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Les médecins s'inquiètent de l'application santé de Proximus

Les médecins ont été consultés par Proximus au sujet de son projet d'application de télémédecine. Mais ils ont l'impression qu'on ne leur a pas tout dit à l'époque. ©BELGAIMAGE

Les généralistes demandent des clarifications à Proximus au sujet de son application de télémédecine Doktr et s'inquiètent des intentions de l'opérateur.

Premier accroc pour le projet d’application de consultation médicale à distance de Proximus. L’opérateur télécom a dévoilé cette semaine en grande pompe son application Doktr qui permet aux Belges d’entrer en communication avec un médecin depuis leur smartphone via la télémédecine.

Lors de la présentation, Proximus a expliqué avoir consulté tous les membres de l’écosystème des soins de santé en Belgique, dont les principaux intéressés, les médecins. Ceux-ci ont bien été consultés, ils avaient même accueilli avec enthousiasme le projet, mais à la lumière de ce qu’ils ont découvert cette semaine, ils semblent faire volte-face.

"Tout ce qui sera dit via l’application ne sera pas dans le dossier global du patient."
Philippe Devos
Président de l’Absym

"Pas notre vision de la télémédecine"

Philippe Devos, président de l’Absym, l’Association belge des syndicats médicaux, nous explique: "On nous a présenté un outil technologique qui consistait en une avancée technologique. Ce que je vois aujourd’hui au travers de la communication de Proximus, ce n’est pas vraiment ça. Ce n’est en tout cas pas notre vision de la télémédecine, qui est de proposer la même qualité que lors d’une consultation physique."

Philippe Devos, président de l’Absym. ©BELGAIMAGE

Le président des syndicats de médecins ne reproche rien à la technologie en elle-même, mais s’inquiète du détournement d’usage qui pourrait en être fait. "Dans la communication diffusée par Proximus, il y a un questionnement qui se pose sur l’usage que peut en faire l’opérateur. Ce n’est pas clair."

Pourtant, les médecins, au travers de l’Absym, n'avaient pas exprimé ces inquiétudes lors des discussions avec Proximus. "Soit nous avions mal compris, soit on ne nous a pas tout dit." Les médecins et leurs représentants avaient vu dans cette application un outil au service du patient pour mieux communiquer avec son médecin, ils ont l’impression aujourd’hui que ce n’est pas le cas. Des inquiétudes qui ont aussi été relayées auprès du ministre de la Santé Frank Vandenbroucke cette semaine, lors d'une séance à la Chambre, par l'élue humaniste Catherine Fonck.

Un dossier médical pas complété?

Entre-temps, Philippe Devos a découvert des éléments qui vont, selon lui, à l'encontre du bon fonctionnement des soins de santé en Belgique. "Tout ce qui sera dit via l’application ne sera pas dans le dossier global du patient, car en Belgique, la loi impose qu’un seul médecin soit détenteur du dossier médical global d’un patient et il est le seul à pouvoir écrire dedans. Si vous changez de docteur chaque jour, ça ne peut pas fonctionner", explique celui qui est aussi médecin au CHC de Liège.

"Concernant le dossier médical global, l'accusation est fausse."
Jan Manssens
Director Corporate Development chez Proximus

Chez Proximus, on est plutôt surpris de la sortie de Philippe Devos. "On a toujours été très transparents sur notre projet. Nous avons expliqué aux médecins que nous allions dans un premier temps mettre en relation un patient avec un médecin disponible sur l’application. Dans un deuxième temps, nous nous sommes engagés à évoluer vers une situation où le médecin traitant sera la personne de référence pour le patient sur l’application", explique Jan Manssens, directeur des développements chez Proximus.

L'opérateur ne veut pas surenchérir dans la polémique, mais tient à clarifier les choses. "Concernant le dossier médical global, l'accusation est fausse. Au début de chaque consultation, le médecin demandera au patient s'il l'autorise à consulter son dossier médical global et à la fin de la consultation s'il l'autorise à transmettre un compte rendu de l'entrevue au médecin traitant pour qu'il l'inscrive dans le dossier."

"Nous ne voulons pas utiliser un outil qui risque de dévaluer notre travail."
Philippe Devos
Président de l’Absym

Proposer la même qualité en ligne

De manière plus générale, Philippe Devos craint pour la qualité des consultations proposées au patient. "La téléconsultation n’est valable que si elle propose la même qualité qu’une consultation physique pour le patient et clairement cela ne semble pas être le cas avec ce projet. Nous ne voulons pas utiliser un outil qui risque de dévaluer notre travail", explique-t-il.

Ce à quoi le plus grand opérateur du pays répond: "Proximus veut apporter ses forces et ses atouts digitaux pour améliorer le monde de la santé pour les docteurs et les patients. Nous n'avons aucune intention de monétiser les données de santé ou d'intervenir dans la relation entre les médecins et le patient."

L'ensemble des représentants des médecins doivent se réunir ce vendredi pour s’accorder sur une position commune dans ce dossier. De son côté, Proximus déclare qu'il va continuer les discussions avec les médecins en toute transparence.

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