portrait

Morris Chang, le maître des fondeurs de puces

Recruté par Taïwan dans les années 80, il a fait de l'État insulaire le numéro un mondial des semi-conducteurs que tout le monde s'arrache aujourd'hui.

Il y a des hommes qui incarnent à eux seuls des industries mondiales. Morris Chang est de ceux-là. Pourtant, lorsqu’il quitte sa Chine natale en proie à la guerre civile en 1948, rien ne le destine spécialement à devenir le roi des puces électroniques 50 ans plus tard.

Après un court passage à Hong-Kong, ce fils de banquier opte pour les États-Unis et Harvard. Il sera finalement transféré au prestigieux MIT, dans le Massachusetts. Deux diplômes en ingénierie mécanique plus tard, il en sort en 1953, mais avec une fausse note qui lui restera en travers de la gorge: il échoue à plusieurs reprises lors de la défense de sa thèse.

Trente ans après sa création, TSMC détient plus de 50% du marché mondial.

Il se rattrapera quelques années plus tard alors qu’il dirige déjà l’un des départements de Texas Instrument en obtenant un prestigieux PHD à Stanford. Texas Instrument, connue de tous pour ses fameuses calculatrices, c'est, à l’époque, l’entreprise américaine qui monte dans le secteur des semi-conducteurs, ces puces qui sont un composant indispensable de tout appareil électronique. Morris Chang y restera 25 ans avant d’être recruté par le gouvernement taïwanais pour développer sur place l'industrie encore émergente des semi-conducteurs.

Il crée TSMC en 1987, qui sera soutenue par le gouvernement taïwanais, le néerlandais Philips et plusieurs investisseurs privés, pour devenir le premier – et plus grand – fondeur mondial de semi-conducteurs. Un énorme pari à l'époque. 30 ans plus tard, TSMC détient plus de 50% du marché mondial.

Dépasser Intel, coute que coute

Obsédé dès le départ par Intel qui est la référence du secteur, Morris Chang va passer sa vie de patron de TSMC à tenter de battre son rival américain. Intel a toujours eu un coup d’avance notamment en termes de miniaturisation des puces. Il touchera au but en 2017 quand TSMC dévoilera sa technologie et le procédé pour fondre des puces de 10 nanomètres, alors qu’Intel en est toujours à ce moment-là à la technologie de 14 nanomètres. C'est donc la tête haute qu'il quitte TSMC en 2018 après une dernière pige de 9 ans à la tête de l'entreprise qui lui avait demandé de revenir après un premier départ en 2005.

Qualcomm, Broadcom, Nvidia, AMD, MediaTek ou Apple ne jurent que par les puces du fondeur taïwanais.

À 90 ans accomplis, il profite aujourd’hui d’une retraite bien méritée. Pendant ce temps-là, son entreprise est désormais le leader incontesté d’un marché dont dépend la planète entière et dont les clients comme Qualcomm, Broadcom, Nvidia, AMD, MediaTek ou Apple ne jurent que par les puces du fondeur taïwanais. La demande est tellement énorme que TSMC a annoncé ce jeudi son intention d'investir 100 milliards de dollars durant les trois prochaines années pour fabriquer des puces dans un contexte de pénurie mondiale de ces composants électroniques qui affecte l'automobile et d'autres industries. Intel a annoncé de son côté vouloir investir 20 milliards dans deux nouvelles usines. Des montants qui reflètent la hiérarchie du marché qu’a réussi à fondre selon sa volonté Mr. Chang. Un homme que l’on dit plutôt placide, mais qui doit arborer un sourire en coin lorsqu’il contemple la stature mondiale de la petite fonderie de puces qu’il a créée il y a 30 ans.

CV Express

  • 1931: naissance à Ningbo, en Chine.
  • 1949 : il émigre aux Etats-Unis et intègre le MIT.
  • 1987: Il fonde TSMC (Taiwan Semiconductor Manufacturing Company) pour le compte du gouvernement taïwanais.
  • 2018: Il quitte la tête de TSMC pour de bon après avoir atteint son but : battre Intel.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés