Meg Whitman: "HP était en pleine crise de confiance"

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Hewlett-Packard, l’entreprise à l’origine de la naissance de la Silicon Valley, n’existe plus. Le colosse informatique vient d’être divisé en deux nouveaux géants. Sa patronne Meg Whitman confie: "Nous sommes désormais prêts pour l’économie des idées."

"Nous étions devenues deux entreprises très différentes travaillant sous le même toit."
Meg Whitman
CEO d’HP Enterprise

"Nous revenons de loin", explique Meg Whitman à la presse internationale, rassemblée pour l’occasion à New York. Quelques heures auparavant, elle avait sonné la cloche d’ouverture de la Bourse de New York en tant que CEO d’une nouvelle entreprise. Whitman n’est plus la patronne de Hewlett-Packard, mais de Hewlett-Packard Enterprise, qui vend des serveurs, des capacités de stockage de données, et d’autres infrastructures de réseau aux entreprises. L’autre partie d’HP poursuivra en tant qu’HP Inc., et fabriquera des imprimantes et PC pour les particuliers. "Il était grand temps. Nous étions devenues deux entreprises très différentes travaillant sous le même toit."

Whitman n’exagère pas lorsqu’elle avoue qu’elle revient de loin. La patronne vient de vivre un des divorces les plus importants du monde des affaires. Ses équipes ont travaillé un an à cette séparation. Plus de 300.000 personnes travaillant sur 651 sites dans 120 pays ont été réaffectées. Sur certains sites, les deux entreprises étaient tellement imbriquées qu’il a fallu négocier la propriété de portes situées dans le même bâtiment. "Ce fut bien plus que la séparation d’une spin-off. Ce fut un divorce monstre."

Aucune des deux nouvelles entités ne deviendra un second couteau. Chacune pèse plus de 50 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Mais HPE reçoit la part du lion sur le plan du personnel, et comptera désormais 252.000 travailleurs. "Combien de fois dans une vie a-t-on l’occasion de réinventer totalement une entreprise faisant partie du Fortune 500?" demande Whitman, qui fut patronne d’eBay avant de devenir CEO d’HP. "Pratiquement jamais."

Feue HP était une entreprise au passé très riche dans la Silicon Valley, et bien au-delà. Dans un garage à Palo Alto, à proximité de l’Université Stanford, William Hewlett et David Packard ont commencé dans les années 30 à bidouiller dans l’électronique, pour finalement créer leur entreprise en 1939. Le garage est devenu un mini-musée reconnu officiellement par l’État de Californie comme le berceau de la Silicon Valley.

Whitman détient un beau palmarès en tant que femme d’affaires, et à 59 ans, l’Américaine a également un pied en politique. En 2010, elle avait (en vain) tenté sa chance pour le poste de gouverneur de Californie, l’État le plus puissant des États-Unis.

Au même moment, dans le même État, et avec le même résultat, Carly Fiorina s’est présentée comme candidate pour un siège au Sénat. De 1999 à 2005, Fiorina a précédé Whitman en tant que CEO de HP. Durant cette période, l’action du géant informatique a perdu la moitié de sa valeur. Aujourd’hui, Fiorina participe aux primaires de l’élection présidentielle dans le camp républicain.

Malgré le fait que Whitman et Fiorina ont tellement de choses en commun, Whitman ne soutient pas celle à qui elle a succédé à la tête de HP. "C’est une bonne chose d’avoir de l’expérience dans le monde des affaires, mais je pense qu’il est malgré tout souhaitable d’avoir aussi de l’expérience en politique pour briguer la Maison-Blanche."

Whitman n’est pas neutre pour autant. Elle a déjà indiqué qu’elle soutenait le candidat républicain Chris Christie, l’actuel gouverneur du New Jersey. Actuellement, les sondages ne lui sont pas favorables mais "j’ai confiance en lui", indique Whitman, qui organisera bientôt un dîner de collecte de fonds pour Christie dans la Silicon Valley.

Ce pôle d’attraction est un des rares endroits que les deux nouvelles entreprises ont décidé de ne pas diviser. Le bureau où les deux fondateurs, aujourd’hui décédés, ont travaillé ensemble pendant plus de vingt ans est resté intact.

Entreprise du passé

Depuis plusieurs années, l’ancienne HP cherchait sa place dans un paysage technologique défini par les smartphones et les logiciels du "cloud". Le temps où HP était considérée comme une des entreprise les plus innovantes au monde faisait déjà partie du passé.

Au cours de la dernière décennie, HP s’est surtout fait remarquer par un défilé de CEO (parmi lesquels l’actuelle candidate à la présidence des Etats-Unis, Carly Fiorina), par des acquisitions mal intégrées et des volées de licenciements collectifs qui ont vu disparaître 80.000 emplois.

"Je suis obligée de reconnaître que ce fut une véritable crise de confiance, tant auprès de nos clients que de notre personnel", explique Whitman, qui est arrivée en 2011 pour faire le ménage. Il y a un an, elle a présenté son plan de division de la société. Il était grand temps de procéder à la scission, car l’action de l’ancienne HP avait déjà perdu 30% de sa valeur.

HPE est leader du marché des serveurs et de l’infrastructure de réseau, mais dans la tendance actuelle, les jeunes entreprises optent de plus en plus pour des services virtuels dans le "cloud". Amazon et Microsoft (qui occupent respectivement la première et la deuxième place) dominent cette activité, et HP avait abandonné toute tentative pour les concurrencer.

Whitman est consciente du problème, mais déclare vouloir lutter sur plusieurs fronts. "Tous les services IT ne vont pas passer au cloud". Whitman souligne également que le groupe dispose d’un trésor de guerre de 5 milliards de dollars, et se dit prête à étudier des possibilités d’acquisitions.

Chemin inverse

Il est frappant de constater qu’alors qu’HP s’est scindée en deux parties, son grand concurrent Dell a fait le chemin inverse. Dell a fait récemment l’offre a plus importante dans le domaine technologique – soit 67 milliards de dollars – pour racheter le spécialiste du stockage EMC. Whitman a son avis sur la question: "Cela fait des années que nous tentons d’assainir notre bilan. Dell accumule les dettes et mettra des années à digérer cette énorme acquisition. Nous verrons qui a raison. Mais je miserais plutôt sur HPE." Ce que Whitman oublie de dire, c’est que l’an dernier, HP n’était pas loin de reprendre elle-même EMC.

Economie des idées

"Avec la nouvelle entreprise, nous sommes prêts pour ce que j’appelle volontiers l’économie des idées. Le pas à franchir pour concrétiser une idée et la transformer en entreprise rentable s’est fortement réduit. Aujourd’hui, tous les entrepreneurs disposent pratiquement des mêmes possibilités que les multinationales."

Le principal défi qui attend Whitman, c’est la croissance. Au cours des cinq dernières années, le pionnier d’antan a vu son chiffre d’affaires se réduire, un événement rare pendant ses 70 années d’existence. Pendant 15 des 16 derniers trimestres, HP n’a fait que reculer. C’est du passé, promet Whitman. "À partir de l’an prochain, nous allons recommencer à croître de 4 à 5% par an."

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