"Les Américains sous-estiment Huawei" (Ren Zhengfei)

©REUTERS

Le patron du groupe télécom chinois, Huawei, n'entend pas perdre la face. Il a entamé des discussions avec Google, alors que la Maison-Blanche a laissé un délai supplémentaire d'adaptation.

"Vous, Américains, vous nous sous-estimez!". Tels sont les propos du patron et fondateur d'Huawei au lendemain de l'annonce de Google et autres producteurs de semi-conducteurs de mettre fin à toute livraison vers le Chinois.

"Le personnel politique américain, par ses façons de faire à l'heure actuelle, montre qu'il sous-estime notre force", indique Ren Zhengfei. "La 5G de Huawei ne sera absolument pas affectée (par tout cela). En matière de technologie 5G, ce n'est pas en deux trois ans que les autres entreprises pourront rattraper Huawei." 

En plaçant Huawei sur liste noire et en le pénalisant durement, le président américain Donald Trump a tiré une nouvelle salve contre Pékin. Les États-Unis voient dans la confrontation directe la meilleure approche pour freiner la montée en puissance de la Chine.

90 jours pour s'adapter

Lundi, Washington semblait toutefois vouloir calmer le jeu. Un délai de 90 jours a ainsi été accordé au Chinois et ses partenaires américains pour s'adapter. Google a dans la foulée indiqué qu'elle mettra pendant cette période à disposition de Huawei la mise à jour de ses logiciels pour les appareils existants.

Dans le chef du Chinois, on indique que des discussions sont actuellement en cours avec Google pour tenter de trouver une solution. "Google est une bonne entreprise et une entreprise hautement responsable", a affirmé le patron d'Huawei. 

Nous n'allons pas, à la légère et sur un coup de tête, nous passer désormais des puces américaines. Nous devons grandir ensemble (avec ces compagnies).
Ren Zhengfei
patron d'Huawei

Washington estime en effet que Huawei est un acteur incontournable des télécoms dans le monde en développement. Mais il pose des risques de sécurité nationale et de violation de la vie privée de ses utilisateurs en raison de ses liens étroits avec le gouvernement chinois. Ren Zhengfei, ancien ingénieur de l'armée chinoise, rejette ces accusations.

"Nous n'allons pas, à la légère et sur un coup de tête, nous passer désormais des puces américaines. Nous devons grandir ensemble (avec ces compagnies)", plaide Ren Zhengfei. "Mais en cas de difficulté d'approvisionnement, nous avons des solutions de rechange. En période de paix (avant la guerre commerciale, NDLR), nous nous fournissions pour moitié en puces venant des États-Unis et pour moitié venant de Huawei. On ne pourra pas nous isoler du reste du monde." 

Huawei "ne peut pas emmagasiner des logiciels et il n'y a aucune chance que l'entreprise survive durablement (...) sans accès à la chaîne d'approvisionnement mondiale", souligne le cabinet de consultants Eurasia Group.

Le jeu où le gagnant rafle tout

Pour Jake Stokes, qui fut le conseiller pour l'Asie de l'ex vice-président Joe Biden, l'administration Trump a tendance à voir dans les relations avec la Chine un jeu où le gagnant rafle tout, alors que l'administration Obama cherchait des domaines de coopération positive avec Pékin.

"Cela dit, je pense qu'il y a un consensus (...) selon lequel un rééquilibrage est justifié, et que c'est juste une conséquence naturelle d'un équilibre des pouvoirs modifié par la montée en puissance de la Chine", indique celui qui est désormais expert au centre de réflexion Institute of Peace.

Les relations commerciales avec la Chine, longtemps basées sur l'offre de main-d'oeuvre chinoise à bas prix, "se désagrègent", indique-t-il. "Une part importante et croissante de la Chine est un pays développé et elle agit comme un pays développé." 

Guntram Wolff, directeur du centre de réflexion bruxellois Bruegel, indique pour sa part qu'en cas de pression accrue de la part de Washington, "il sera très difficile pour l'UE de continuer à travailler avec Huawei".

Un haut représentant du groupe en Europe appelle les Européens à ne pas rester les bras croisés face aux attaques américaines. "Ce n'est pas seulement une attaque contre Huawei. C'est une attaque contre l'ordre libéral fondé sur des règles. C'est dangereux. Maintenant, cela arrive à Huawei. Demain, cela peut arriver à n'importe quelle autre compagnie internationale."

Il ajoute que compte tenu de l'importance de la 5G, Huawei est prêt à signer des accords de non-espionnage avec les gouvernements et les clients dans tous les États membres de l'UE.

Les déboires de Huawei booste l'action de Samsung

L'action du géant sud-coréen Samsung Electronics était en hausse de plus de 4% ce mardi à Séoul, dans le contexte des déboires de son concurrent chinois Huawei qui essuie les foudres de la Maison-Blanche.

Les investisseurs semblent penser que Samsung -premier fabricant de smartphones au monde dont les positions sont de plus en plus menacées par la concurrence de Huawei- pourrait être un des gagnants des déconvenues du géant chinois.

Les analystes expliquent que la décision américaine affectera la capacité de Huawei à vendre ses téléphones en dehors du marché chinois, ce qui a contrario profitera à son concurrent sud-coréen.

"Si vous êtes en Europe ou en Chine et ne pouvez pas utiliser Google Maps ou les autres services Android avec un smartphone Huawei, allez-vous en acheter un?", a interrogé MS Hwang, analyste chez Samsung Securities, cité par Bloomberg News. "N'acheteriez-vous pas plutôt un smartphone Samsung?" 

Au premier trimestre, Samsung a réalisé 23,1% des ventes mondiales de smartphones, contre 19% pour Huawei, selon la société International Data Corporation.

 

 

 

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