interview

"Les attaques des Etats-Unis sont politiques" (David Harmon, Huawei)

David Harmon

Huawei fait face depuis des mois à une polémique d’espionnage qui a affecté son image au niveau mondial. David Harmon, vice-president global public affairs du géant chinois, revient sur la situation du groupe.

Mi-avril se tenait à Shenzhen le Huawei Global Analyst Summit. Le rendez-vous annuel du géant chinois est l’occasion de présenter à la presse et aux analystes les résultats du groupe, mais aussi les tendances attendues. Cette année, la grand-messe avait une saveur un peu particulière, à l’heure où la marque est empêtrée dans des accusations d’espionnage. Pour L’Echo, David Harmon, vice-president global public affairs, revient sur la situation de l’entreprise, le scandale et ses conséquences pour le groupe.

Depuis plusieurs trimestres, le marché du smartphone est en déclin. Êtes-vous inquiet?
Evidemment, dans un monde parfait, on aimerait pouvoir compter sur un marché solide avec des taux de remplacement importants. Mais dans la réalité, les gens conservent plus longtemps leurs smartphones. Nos ventes restent toutefois très solides grâce à notre faculté à innover et le fait que nous gardons des prix accessibles. Il suffit de voir les chiffres de nos ventes ces dernières années. L’année dernière, nous avons vendu plus de 200 millions de téléphones. En 2017, 153 millions, 135 millions l’année d’avant et avant 107, 92, 75…

"Les accusations des Etats-Unis auront un effet très limité sur nos ventes totales puisqu’elles sont très faibles là-bas."
David Harmon
Vice-President Global Public Affairs chez Huawei

Votre objectif est-il toujours de devenir le plus grand vendeur de smartphones dans les deux ans?
Je ne suis pas certain que l’objectif soit exactement d’y arriver dans les deux ans. Mais notre ambition est effectivement d’y arriver dans les années à venir. Nous avons évoqué cet objectif pour la première fois l’année dernière, quand nous sommes passés deuxième devant Apple (Ce changement s’est fait sur base trimestrielle. Sur base annuelle, Apple a gardé sa deuxième place de justesse en 2018, Ndlr).

Le scandale américain n’a pas changé la donne?
Non, notamment parce que nos revenus issus de nos activités aux Etats-Unis représentent seulement une toute petite partie de nos revenus globaux. En 2018, les revenus combinés de l’Amérique du Nord étaient de 6,6%. Les accusations auront donc un effet très limité sur nos ventes totales puisqu’elles sont très faibles là-bas.

Avez-vous pu évaluer les conséquences des accusations sur vos revenus?
L’un de nos responsables a déjà annoncé que nos revenus pour le premier trimestre de cette année seront en augmentation de 39%, comparés à la même période l’an dernier. Cela indique que nos revenus continuent à progresser. Lors de sa présentation au Global Summit, Ken Hu (le CEO de Huawei, Ndlr) a également annoncé que plus de 40 contrats pour l’implantation de la 5G sont déjà assurés. Nous en avions une vingtaine en février, cela prouve que, là aussi, les ventes continuent.

Vous pouvez toutefois difficilement dire que ce scandale n’a pas eu d’impact?
Bien sûr que je ne peux pas le dire. Mais les récentes actualités ont permis de porter l’attention sur la cybersécurité, ce que nous avons toujours préconisé. Puis, toute cette attention autour de l’entreprise a augmenté la visibilité globale de Huawei. Tout le monde parle de nous maintenant. Le débat sur la cybersécurité est davantage un problème technique que politique qui devrait être discuté de façon rationnelle, sur base des faits plutôt qu’être conduit par des motivations politiques.

"Être transparent a toujours été dans notre politique, même si effectivement, depuis le scandale, nous faisons encore plus d’efforts pour communiquer sur ce que nous faisons."

Vous mettez en place une politique de transparence. Est-ce en rapport avec le scandale?
Nous l’avions mise en place bien avant. Notre premier centre de cybersécurité, installé à Londres, date de 2010. La décision concernant l’ouverture de celui de Bruxelles date de 2017, donc bien avant le scandale. Être transparent a toujours été dans notre politique, même si effectivement, depuis le scandale, nous faisons encore plus d’efforts pour communiquer sur ce que nous faisons. Il y a encore beaucoup de méconnaissances sur les bases de notre entreprise. La politique chez nous est donc encore plus qu’avant: "si vous ne nous croyez pas, venez voir par vous-même". Nous n’avons rien à cacher.

Si vous n’avez absolument rien à vous reprocher, comment expliquez-vous ces attaques?
Il y a des aspects géopolitiques derrière ce qui a été dit aux Etats-Unis. Mais regardez les faits. Il n’y a eu aucun incident impliquant Huawei sur les trente dernières années. En d’autres mots, où sont les preuves?

Les Etats-Unis n’ont pas d’entreprise prête aujourd’hui à déployer la 5G. Est-ce une des raisons qui pourraient expliquer les attaques selon vous?
Oui effectivement, ça pourrait être une raison.

John Suffolk, votre responsable sécurité, expliquait récemment qu’on lui conseillait parfois d’adopter une stratégie plus agressive pour répondre aux critiques. Qu’en pensez-vous?
Non, nous n’avons pas besoin d’être plus agressifs. Huawei doit prendre une approche factuelle. S’il y a des interrogations, nous devons uniquement y répondre par des faits. Notre réponse doit être technique, mais la plus détaillée et claire possible.

L’Allemagne, la Pologne et la Belgique ont récemment annoncé ne pas avoir de raison de s’opposer à vous. Le plus gros du scandale est-il passé?
Nous nous attendions à ce que les gouvernements et les télécoms prennent des décisions dans ce sens. Mais on doit encore continuer à expliquer aux organismes de régulation que nos produits sont sans risques. Il y a toujours une différence de connaissance entre nos technologies et comment elles sont perçues. Il faut donc continuer à communiquer dans un langage accessible.

Pourquoi avez-vous choisi Bruxelles pour installer votre centre de cybersécurité?
D’abord comme pays, la Belgique est un leader mondial dans le développement et l’innovation, notamment dans l’ICT. Avec l’IMEC, le pays est la référence dans la nanotechnologie, ce qui est évidemment un atout. Et puis évidemment, il y a les institutions européennes. Ce sont deux éléments qui ont motivé cette décision.

Un possible déploiement de la 5G à Bruxelles est bloqué pour le moment, notamment en raison des craintes concernant les impacts sur la santé. Quelle est votre réaction?
Nous travaillons avec l’ICNIRP (une commission internationale qui étudie l’effet des rayonnements sur la santé, Ndlr) pour étudier les questions d’électromagnétisme. Avant cela, nous avions déjà réalisé nos propres tests. Nous avons déjà installé des bases 5G avec le soutien des gouvernements locaux sans le moindre problème. Mais je peux comprendre que la santé soit la priorité d’une région. Mais il n’y a pas de risque. Si les dirigeants souhaitent en savoir plus sur ce qu’est concrètement 5G et son fonctionnement, nos portes sont ouvertes.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect