Pour EVS, une année comprend deux mi-temps

©Frédéric Pauwels / HUMA

Après une première partie de 2018 décevante, EVS a signé son meilleur second semestre depuis cinq ans. Et si les perspectives restent floues, la société liégeoise veut rassurer les investisseurs.

"On était mené 0-2 à la mi-temps mais en remontant sur le terrain on s’est serré les coudes et on a fini par l’emporter 3-2." Fan de métaphores footballistiques – normal pour une boîte dont le sport est une des grandes sources de revenus – Pierre De Muelenaere, président et CEO par intérim d’EVS, parle d’or. Après un début 2018 médiocre – le pire de ces cinq dernières années –, le spécialiste liégeois des productions vidéo en direct a en revanche signé son meilleur second semestre depuis… cinq ans. Le quatrième trimestre ainsi vu le chiffre d’affaires atteindre 42,3 millions, en hausse de 6,6%, soutenu par les livraisons des nouveaux serveurs XT-Via, l’arrivée de l’outil Xeebra (aide à l’arbitrage vidéo), etc.

Sur l’ensemble de l’année, EVS paie toutefois son mauvais premier semestre et ce même si 50% de ses revenus ont été générés par les nouveaux produits. Résultat: le chiffre d’affaires recule de 2,3% à 116,1 millions, juste dans la fourchette prévue de 115 à 130 millions. Sans doute une première depuis bien longtemps alors que les années paires, celles des grands événements sportifs (Coupe du monde et Euro de football, Jeux Olympiques…) génèrent du chiffre d’affaires additionnel. Le problème n’est pas là mais plutôt chez clients récurrents, les chaînes de télévision. "Mises sous pression par les géants de l’internet et par la tension sur le marché publicitaire, elles tardent à renouveler leurs infrastructures", indique le CEO par intérim.

"On était mené 0-2 à la mi-temps, mais on a fini par l’emporter 3-2."
pierre de muelenaere
président et ceo par intérim d’evs

Heureusement, la tendance s’est inversée en deuxième partie d’année, avec entre autres un gros contrat de 4 millions avec le groupe Gravity Media. Mais malgré une masse salariale moins importante et une réduction de divers coûts (consultance, marketing…), le résultat d’exploitation a baissé de près de 20% à 28,1 millions. Et si le bénéfice net a grimpé de plus de 47% à 35,2 millions, c’est grâce surtout aux réductions d’impôt en relation avec le régime de déduction pour revenus d’innovation en Belgique.

Les perspectives sont mi-figue mi-raisin, a priori. Le carnet de commandes s’élève à 26,7 millions. Il chute de 28,8%, comparé à 2018. Mais si on enlève l’impact des événements sportifs, c’est un recul de 0,7% par rapport aux 37,5 millions de l’an passé, qui comprenaient 10,6 millions de locations pour ces événements. À cela s’ajoutent 5,4 millions de commandes à facturer en 2020 et au-delà. EVS se veut donc prudent et table sur un chiffre d’affaires qui devrait se situer entre 100 et 120 millions. "Pour 2019, nous nous attendons à ce que nos activités principales restent sous pression car nous ne prévoyons pas d’amélioration importante de la dynamique du secteur", commente Pierre De Muelenaere.

Dans ce contexte de volatilité et de manque de visibilité, EVS a pris une double décision. D’une part, de ne plus communiquer que des trading updates les 1er et 3e trimestres et non plus des résultats complets. De l’autre de garantir un dividende d’un euro jusqu’en 2021, pour autant que les conditions de marché restent stables. "C’est une manière de rassurer les investisseurs qui auraient pu avoir des doutes après notre premier semestre; nous allons continuer à délivrer un résultat, on est une des sociétés les plus rentables du secteur", estime Pierre De Muelenaere.

Le programme de rachat d’actions propres de 10 millions – accéléré suite à la montée en puissance du groupe Evertz dans son capital – conjugué à l’augmentation de capital de 14,4 millions souscrite fin 2018 par Belfius et AvH (qui détiennent 4,9% des parts) montre en effet la confiance du conseil d’administration dans le futur de l’entreprise et confirme sa volonté de conserver son indépendance. L’arrivée de Tom Bamelis, CFO d’AvH, et de Dirk Vanderschrik, CEO de Belfius Assurance, comme administrateurs est une autre preuve, selon Pierre De Muelenaere, de la volonté de renforcer EVS.

recherche CEO désespérément

En juillet 2018, la CEO d’EVS Muriel De Lathouwer était remerciée, payant de mauvais résultats et des relations difficiles avec ses équipes. Sept mois plus tard, son successeur n’a toujours pas été désigné. Et ne le sera pas de sitôt. Le président du conseil d’administration, Pierre De Muelenaere, qui assure l’intérim, a en effet vu celui-ci prolongé jusque fin 2019. EVS espère trouver la perle rare dans le courant du 2e semestre afin d’assurer une transition en douceur. Pourquoi cela traîne-t-il autant? "Suite aux mauvais résultats du premier semestre, il y avait plus urgent à faire: remettre l’entreprise sur les rails", indique Pierre De Muelenaere. Et puis, EVS a besoin de stabilité. En sept ans, elle a connu 4 CEO. Le CA ne veut pas se tromper. Enfin, trouver le bon profil n’est pas simple. Le métier d’EVS est très particulier, il demande des compétences techniques, managériales, commerciales et la capacité de se mouvoir dans un environnement international, l’immense majorité de l’activité d’EVS étant réalisée à l’étranger.

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