Les consommateurs du monde entier sont profilés depuis La Louvière

©DENIS CLOSON

C’est depuis la cité des loups que la start-up SoPRISM s’est spécialisée dans le "profilage" des comportements, centres d’intérêt et tendances consommatrices des internautes qui hantent les réseaux sociaux, et plus spécialement Facebook.

Pour une entreprise, il est primordial de connaître ses clients ou ses clients potentiels. Selon une étude réalisée par les universités de Cambridge et Stanford en 2013, en analysant les likes d’un utilisateur de Facebook, on peut arriver à mieux cerner quelqu’un que son partenaire de vie.

SoPRISM
  • Domaine d’activité: big data
  • Fondée en 2013 par Jonathann Mingoia et Angelo Geraci
  • 10 collaborateurs
  • 30% du chiffre d’affaires à l’international
  • Clients: Samsung, SFR, Orange, Nielsen, Havas Media Group, Wavemaker, Mercedes Benz, Velux, Volvo, LVMH ou encore BNP Paribas

À partir de ce double constat, SoPRISM, une start-up créée en 2013 par deux entrepreneurs louviérois, Jonathann Mingoia et Angelo Geraci, propose une solution de profilage d’audiences basée sur les données collectées via Facebook ou encore Instagram. "Les marketing manager sont trop souvent amenés à prendre des décisions importantes basées sur leur intuition ou des données qui proviennent du management international et qui ne sont pas toujours le reflet des réalités du marché. Or le nombre grandissant des données collectées par Facebook sur ses différents membres sont une mine d’or trop peu exploitée. Il faut savoir que Facebook collecte des informations de trois façons: premièrement via l’ensemble de l’activité sociale de l’utilisateur, ensuite par un tracking d’activité sur un ensemble de site hors Facebook et enfin via des acteurs tiers qui insèrent des données directement dans Facebook (revenus, habitude de consommation...)", explique Jonathann Mingoia, un des deux co-fondateurs.

Soutien de l’ULB et l’UCL

Depuis sa constitution, la société ne cesse de grandir. Elle a notamment reçu le soutien du fonds d’investissement BelCube, le véhicule financier emmené par Jean Zurstrassen et Grégoire de Streel (deux des cofondateurs de Keytrade et de Skynet) ainsi que par Harold Mechelynck (l’un des fondateurs de Ogone).

En ce début d’année 2018, l’entreprise vient de recruter un nouveau collaborateur et a également scellé un partenariat avec l’UCL et l’ULg où deux docteurs en statistique et en mathématiques vont collaborer étroitement avec l’équipe actuelle de data scientist de SoPRISM. C’est cette équipe qui a notamment développé l’algorithme qu’utilise l’entreprise pour profiler les consommateurs. "La valeur des résultats que nous générons ne provient pas de la donnée en tant que tel mais plutôt du traitement intelligent de celle-ci pour délivrer des analyses pertinentes et qualitatives à travers la construction de personae", poursuit l’entrepreneur.

En marketing, le personae est une personne fictive qui représente un groupe cible. Lors de la construction du personae, cette personne fictive se voit assigner une série d’attributs qui enrichissent son profil pour mieux exprimer les caractéristiques du groupe cible.

La description de base d’un personae inclut le genre, l’âge, les profils de consommation dans différents secteurs, l’affinité avec différents médias, un mode de vie et bien d’autres attributs en fonction du domaine étudié.

En face de Duferco

Aujourd’hui, SoPRISM emploie 10 collaborateurs. Les bureaux de la start-up font face à l’ancienne usine sidérurgique Duferco. "Ainsi, on ne risque pas d’oublier d’où on vient, sourit Jonathann Mingoia. Nos parents, à Angelo et moi, sont issus de l’immigration italienne. C’est important de savoir d’où tu viens et pour nous, c’est une fierté que notre entreprise soit installée à La Louvière ainsi on participe activement au développement économique de notre région."

"L’évolution massive des réseaux sociaux nous offre de belles perspectives."
jonathann mingoia
fondateur de soprism

La société a rapidement fait évoluer sa plateforme en ligne pour attirer des clients et ainsi construire son chiffre d’affaires qui croît de manière significative d’année en année (+ 100% par an). SoPRISM ne cesse d’innover en réinvestissant une partie importante de son revenu dans la recherche et développement.

Ainsi, aujourd’hui, la start-up est capable de géolocaliser avec précision (jusqu’au niveau communal) les personnes qui ont un intérêt pour un produit ou une marque déterminé, générer automatiquement les segments à cibler dans les campagnes publicitaires ou encore définir les traits de personnalité d’une audience.

Impact du GDPR

La société attire l’attention au-delà des frontières de la Wallonie. SoPRISM a signé avec de nombreux acteurs de poids sur différents marchés européens comme Samsung, SFR, Orange, Nielsen, Havas Media Group, Wavemaker, Mercedes Benz, Velux, Volvo, LVMH ou encore BNP Paribas. 30% du chiffre d’affaires sont réalisés à l’international. "L’objectif est d’augmenter cette proportion pour les prochaines années", insiste le jeune patron.

L’avenir de l’entreprise se montre souriant. "L’évolution massive des réseaux sociaux nous offre de belles perspectives. Nous sommes à l’aube d’une ère où les études de marché suggestives permettront d’activer en quelques clics une vue précise des décisions à prendre en termes de choix médias, sponsoring, segmentation et stratégie de contenu", s’enthousiasme Jonathann Mingoia.

Mais le GDPR, le nouveau règlement général sur la protection des données, qui doit entrer en vigueur le 1er mai 2018 ne risque-t-il pas de briser ce bel enthousiasme? "Pas du tout au contraire, notre solution est déjà adaptée à la législation européenne. Les données qui sont mises à disposition par Facebook sont agrégées et anonymes et ne permettent à aucun moment d’obtenir des informations sur une personne spécifique. Nous travaillons plutôt sur des groupes de consommateurs, des audiences plutôt que sur des individus. Nous ne sommes pas du tout dans l’hypertargeting", assure le Louviérois.

Mais le profilage de groupe cible ne suscite pas uniquement l’intérêt commercial. Ces données peuvent également être utilisées dans le cadre de stratégie de communication politique. "Nous travaillons avec un parti politique en Belgique. Nous avons un contrat d’exclusivité et pour des raisons évidentes de stratégie, je ne peux pas vous en donner le nom", conclut Jonathann Mingoia.

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