interview

Loubna Azghoud: "Les femmes doivent prendre leur place dans la tech"

©rv

À peine 13,7% de femmes fondatrices de start-up en Belgique et 25% de diplômées dans les filières Stem (science, technologie, ingénierie, mathématiques). Le futur technologique et scientifique appartient-il uniquement aux hommes? Loubna Azghoud, coordinatrice de Woman in Tech, le premier écosystème féminin tech européen, espère éviter ce sinistre destin en sensibilisant les femmes à la création de start-up et à l’innovation. Rencontre à quelques jours du Women Code Festival.

Women in Tech est-il, comme son nom le suggère, un écosystème exclusivement féminin?

CV EXPRESS

Née en 1979 à Bruxelles, Loubna Azghoud a un parcours un peu "disruptif". Infirmière graduée, elle a travaillé en recherche clinique chez Pfizer et au Centre du Cancer de Saint-Luc.

Alors qu’elle est directrice de crèche, elle obtient son Master en Science politique économique et sociale.

Elle travaille ensuite dans différents cabinets ministériels au niveau régional et fédéral avant d’être chargée de la stratégie entrepreneuriat féminin chez hub.brussels et de coordonner la plateforme Women In Tech à Bruxelles.

Pas du tout. Il s’adresse aux femmes mais il n’est pas exclusivement féminin. Nos partenaires sont des institutions comme Smart Cities et Innoviris, BeCode, Interface3 et des incubateurs comme BeCentral ou le Wagon. L’idée, c’est de mobiliser tous les acteurs tech pour augmenter la mixité. Nous voulons créer un appel d’air, dire aux femmes: "Venez, tout l’écosystème vous accueille à bras ouverts".

Qu’est-ce qui explique le manque de mixité dans l’écosystème et la nécessité de créer une plateforme comme Women in Tech?

Il y a tout d’abord les stéréotypes de genre. Quand on parle de tech, on a l’image de Steve Jobs ou de Mark Zuckerberg qui nous vient tout de suite en tête. Il n’y a pas de role model féminin auquel on peut s’identifier. Pourtant lorsqu’on regarde l’histoire des technologies et de la science, c’est bel et bien une histoire de femmes. Les prémisses du wifi, c’était une femme, Hedy Lamarr. La directrice du département qui a développé le système embarqué du programme spatial Apollo, c’était une femme, Margareth Hamilton. Et Ada Lovelace est considérée comme la mère du premier algorithme. Mais on ne nous enseigne pas cela à l’école.

"La longévité d’une femme dans une entreprise tech est en moyenne de 5 ans."

L’histoire des sciences et de la technologie se serait donc masculinisée au fil du temps…

Les années 80 ont vu l’avènement de l’ordinateur personnel. Le secteur a révélé un haut potentiel financier et c’est à ce moment-là que les hommes l’ont investi. On a remplacé les role models par de gros succès comme Steve Jobs, par exemple. Et puis bien sûr, il y a le fait que les rôles du masculin et du féminin sont prédéfinis très jeunes.

Comment ces biais de genre, le plus souvent inconscients et intériorisés, se traduisent-ils dans le choix de carrière des femmes?

Aujourd’hui, plus de 60% des femmes en Belgique sont universitaires. Mais elles sont majoritaires dans les études liées aux soins ("care"). Selon une étude de l’IBSA, l’Institut bruxellois de statistique et d’analyse, publiée avant l’été, 60% des étudiantes bruxelloises en 2015 et 2016 étaient dans les sciences sociales et 76% dans les soins de santé, contre à peine 8% dans les études informatiques. Au niveau de la Belgique, selon Agoria, à peine 25% des femmes sont diplômées dans les filières Stem, ce qui nous classe 21e au niveau européen.

L’un des objectifs de Women in Tech, c’est aussi de mettre des femmes entrepreneurs en avant. Et là aussi, elles ne sont pas nombreuses…

"Il y a plus d’un million de lignes codées par an à Bruxelles. Les femmes doivent en être."

C’est un peu comme chercher une aiguille au milieu d’une botte de foin (rires). Selon l’European Startup Monitor, 13,7% des fondateurs de start-up en Belgique sont des femmes contre 15% pour la moyenne européenne et d’autres chiffres pointent même un maximum de 11%. À Bruxelles, c’est encore pire: ce chiffre tombe à 8%. Lors d’une enquête, nous avons demandé aux répondants de citer le nom d’une femme modèle. La plus citée, c’était Marie Curie… Et viennent seulement ensuite Dominique Leroy et Sheryl Sandberg, respectivement en deuxième et troisième positions.

La problématique de la mixité est-elle également abordée dans les grandes entreprises?

Nous avons été très sollicités par les entreprises. Il y a des réflexions aujourd’hui pour mettre en contact ces femmes diplômées et les entreprises qui ont des jobs à pourvoir. Nous voulons favoriser l’inclusion des femmes dans les espaces de travail. C’est d’autant plus important quand on sait que la longévité d’une femme dans une entreprise technologique est en moyenne de 5 ans.

"Notre objectif est de mobilisertous les acteurs de la tech bruxelloise pour augmenter la mixité."

Sensibiliser les femmes, c’est bien. Mais sensibiliser les hommes aussi, c’est encore mieux si l’on veut atteindre un objectif de mixité…

En moyenne, il y a 10 à 20% d’hommes qui participent à nos activités. Avec notre partenaire Be Angels, nous avons lancé une initiative qui s’appelle "Invest for She" pour sensibiliser le monde financier et les business angels à investir dans des projets portés par des femmes. Il s’agit aussi de pouvoir mettre en contact des entrepreneuses et des investisseurs, en démystifiant ce petit monde du capital à risque.

L’un des événements phares organisés par Women in Tech, c’est le Women Code Festival. Vous pensez vraiment que toutes les femmes doivent savoir coder?

"Il faut une politique d’inclusion des femmes dans les entreprises technologiques."

C’est le premier festival tech européen pour s’initier au code et à l’innovation. Alors, oui, il y a beaucoup de workshops autour du code mais pas uniquement. La semaine sera consacrée plus largement à la place des femmes dans l’innovation et la technologie au sens large. Toutes les femmes ne doivent pas apprendre à coder mais quand on sait le potentiel d’emplois dans ce secteur, elles ne peuvent pas se permettre d’en être absentes. Selon le CIRB (Centre d’informatique pour la Région bruxelloise), il y a plus d’un million de lignes codées par an à Bruxelles. Avec ces lignes de code, on crée de nouveaux logiciels, on amorce de nouvelles technologies. On est à un momentum: les femmes doivent pouvoir investir ces champs-là maintenant pour rétablir les équilibres de demain et empêcher un basculement, déjà largement amorcé, dans une société pensée et construite uniquement par des hommes.

women code festival 2018

Les immanquables

 Lundi 8/10

- Cérémonie d’ouverture by Women in Tech @Google Atelier Digital

- Film projection and debate @Interface3

Mardi 9/10

- Invest4she Business Lunch: How to fund your startup? by Beabee and Be Angels @TOPOS

Mercredi 10/10

- Six different workshops to promote STEM subjects to young girls by girls4tech and Cercle Olympe @112

- Ladies Pitch Night: "Women in A.I" and "She started it" by Women in Tech @Le Palace

Jeudi 11/10

- Kick-off of Pixy’s Beta Users Lab with MIC @DigitYser

Vendredi 12/10

- Breaksfast I am remarkable by and @Google Atelier Digital

- Workshop on tech, diversity and inclusion by and @Start it KBX

Samedi 13/10

- Edit-a-thon by and @BeCentral

Dimanche 14/10

- She loves to code by and @Ecole19

- Workshop  Learn the basics of web development in 1 day by Rails Girls @BeCentral

Le programme complet sur womenintech.brussels

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