passe, l’oxygène se raréfie pour le géant des télécoms, entend-on. Asphyxie en vue? Le groupe a en tout cas mis les gaz pour sortir la tête hors de l’eau.

Frappé par d’invalidantes sanctions venues des USA depuis de longues semaines maintenant, le fleuron de l’Empire du Milieu, Huawei, pourrait voir ses exportations diminuer de 5 à 25%, voire même ses smartphones disparaître purement et simplement des marchés internationaux, évoquent divers analystes.

"Il est possible que Huawei soit inclus dans un accord commercial."
Donald Trump
Président des Etats-Unis

En cause: la décision de poids prise par le département américain du Commerce dans la guerre commerciale qui oppose le Pays de l’Oncle Sam à la Chine, à savoir empêcher Huawei d’acheter du matériel américain. L’interdiction s’applique aux biens et services avec 25% ou plus de technologie ou de matériaux d’origine américaine, ce qui touche aussi, par ricochet, les entreprises étrangères que ses fleurons nationaux fournissent. Google et son système d’exploitation bien connu Android en ont fait les frais cette semaine. De même que de nombreux autres acteurs tech… jusqu’au concepteur, pourtant britannique, de puces ARM (les raisons de son suivisme sont floues), véritable incontournable dans la conception de ce qui fait le cœur des smartphones de tout un chacun – la société conçoit les microprocesseurs de 90% des téléphones portables et tablettes vendus dans le monde. Se pose dès lors une question simple: Huawei peut-il survivre face à la pression qui l’accable?

1. Des alternatives aux Américains et à leurs partenaires existent

À première vue, l’on serait tenté de penser que le géant chinois dispose, localement, de partenaires avec lesquels travailler, à l’instar d’Exynos (Samsung). Dans les faits, ils utilisent en réalité bien souvent une architecture américaine ou apparentée. Dans le cas du sud-coréen, c’est… ARM qui assure les arrières. Jusqu’au boycott. Même pour Kirin, les puces de Huawei même. Un vrai problème. Conscient de cette donne, le constructeur de l’Empire du Milieu a lancé depuis quelques années déjà les grands travaux afin de développer ses propres composants, entend-on désormais circuler dans le secteur. De quoi lui donner prochainement de l’air. À temps? Quand bien même Huawei ne pourrait être prêt à temps pour absorber le coup porté par les USA, malgré sa force de frappe plus de 100 milliards de dollars de chiffre d’affaires pour près de 190.000 employés, il pourra toujours compter sur la Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC), de même que divers acteurs restés indépendants. C’est notamment le cas de sa filiale R & D belge, que nous renseignons ajoutée à la liste noire américaine courant de semaine, qui pourra continuer à opérer.

Reste par contre qu’un effet secondaire de cette tendance se fera sentir: l’accélération de la prise d’indépendance technologique chinoise et le creusement du schisme entre les deux web qui se construisent en parallèle, l’un avec ses "Gafa" (Google, Amazon, Facebook, Apple), l’autre avec ses "Batx" (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi).

2. L’Occident, bien qu’en croissance, ne pèse toujours pas lourd

Ensuite joue un second élément en faveur d’une survie: bien que symbolique et en croissance, l’Occident ne représente toujours que 35% des revenus du géant chinois à ce jour. La Chine, à elle seule, pèse 51,6%, avec une croissance annuelle de près de 20%. Une donne qui pourrait amener Huawei à opter pour une sortie progressive occidentale, afin, pourquoi pas, de se réorienter vers des marchés moins hostiles tels que l’Asie pacifique, pesant déjà 11,4% du chiffre d’affaires. L’Afrique pourrait, elle aussi, constituer une piste importante.

En sus, il ne faudrait pas oublier que le géant chinois, ce n’est pas que des smartphones. Que du contraire. La majorité de l’activité provient de la fourniture d’équipements télécoms (en recul certes, suite aux sanctions, d’1,3% en un an) aux grands opérateurs de ce monde, comme Proximus ou Orange Belgique chez nous, de même que de services aux entreprises (en croissance de 23,8%) en matière de numérique.

3. Un deal est toujours possible entre la Chine et les USA

Puis vient le timing, enfin. La montre pourrait voir le soufflé tout simplement… retomber. Après tout, vendredi, Donald Trump a laissé entendre, pour la première fois, que le sort du numéro deux des smartphones pourrait être discuté dans le cadre des négociations commerciales avec Pékin. "Il est possible que Huawei soit inclus dans un accord commercial. Si on a un accord, je vois bien Huawei inclus d’une manière ou d’une autre", a déclaré le président en marge d’une conférence de presse. De quelle manière? "Il est trop tôt pour le dire. Nous sommes très inquiets (du risque que présente) Huawei du point de vue de la sécurité."

Pour ce qui du timing, Donald Trump s’est dit convaincu de la conclusion d’un accord rapide avec la Chine: "Les choses se précisent, arrivent vite et je pense que ce sera rapide. Car je n’imagine pas qu’ils puissent se satisfaire de voir des milliers d’entreprises quitter leurs côtes pour s’installer ailleurs."

En attendant, si Pékin se dit déterminé à conclure un accord commercial avec les États-Unis, elle est aussi prête à réagir avec davantage de contre-mesures, a déclaré un officiel chinois vendredi.

Puces | Le secteur mis à mal

Une chose est sûre: le conflit autour de Huawei, placé sur liste noire par Washington, risque de déstabiliser tout le secteur des composants électroniques, industrie mondialisée par excellence avec ses circuits de production souvent complexes. Les américains Qualcomm et Intel notamment, qui figurent parmi les plus importants producteurs de puces électroniques, ont annoncé qu’ils ne fourniraient plus le groupe de Shenzhen, à l’issue de la période de sursis de 90 jours accordée par la Maison Blanche. "L’impact peut être énorme, même si nous ne savons pas encore comment les choses se feront concrètement", nous indique Bill Ray, directeur analyste pour le cabinet Gartner. "Qualcomm domine le marché sur les smartphones et Huawei sera sans doute tenté d’augmenter la production de ses propres puces pour y faire face" – un projet qu’il nourrit depuis quelques années en secret. Ce qui risque de peser lourdement sur les équilibres globaux. En effet, le secteur représente pas moins de 475 milliards de dollars de revenus en 2018, estime Gartner.

 

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