Pour IBA, la pertinence de la protonthérapie reste entière

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L’entreprise de Louvain-la-Neuve estime qu’on ne peut attendre les preuves cliniques ultimes en matière de radiothérapie avant d’élargir les indications. IBA plaide pour que la Belgique suive le modèle adopté par d’autres pays, qui différencient à la base les patients éligibles à la protonthérapie et ceux qui restent en radiothérapie classique.

Nul n’est prophète en son pays. IBA , considéré comme un des fleurons technologiques wallons, a dû encaisser ce jeudi un coup de massue asséné par une institution… belge Mandaté par l’Inami qui souhaitait vérifier le bien-fondé de l’utilisation de la protonthérapie, le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) a en effet publié un rapport sur l’absence de littérature scientifique internationale établissant la supériorité de cette thérapie novatrice -LA spécialité d’IBA- par rapport à la radiothérapie conventionnelle.

"Il y a des bénéfices vraiment bien établis pour un certain nombre d’indications".
Aymeric Harmant
Responsable communication corporate et marketing IBA

Le document a immédiatement fait plonger le cours de l’action de l’entreprise de Louvain-la-Neuve, étant interprété comme une possible remise en cause de la protonthérapie en Belgique même. Ce que regrettent les responsables d’IBA, qui estiment que les chiffres internationaux plaident en leur faveur. 

"Le rapport du KCE ne remet pas en cause l’efficacité de la protonthérapiea commenté à L’Echo Aymeric Harmant, directeur de la communication corporate et du marketing chez IBA.  Les indications qui sont approuvées aujourd’hui en Belgique et pour lesquelles les patients sont traités, restent d’application et restent rembourséesLa question posée au KCE, c’est: est-ce qu’on peut étendre à d’autres indications? Le KCE a déterminé que pour le moment, il n’y avait pas assez d’évidences cliniques qui justifiaient d’étendre ces indications."

Deux bénéfices clairs

"Mais il n’y a aucune remise en cause de l’efficacité de la protonthérapie, comme on a pu le dire et comme le titre du communiqué de presse du KCE peut le laisser sous-entendre, analyse encore Aymeric Harmant. La protonthérapie existe depuis de nombreuses années. Il y a plus de 180.000 patients qui ont été traités dans le monde, avec des bénéfices qui sont clairs."

"On ne peut pas demander aux patients belges d’attendre 10 ans."
Didier Vander Steichel
Directeur de la Fondation contre le cancer

Le premier bénéfice, c’est que l’on peut atteindre et attaquer les tumeurs de façon plus efficace qu’avec la radiothérapie classique. Le deuxième gain, c’est que comme la thérapie est beaucoup plus ciblée, on fait beaucoup moins de dégâts sur les tissus sains. D’où moins d’effets secondaires.Reste à le prouver. C’est cette absence de preuves cliniques à long terme que le KCE a épinglée.

Toutefois, s’insurge Aymeric Harmant, "pour avoir des études qui soient probantes, il faut avoir une expérience et un recul de plusieurs dizaines d’années pour pouvoir démontrer les bénéfices de façon indiscutable scientifiquement.Le problème, c’est que si on attend ces dizaines d’années, on ne donne pas la possibilité aux patients de se faire traiter aujourd’hui. Et que deuxièmement, quand ces thérapies sortent, la technologie a tellement évolué qu’elle n’est plus représentative des nouvelles thérapies en service".

Pour IBA, il est regrettable que les conclusions du KCE ne soient pas en accord avec les évolutions que l’on constate au niveau international, où la plupart des centres de protonthérapie traitent de plus en plus d’indications et de plus en plus de patients.

Les Pays-Bas ont ainsi fait une étude très approfondie de l’intérêt de la protonthérapie et sont arrivés à la conclusion qu’il y avait 7.000 patients néerlandais qui pouvaient en bénéficier. Ils ont dès lors décidé de construire 8 salles, dont 6 sont en service. Nos voisins ont une autre approche: ils déterminent à l’avance, sur la base de certains modèles, quels sont les patients pour qui les bénéfices de la protonthérapie vont être significatifs. Les autres sont traités par radiothérapie.

D’autres pays vont dans le même sens. "L’American Society for Radiation Oncology et le National Comprehensive Cancer Network ont revu leurs recommandations à la hausse en termes d’indications pour la protonthérapie, souligne de son côté le docteur Didier Vander Steichel, directeur de la Fondation contre le cancer. Si je salue la prudence du KCE sur le plan scientifique, cela me semble intenable sur le long terme. On ne peut pas demander aux patients belges d’attendre 10 ans avant d’avoir des élargissements d’indications. Il faut regarder ce qui se fait à l’échelle mondiale."

D’autant qu’un autre des arguments du rapport du KCE celui du prix excessif ne lui semble pas pertinent du tout, conclut le patron de la Fédération contre le cancer. "Il faut mettre ce coût, qui est effectivement plus important que la radiothérapie, en relation avec le coût d’autres nouveaux traitements en matière de cancérologie, nettement, très nettement plus élevés, comme l’immunothérapie."

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