Les nouvelles armes de la suprématie militaire américaine

Le drone de combat X47B devrait finalement servir comme ravitailleur. ©Science Photo Library

Talonnés par une Chine qui ne cache plus ses ambitions, les Etats-Unis renouvellent constamment leur arsenal pour conserver leur rang de seule superpuissance au sein d’un monde de plus en plus instable.

Petit inventaire d’une imposante armurerie, désormais entre les mains de Donald Trump.

Une flotte de drones qui est déjà une des plus importantes forces aériennes au monde

S’il y a bien un domaine dans lequel les Etats-Unis font la course – très largement – en tête, c’est celui des drones. Washington possède la plus importante flotte au monde d’avions pilotés à distance: environ 300 drones lourds armés de missiles Hellfire, de type MQ-1 Predator et MQ-9 Reaper, une grosse trentaine de drones d’observation à haute altitude et longue endurance (HALE) RQ-4 Global Hawk, ainsi qu’un nombre indéterminé de drones furtifs RQ-170 Sentinel, un engin secret dont un exemplaire s’est écrasé en Iran, il y a quelques années. A elle seule, la flotte de drones de l’US Air Force est supérieure en nombre à la plupart des forces aériennes du monde.

La supériorité américaine en la matière n’est pas que numérique. Les USA sont largement en avance sur les autres nations, s’agissant de drones armés et de reconnaissance à haute altitude, à l’exception des Israéliens. Ils ont été les premiers à tirer un missile, lors d’un essai avec un drone Predator, il y a déjà quatorze ans.

Depuis lors, d’autres pays se sont lancés dans la course. Longtemps larguée, l’Europe tente de refaire son retard. Mais les Etats-Unis continuent d’innover et d’améliorer les performances des appareils actuels. Une nouvelle version du Reaper sera capable de rester jusqu’à 40 heures en vol. L’US Navy, de son côté, va acquérir pas moins de 70 Triton, une version navale améliorée du Global Hawk. La Navy développe aussi, depuis plusieurs années, le X-47B, un drone de combat furtif en forme d’aile delta qui ressemble, en plus petit, au bombardier lourd B-2 de l’Air Force.

Construit par Northrop Grumman, cet engin a déjà démontré sa capacité à décoller et à atterrir d’un porte-avions, et à se faire ravitailler en vol. A la suprise générale, la Navy et Northrop ont toutefois annoncé que ce démonstrateur, conçu pour le bombardement, serait finalement transformé en drone de ravitaillement et de reconnaissance. La Navy est également en passe de s’équiper d’un drone hélicoptère, le Fire Scout MQ-8C, un engin de reconnaissance pouvant aussi être armé.

L’entrée en service de navires ultramodernes dans l'US Navy a déjà commencé ces dernières années avec le déploiement des bâtiments de type "Independence", une frégate légère furtive ultrarapide à coque trimaran. ©IMAGEGLOBE
Seuls les USA maîtrisent la conception des catapultes permettant de lancer des avions. Celles du futur porte-avions G. Ford seront électromagnétiques. ©AFP
Le drone X-47B a effectué son premier vol en 2011. Il ressemble, en plus petit petit, au bombardier lourd B-2, également fabriqué par Northrop Grumman. ©Reuters
Les Etats-Unis travaillent depuis des décennies sur des armes laser, comme le "laser weapon system" (LaWS), qui a été testé en 2014 dans la région du Golfe. Mais il n'est pas encore opérationnel. ©REUTERS
Le Boeing YAL-1 était un laser à très grande puissance embarqué sur un B747 modifié. Il devait pouvoir abattre des missiles balistiques en phase ascensionnelle. Le programme a été arrêté par Barack Obama. ©Bobbi Zapka/Boeing
Le drone X 47B de Northrop Grumman a été le premier drone à réaliser un catapultage et un atterrissage sur un porte-avions. ©AFP
Le système antimissile THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) est l'une des composantes du bouclier antimissile américain. Il peut être déployé assez facilement à l'extérieur des Etats-Unis. ©REUTERS
La classe Zulmwalt devait compter une trentaine d'unités. Trop chère, elle a été arrêtée à trois. Même les superpuissances ne peuvent plus tout se payer. ©U.S. Navy
Le chasseur bombardier F-35 est le programme d'armement le plus cher de l'histoire du Pentagone. Donald Trump en a critiqué le coût, mais ne devrait pas remettre le projet en question. ©EPA

Le bombardier stratégique, symbole de superpuissance

Bombardier B21 ©rv

Mais à quoi ressemblera donc le futur bombardier furtif à long rayon d’action de l’US Air Force? Selon les quelques images (de synthèse) distillées par le Pentagone, le B21 Raider, qui sera développé et construit par Northrop Grumman, sera une aile volante dépourvue de dérives. Il ressemblera, comme deux gouttes d’eau, au dernier bombardier entré en service, dans les années 1990, dans l’armée de l’air américaine, à savoir le B-2, également fabriqué par Northrop Grumman. Mais il n’est pas exclu que le Pentagone se soit amusé à brouiller les pistes. Car le programme, appelé "Long Range Strike Bomber" (LRSB), est resté jusqu’ici hautement classifié et aucune spécification du cahier de charges n’a filtré.

Le Raider sera le successeur du célébrissime et éprouvé B-52 Stratofortress et du B-1 Lancer. Sans doute subsonique, il devra être capable d’emporter l’arme nucléaire, d’échapper aux défenses anti-aériennes les plus sophistiquées et d’emporter une grande quantité de bombes et de missiles sur de très longues distances. Le contrat accordé à Northrop Grumman, qui pourrait atteindre les 80 milliards de dollars, prévoit de construire une centaine d’appareils, pour un prix unitaire estimé actuellement à 564 millions de dollars. L’appareil doit entrer en service à partir du milieu de la prochaine décennie, aux côtés du B-2. Pour le Pentagone et Northrop, il s’agira d’éviter une répétition des déboires de ce dernier avion, qui ont débouché sur un appareil impayable construit à 20 unités seulement. Le bombardier stratégique est le symbole par excellence du statut de superpuissance. Hormis les USA, seule la Russie en possède également quelques exemplaires (moins d’une vingtaine de TU-160 hérités de l’URSS), qui sont intervenus en Syrie. La Chine a fait part de son intention de se lancer également dans le développement d’un tel programme.

Les armes antimissiles, lointains rejetons de la Guerre des étoiles

Les armes antimissiles. ©AFP

Elles font partie des programmes les plus complexes et les plus longs de l’histoire militaire américaine: après des décennies de développement et d’essais, les armes antimissiles semblent enfin arrivées à maturité. Une partie de ces engins sont de lointains rejetons du très ambitieux projet lancé, en 1983, par le président Ronald Reagan, qui voulait sanctuariser le territoire américain contre des frappes balistiques de l’URSS. Basé sur des armes laser, des satellites tueurs et des intercepteurs déployés en orbite, le programme de "Guerre des étoiles", conçu avant tout pour entraîner l’URSS dans une coûteuse course aux armements, était toutefois complètement hors de portée des technologies de l’époque.

Il sera progressivement abandonné au profit du développement de différents missiles antimissiles tirés depuis le sol ou embarqués sur des navires. Car la Guerre du Golfe de 1991 va démonter deux choses. Un: suite à l’écroulement de l’URSS, la menace d’une frappe nucléaire de grande ampleur est passée au second plan, derrière la défense contre les missiles à plus courte portée. Deux: une interception d’un missile balistique par un autre missile, bien que très difficile, est bel et bien réalisable. Même si les résultats obtenus ne furent pas aussi performants qu’annoncés, c’est ce que réussirent à accomplir les fameux missiles Patriot, qui abattirent plusieurs Scud irakiens.

Donald Trump osera-t-il remettre en question le Lockheed Martin F-35?

Avec un coût de quelque 400 milliards de dollars, le projet "Joint Strike Fighter" (JSF), qui a débouché sur le F-35, est le programme d’armement le plus cher de l’histoire du Pentagone. Celui-ci compte acheter 2.443 exemplaires de l’avion de combat furtif de Lockheed Martin, qui comporte 3 versions: une conventionnelle (F35 A), une capable de décoller et d’atterrir verticalement (B) et une destinée aux porte-avions (C).

Lors de sa campagne, Donald Trump a critiqué le coût de cet appareil dit "de cinquième génération", qui va remplacer une grande partie des avions en service dans l’armée américaine. Selon les spécialistes, une annulation du programme est toutefois impossible, car il n’existe pas d’alternative.

Contre les missiles intercontinentaux, le dispositif US comporte des intercepteurs à longue portée (Ground Based Interceptor), dont le déploiement se poursuit en Alaska (Fort Greely) et en Californie (Vandenberg Air Force Base). L’efficacité de ces fusées multi-étages, couplées à plusieurs radars ultrapuissants déployés aux USA, à l’étranger et en mer, est toutefois sujette à caution, car plusieurs tests ont échoué. De surcroît, elles pourraient être saturées par des attaques massives ou trompées avec des missiles à têtes multiples ou équipés de leurres.

C’est pourquoi le système est multicouche et redondant: il comprend également des missiles antimissiles SM-3 équipant certains croiseurs et destroyers de l’US Navy, dotés du système de détection Aegis. Une version terrestre de ces engins a été déployée en Roumanie dans le cadre du projet de bouclier antimissile de l’Otan. D’autres le seront en Pologne d’ici 2018. Enfin, en dernière ligne, on retrouve le THAAD (Theater High Altitude Area Defense), un engin destiné à intercepter les missiles dans la haute atmosphère, ainsi qu’une évolution du Patriot, dénommée PAC-3, contre les missiles à plus courte portée.

Pour le Pentagone, toutes ces armes ne remettent pas en cause la dissuasion nucléaire. Elles la complètent en permettant de mettre le pays, ses alliés et les troupes US basées à l’étranger, à l’abri de frappes menées par des dirigeants peu rationnels, voire des organisations terroristes.

Les armes laser, toujours pas prêtes au combat?

Depuis des décennies, on les voit dans tout film de science-fiction qui se respecte. Mais quand les armes laser finiront-elles par faire partie de l’arsenal de l’armée américaine? Réponse: il faudra sans doute encore attendre des années. Les armes à énergie dirigée ne semblent pas encore mûres pour un déploiement opérationnel, bien qu’un think tank américain ait estimé, il y a quelques années, que l’armée, surtout la Navy, devait franchir le pas et s’équiper de ce type d’armement.

La plupart des grands noms de l’industrie de défense du pays travaillent pourtant, depuis des décennies, sur des lasers militarisés. Northrop Grumman a développé, pour le compte des ministères de la Défense américain et israélien, un laser tactique à haute énergie transportable (THEL) développant une énergie d’une centaine de kilowatts, destiné à détruire des roquettes en vol. Mais il n’est jamais entré en service, restant au stade des essais. Boeing a longuement testé un laser de plus faible puissance fixé sur un véhicule de combat, appelé "Avenger". Il n’est pas entré en service non plus.

Il y a deux ans, la Navy a expérimenté, pendant plusieurs mois, en conditions réelles, un laser embarqué destiné à protéger ses navires contre de petits engins de surface. Le LaWS (Laser Weapon System) a été annoncé comme un succès, qui devait être suivi par le développement d’un système plus puissant contre les missiles. Depuis lors, plus de nouvelles… Mais l’échec le plus retentissant reste sans doute celui du Boeing YAL-1, un laser à très grande puissance embarqué sur un B747 modifié (photo) qui devait pouvoir abattre des missiles balistiques en phase ascensionnelle, à plusieurs centaines de kilomètres. Deux prototypes ont été construits. Le programme est aujourd’hui enterré.

Le "Gerald Ford", navire de guerre le plus cher de l'histoire

L’"USS Gerald R. Ford", qui a débuté ses essais en mer il y a quelques mois, est le plus grand bâtiment de guerre du monde et le plus cher de l’histoire navale. Avec un déplacement d’environ 100.000 tonnes en charge, le nouveau porte-avions nucléaire de l’US Navy, dont le premier déploiement opérationnel n’est pas attendu avant 2021, est évalué à 12,8 milliards de dollars, sans compter quelque 4,7 milliards de développement.

"Gerald Ford" ©BELGAIMAGE

Tête de série d’une nouvelle classe qui doit compter trois unités – dans un premier temps –, l’"USS Ford" doit prendre la succession des plus anciens porte-avions de la classe Nimitz, dont le premier a été mis sur cale en 1968. Il met en œuvre une batterie de nouvelles technologies, dont des catapultes électromagnétiques qui vont remplacer les actuels systèmes à vapeur. Son système d’appontage a, lui aussi, été revu afin de ménager davantage les avions lors des freinages. Le navire, qui pourra dépasser la vitesse considérable de 30 nœuds, sera propulsé par deux nouveaux réacteurs nucléaires conçus pour fonctionner pendant toute la durée de vie du bâtiment – soit un demi siècle –, alors que ceux de la classe Nimitz doivent être rechargés au bout de 23 ans, au cours d’une longue immobilisation.

Ces innovations devront permettre au mastodonte d’effectuer 25% de sorties aériennes de plus pour ses quelque 75 avions et hélicoptères, dont le déjà célèbre chasseur bombardier furtif F-35. Bien qu’ayant enfoncé tous les records en matière de coûts, le "Ford" devrait être, selon la Navy, moins onéreux à l’usage, grâce à une automatisation qui permettra de diminuer le nombre de marins et d’aviateurs à moins de 4.600, contre 5.500 pour les porte-avions actuels.

Le "Zumwalt", superdestroyer furtif

"Zumwalt" ©AFP

C’est un étrange vaisseau aux formes anguleuses, surmonté d’une de sorte de pyramide inachevée. Dénué d’antennes et de mâts radar, il est doté d’une étrave inversée qui lui confère une silhouette rappelant les premiers cuirassés de la fin du XIXe siècle. Furtif, fabriqué en partie en matériaux composites, le navire a été baptisé du drôle de nom de "Zumwalt", en l’honneur d’un des grands stratèges navals américains du siècle passé. Construit par le chantier Bath Iron Works, une filiale du groupe General Dynamics, ce super-destroyer a été mis en service officiellement par l’US Navy à la mi-octobre.

Selon certains experts, l’"USS Zumwalt", dont le port d’attache est San Diego, en Californie, pourrait constituer une rupture technologique, dans le monde naval militaire, aussi importante que celle entraînée, il y a un siècle, par le HMS "Dreadnought", qui fut à l’époque considéré comme le prototype du cuirassé. C’est que le "Zumwalt" n’est pas seulement un navire aux formes très futuristes, qui le rendront difficile à détecter. Destiné notamment à l’action vers la terre, comme le soutien aux troupes de débarquement ou la destruction de cibles stratégiques, son armement sera également surpuissant, avec pas moins de 80 cellules de lancement vertical pouvant tirer une bonne partie des missiles en service dans l’US Navy.

Le coût de la modernisation de la triade nucléaire pourrait atteindre le millier de milliards de dollars

Malgré les énormes attentes créées par Barack Obama en 2009, dans un discours à Prague, où il avait affirmé son attachement à l’objectif d’un monde sans armes nucléaires, les États-Unis conserveront leur panoplie atomique dans les décennies qui viennent.

Suite aux accords de réduction des arsenaux avec la Russie et en raison de la modification des menaces, la panoplie nucléaire américaine (la fameuse triade: missiles intercontinentaux terrestres, sous-marins et bombardiers stratégiques) est sans doute l’arme de l’arsenal US qui a été la moins modernisée ces dernières décennies. Mais cette logique touche à sa fin. Les USA comptent investir, dans les prochaines années, dans de nouveaux sous-marins lanceurs d’engins, qui remplaceront l’actuelle classe Ohio, à partir de 2030.

Ils prévoient une modernisation de la bombe nucléaire B-61 (dont certaines sont censées se trouver en Belgique), ainsi que la conception d’un nouveau missile de croisière et d’un nouveau bombardier (voir page ci-contre). Une des grandes incertitudes est la succession des missiles intercontinentaux basés à terre, les "Minuteman III", dispersés sur trois sites. Ces missiles sont très anciens et l’Air Force commencerait à avoir du mal à trouver des pièces de rechange. Selon certains experts, le coût d’une modernisation complète de l’arsenal nucléaire américain dans les prochaines décennies atteindrait le millier de milliards de dollars.

Ses deux pièces d’artillerie de 155 mm, carénées pour contribuer à la furtivité du navire, sont capables, quant à elles, de propulser des obus guidés jusqu’à 100 km. Et bien qu’étant déjà les canons les plus modernes qui existent, ils pourraient être remplacés, dans quelques années, par des pièces spéciales en cours de développement par le Britannique BAE Systems: des canons électromagnétiques d’une portée largement supérieure à tous les systèmes existants. Une révolution complète dans le domaine de l’artillerie. Son arsenal futur pourrait aussi inclure des armes à énergie dirigée – des lasers – si toutefois ces dernières finissent enfin par donner satisfaction aux militaires.

Grâce à l’automatisation, le nouveau fleuron de l’US Navy ne nécessitera qu’un équipage réduit de 140 hommes, contre plus du triple pour un bâtiment normal de ce tonnage (14.500 tonnes). Ce navire de guerre révolutionnaire n’a sans doute qu’un handicap, mais il est de taille: son coût prohibitif, aux environs de 3,8 milliards de dollars (pas loin du double, si on inclut les coûts de développement). Ce qui a contraint le Pentagone à limiter la série à seulement trois unités, alors qu’elle devait en compter… 32. A la place, il a décidé de prolonger la série des destroyers de classe Arleigh Burke, moins puissants et non furtifs, mais tout aussi capables de remplir les missions attribuées à la Navy. Tout comme le chasseur F-22, autre joujou hors de prix du Pentagone, le "Zumwalt" est déjà devenu un symbole – un de plus – de l’onéreuse course à la sophistication menée par l’armée américaine.

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