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interview

Luc Van den hove, CEO d'Imec: "L’Europe peut retrouver une place centrale dans la course technologique"

Luc Van den hove, CEO d'Imec, n'a pas abandonné toute idée de leadership technologique pour l'Europe ©BELGA

L’Europe ne semble plus rêver de leadership technologique. Elle a pourtant de quoi tracer le futur de l’intelligence artificielle, assure Luc Van den hove, CEO d'Imec.

Le monde technologique est dominé par les deux grandes puissances à l’ouest et à l’est. Doublées par les Etats-Unis et la Chine, peu nombreuses sont les entreprises technologiques européennes à avoir participé aux différentes phases de la révolution numérique qui régit à présent nos smartphones et notre vie quotidienne. Dans la course à toujours plus de data et à l'intelligence artificielle (IA), qui mènera à la technologie dominante du futur, l’Europe semble ne devoir jouer tout au plus qu’un rôle de spectateur et de régulateur.

Mais selon Luc Van den hove, CEO d’Imec, et Mieke De Ketelaere, qui dirige les recherches en AI au célèbre centre de recherches installé à Louvain, la course n’est pas terminée: «Si l’IA actuelle est dominée par les États-Unis et la Chine, elle évoluera et créera des opportunités pour l’Europe.»

Comment se présentera l’IA du futur?

Van den hove: Le modèle actuel de l’IA repose sur l’envoi de nos données vers le cloud, c’est-à-dire un réseau de serveurs. Ces données y sont traitées par IA et ensuite renvoyées vers notre appareil, que ce soit un smartphone, un ordinateur ou un robot. Ce processus non seulement consomme beaucoup d’énergie, mais pose aussi des questions de protection de la vie privée et de sécurité. Cela vaut particulièrement pour les nouvelles applications dans des domaines tels que les soins de santé et le secteur automobile. Il n’est plus souhaitable d’envoyer ces données vers le cloud. L’IA devra donc être reliée davantage au matériel, aux capteurs. Et dans ce domaine, l’Europe dispose de grands atouts.

"Il est illusoire de vouloir recréer un Facebook ou un Google. Il faut plutôt investir dans un écosystème, tel qu’il en existe un dans la Silicon Valley"
Luc Van den hove
CEO d'Imec

Le problème de l’Europe ne se situe pas tant au niveau de la recherche que dans son incapacité à la traduire dans de grandes entreprises technologiques comme celles de la Silicon Valley et de la Chine…

Van den hove: Il est illusoire de vouloir recréer un Facebook ou un Google. Il faut plutôt investir dans un écosystème, tel qu’il en existe un dans la Silicon Valley: un réseau de partenaires innovants, d’entreprises, d’universités, de talents et de capital à risque. Imec est une plateforme unique au monde à cet égard, avec 4.500 chercheurs et une infrastructure qui vaut pas moins de 3 milliards d’euros. De nombreuses entreprises de la Silicon Valley y viennent à présent pour leurs recherches."

Un modèle qu’il faudrait à l’échelle européenne?

Van den hove: Imec est en effet une exception à la règle qui veut que chaque État européen dispose de son propre centre pour y faire de tout. Imec préfère investir dans ses atouts et devenir le meilleur du monde dans son domaine. L’Europe doit suivre ce chemin et veiller à disposer d’atouts en suffisance pour participer à la compétition mondiale, en faisant en sorte que les autres grandes régions du monde soient dépendantes de nous pour certaines choses. C’est à cette condition que, de notre côté, nous continuerons à avoir accès aux éléments dont nous avons besoin. Nous devons nous constituer une position unique. L’Europe ne peut pas vouloir tout faire.  

Y avons-nous déjà réussi dans le passé?

Van den hove: Chaque puce avancée dans le monde est fabriquée grâce à la technologie d’ASML (Eindhoven) et aux processus qui ont été développés chez Imec. Aucun algorithme IA ne peut fonctionner sans puces avancées. C’est une position européenne unique. Les États-Unis envisagent d’ailleurs de créer un centre de semi-conducteurs à l’image d’Imec. Nous devons avoir plusieurs positions uniques comme celles-là. La prochaine étape consistera à combiner le matériel avec les nouvelles formes d’IA.

De Ketelaere: L’idée est de ne plus envoyer toutes les données d’une organisation vers une plateforme centrale. De nouvelles techniques, comme le "federated learning" ou le "distributed learning", permettent de former les algorithmes sans devoir échanger des données. Cette philosophie se retrouve aussi dans des projets européens auxquels nous participons, comme Gaia-X. De nombreuses entreprises de premier plan adhèrent au projet, qui fournit des directives et des spécifications techniques qui permettent aux entreprises de gérer des données selon les règles européennes. Le hub belge sera d’ailleurs lancé ce mardi. L’International Data Spaces Association veut par ailleurs jeter les bases d’un marché des données fondé sur les valeurs européennes, comme le droit à la vie privée, la sécurité et le droit de propriété. Nous participons aussi à Solid, qui est une norme permettant de constituer des "coffres à données" en vue de déterminer les utilisateurs susceptibles de partager certaines données. Cela deviendra le cadre pour l’IA à l'avenir.

Quelle est la position de l’Europe dans le domaine du "quantum computing"? Cette technologie de calcul quantique a de grandes implications en cybersécurité, dans la mesure où elle peut craquer sans problème des systèmes de mots de passe ou de verrouillage.

Van den hove: Ce domaine est également une opportunité pour l’Europe, forts de notre expertise en technologie des semi-conducteurs. Nous essayons de mettre en place un réseau à l’échelle européenne pour atteindre une masse critique.

Quels choix recommandez-vous au politique?

Van den hove: Investir dans nos atouts. Notre pays a un secteur biotech très développé. Relions-le à la nanotechnologie. Combinons les nouveaux capteurs et outils de diagnostic avec de l’IA très performante en matière de protection de la vie privée et de gestion des données. Cela vaut pour la Flandre, mais aussi pour l’Europe. C’est la seule manière d’acquérir une position forte dans la course globale à l’innovation.

Imec

Année de création: 1984, lorsque le gouvernement flamand a voulu renforcer le secteur de la microélectronique au nord du pays. Au fil des ans, Imec a reçu 0,67 milliard d’euros de subsides pour une valeur ajoutée et des recettes fiscales estimées respectivement à 4,91 et 2,59 milliards d’euros.

Emploi: quelque 4.500 chercheurs répartis dans toutes les universités flamandes, avec des représentants à l’étranger (dont la Chine, l’Inde, le Japon et les États-Unis).

Spécialité : micro-électronique et nanotechnologies pour les domaines de la mobilité, des soins de santé, de l’énergie, de l’urbanisme, de l’enseignement, de l'infotainment et de l’agriculture.

Rendez-vous avec Niall Ferguson

Niall Ferguson sera l'invité du "New Year Event" de L'Echo et De Tijd, le jeudi 28 janvier à 18H. 5.000 abonnés peuvent suivre le livestream. Si vous souhaitez y assister, inscrivez-vous sur lecho.be/newyear.

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