interview

Le petit Belge qui a acheté autant de start-ups que... IBM

©Brecht Van Maele

Un petit Belge rivalise avec le géant IBM. En tout cas, en nombre d’acquisitions dans le secteur de la technologie. À côté de l’américain spécialiste en solutions informatiques et du britannique Just Eat, actif dans la livraison de nourriture à domicile, trône fièrement Intelligent. Rencontre avec son CEO, Jonas Dhaenens.

Dans ce zoning industriel un peu morne de la banlieue de Gand, l’entreprise technologique Intelligent dénote par la modernité de ses bâtiments, sorte de témoins de l’ascension fulgurante qu’a connue la boîte en quelques années. En 2016, la société a racheté autant de start-ups qu’IBM dans le secteur, d’après un rapport du site spécialité Tech.eu. Nous avons donc souhaité rencontrer Jonas Dhaenens, patron et fondateur de ce qui fut autrefois Combell, petite entreprise aux 5.000 euros de chiffre d’affaires, afin qu’il nous explique comment l’entreprise en est arrivée là.

Quelle a été votre réaction suite à la publication de ce rapport par Tech. eu?

J’ai été surpris (rires).

Pourquoi?

Parce que les acquisitions, ce n’est pas quelque chose de nouveau pour nous. Nous avons commencé à croître de cette manière depuis 2004.

Pour quelle raison?

Beaucoup de gens qui, comme moi, ont commencé dans l’hébergement de sites au début des années 2000, se sont mis à douter quant au chemin que devait emprunter leur activité. Ils avaient une vision plus technique que business, là où de mon côté c’était tout à fait l’inverse – je suis incapable de gérer un serveur moi-même. Ils ont donc décidé d’arrêter purement et simplement plutôt que d’aller de l’avant en construisant une véritable entreprise. À cette époque, j’ai donc pu réaliser de nombreuses petites acquisitions via Combell. Ce qui fait qu’en 2006, nous sommes devenus le principal hébergeur belge.

Puis la technologie a évolué?

"L’objectif, c’est de construire un groupe international."

Oui. Les sites internet sont devenus de plus en plus gros et ont donc commencé à demander des ressources et des infrastructures plus importantes. Par exemple, là où par le passé, nous pouvions héberger 4 clients sur un serveur, nous sommes arrivés à une situation où certains clients avaient besoin de plusieurs serveurs rien que pour eux. Nous avons donc dû revoir notre offre afin de l’étendre aux plus grandes entreprises et plus uniquement aux PME. En conséquence, notre activité d’hébergement dédié (spécifique à un seul client et pas à plusieurs, NDLR) a fini par dépasser l’hébergement classique en 2011.

Le véritable coup d’accélérateur est donc intervenu plus tard?

Effectivement, en 2012 nous avons racheté notre plus gros concurrent en Belgique pour augmenter notre taille. Puis, nous avons créé une filiale et racheté deux entreprises aux Pays-Bas. Résultat: en 2013, nous avions atteint 20 millions de chiffre d’affaires. Ce qui m’a donné l’envie d’atteindre 100 millions d’euros dans les 5 ans. Pour y parvenir, là où nous avions tout financé avec nos propres moyens, nous avons commencé à regarder ce qu’il était possible de faire au niveau du private equity. Nous avions besoin de capital supplémentaire pour assurer une telle croissance par acquisition. C’est à ce moment-là que le groupe de capital investissement Waterland est monté à bord, ce qui nous a permis d’enregistrer une année 2015 spectaculaire. Nous avons atteint un chiffre d’affaires de 59 millions d’euros.

Depuis, les acquisitions se sont enchaînées à un rythme effréné, notamment en Belgique, aux Pays-Bas et au Danemark… Pourquoi est-ce important?

"Nous visons les petites boîtes qui ont un portefeuille de sites important. En les rachetant, nous mettons la main sur la gestion de ces sites."

Le marché des applications en ligne est en train de devenir tellement complexe que nous devons grandir pour survivre, sinon autant vendre à un plus gros acteur qui, lui, est capable de gérer cette complexité. Ce qui peut aussi présenter une opportunité pour nous. En effet, dans les pays où nous sommes actifs, de nombreuses entreprises plus petites que nous font face au même dilemme.

Des proies potentielles?

Oui, parce qu’il peut s’agir de petites boîtes qui travaillent pour des entreprises avec des sites importants. En les rachetant, nous mettons la main sur la gestion de ces sites.

Quel est l’objectif in fine?

De construire un grand groupe international. D’ailleurs, il y a encore assez d’opportunités en Europe pour continuer à grandir.

N’avez-vous pas peur que votre groupe devienne trop grand, trop vite?

Ce qui est important, c’est la stratégie qu’il y a derrière. À chaque acquisition, nous nous assurons que les entreprises participent au capital, de telle sorte que nous puissions agir comme un seul groupe. Par ailleurs, si vous me demandez c’est faisable d’accueillir d’un coup 400 nouveaux collaborateurs à devoir gérer depuis Gand, je vous répondrai que ça ne l’est pas. Ce n’est possible que si vous avez un engagement de la part des managers sur place. C’est pour cela qu’ils deviennent co-actionnaires de notre entreprise après un rachat. Ils ont donc aussi un intérêt dans la croissance et la stabilité du groupe.

Ce qui n’empêche pas les différences de culture d’entreprise…

En Belgique, nous savons qu’il faut avoir du respect pour les autres cultures. Nous sommes donc loin d’une entreprise à l’américaine pour qui sa volonté fait loi.

Après toutes ces acquisitions, où en êtes-vous?

Nous avons atteint 96 millions de chiffre d’affaires en 2016. Nous comptons plus de 100.000 clients répartis dans différents pays. Et nous employons un peu plus de 560 personnes en Europe.

Des chiffres positifs…. Dès lors, doit-on s’attendre à ce que votre appétit se calme?

Il est vrai que nous avons atteint nos objectifs plus rapidement que prévu, en atteignant presque le chiffre d’affaires que nous visions en 2020. Une pause pourrait donc être possible, mais dans un groupe aussi divers que le nôtre, tous nos employés ne travaillent pas à la même chose. Certaines équipes ont donc encore la possibilité d’augmenter leurs capacités. De plus, lorsque nous achetons une société à l’étranger, cela n’ajoute aucune pression sur nos employés ici à Gand. C’est simplement un élargissement de nos services, histoire de proposer un peu plus de la même chose.

Vous allez donc continuer?

"Nous regardons vers de nouveaux pays comme la Suède, la Norvège ou encore la Suisse."

Je n’exclus pas que courant de cette année nous reprenions encore des entreprises dans les régions ou nous sommes actifs. Mais nous ne communiquerons pas de noms. Par contre, je peux vous dire que nous regardons aussi vers de nouveaux pays comme la Suède, la Norvège ou encore la Suisse.

Pourquoi ces pays?

Ce sont de petits marchés où il y a encore énormément de petits acteurs parce qu’il n’y a pas encore eu de consolidation pour former de grands groupes. Nous pourrions donc amener une réelle plus-value de par l’expertise dont nous disposons, là où les entreprises rachetées nous donneraient accès à une nouvelle géographie et à son marché. C’est gagnant-gagnant, sans que cela ajoute une énorme pression sur les équipes existantes.

Ces achats à l’étranger, ça dénote par rapport à vos débuts…

En effet. La première année, mon chiffre d’affaires était d’environ 5.000 euros… Mais il convient de remettre tout cela dans son contexte. À l’époque, je me souviens que pour demander un nom de domaine, cela se faisait par fax ou par la poste. Il fallait contacter un professeur de Louvain qui vérifiait que vous disposiez d’une société en Belgique. Une condition nécessaire.

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