"Les Néerlandais sont proactifs dans tout ce qu'ils font et nous, nous sommes réactifs"

Marc Lambotte, CEO d'Agoria ©BELGA

La fédération technologique Agoria est un peu plus optimiste pour 2019, mais invite les futurs gouvernements à s’inspirer de l’exemple néerlandais pour améliorer la compétitivité des entreprises et affronter la transformation numérique.

L’industrie technologique belge a connu une faible croissance de moins d’1% l’an dernier. C’est le constat dressé par la fédération professionnelle Agoria. Un an plus tôt, l’industrie avait crû de 3,7%. Son CEO Marc Lambotte refuse de s’alarmer. "En milieu d’année, la situation n’était pas bonne, le message est aujourd’hui un peu plus positif et pour cette année nous prévoyons une croissance de 1,7%", confie-t-il. Les solutions IT (+5%), la construction mécanique (+3%) et les produits métalliques (+2%) devraient en être les principaux bénéficiaires.

"J’avais dit en 2014 que si la compétitivité des entreprises s’améliorait, notre industrie créerait 10.000 emplois, mais nous avons fait plus que tenir nos promesses puisque nous en avons créé 15.000."
Marc Lambotte
CEO d'Agoria

Deux secteurs ont tiré la croissance vers le bas en 2018: celui de l’automobile et des transports (-3,5%) et celui des produits de première transformation, fonderies et non ferreux (-3,5%). Aucun secteur n’a fait mieux qu’en 2017. "Une série d’événements ont affecté notre industrie", reconnaît Marc Lambotte. "Nous payons toujours les conséquences de la fermeture de Caterpillar, il y a eu des incidents de production, le recul de cours de certains métaux, tandis que le secteur automobile a été affecté par les changements de modèles chez Volvo et Audi."

Si le président d’Agoria se montre un peu plus optimiste pour 2019, c’est parce que les entreprises restent assez confiantes. Elles prévoient d’engager 3.000 personnes, d’investir autant qu’en 2018, soit plus de 4 milliards d’euros, tandis que leurs carnets de commandes restent relativement bien remplis.

"En moyenne, les entreprises ont une activité assurée pour 4,4 mois, c’est moins qu’il y a six mois où l’on était à 5,1 mais cela reste un bon chiffre", commente Patrick Slaets, expert en datas et statistiques chez Agoria. Il n’empêche, des risques de dégradation se profilent: Brexit désordonné, guerre commerciale, ralentissement de l’économie chinoise, renforcement des normes d’homologation des voitures…

Zoom sur la législature

Approche des élections oblige, Agoria fait le bilan de la législature et du gouvernement Michel. Conclusion: bien, mais peut mieux faire. Côté positif, le secteur technologique a vu son activité croître de plus de 10% sur la période et les investissements ont dépassé le montant record de 4 milliards par an depuis 2017; une croissance rendue possible notamment grâce à la diminution du handicap salarial de la Belgique par rapport aux pays membres de l’Union européenne. Il est passé de 29,4% à 26,6%.

"Les Néerlandais sont proactifs dans tout ce qu'ils font et nous, nous sommes réactifs. Contrairement à nous il n’ont, par exemple, pas raté le train de l'e-commerce."

"J’avais dit à l’époque que si la compétitivité des entreprises s’améliorait, notre industrie créerait 10.000 emplois", raconte Marc Lambotte. "On m’a pris pour un fou, mais nous avons fait plus que tenir nos promesses puisque nous avons créé 15.000 emplois"

 Du tax shift au tax cut

En bon lobbyiste, le patron d’Agoria met d’ores et déjà la pression. "Le travail de nos gouvernements est loin d'être terminé", estime-t-il. Et de plaider pour un "tax cut" plutôt qu’un nouveau "tax shift". "Plutôt que de permuter les impôts/taxes, il vaut mieux les baisser."

Et de se lancer dans un long panégyrique des Pays-Bas voisins qui affichent une meilleure compétitivité (ils sont 4e au niveau mondial alors que la Belgique est 26ème), des coûts salariaux plus bas, une croissance plus rapide de leur part de marché, des dépenses publiques moins lourdes et un taux d’emploi plus élevé. "Les Néerlandais sont proactifs dans tout ce qu'ils font et nous, nous sommes réactifs. Contrairement à nous ils n’ont, par exemple, pas raté le train de l'e-commerce."

30.000
emplois
Le nombre de postes vacants dans l'industrie est de 30.000.

Et le docteur Lambotte de prescrire outre une baisse des charges, une politique axée sur l’amélioration du taux d’employabilité. "Nous avons 30.000 postes vacants, mais 30.000 jeunes de 15 à 24 ans ne travaillent, ni n’étudient, alors que chez les 55-64 ans, 750.000 personnes ne travaillent pas."

Il est donc temps de moderniser le marché du travail et de préparer la transformation numérique, estime Agoria. La numérisation galopante de notre économie risque en effet d’accroître l’écart entre la demande et l’offre de compétences digitales.

Et de rappeler les conclusions d’une récente étude qu’elle avait commanditée au consultant Roland Berger sous la supervision des offices régionaux de l’emploi: "D’ici 2030, 4,5 millions d’employés devront optimiser leurs compétences numériques, 310.000 salariés et demandeurs d’emploi devront se reconvertir et 584.000 postes vacants ne seront pas pourvus si aucune mesure n’est prise", alerte Marc Lambotte, ajoutant que l’inaction entraînera un déficit de valeur ajoutée de 95 milliards d’euros, soit près de 20% du PIB.

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