start-ups

Quand la technologie nivelloise d'Amoobi séduit Walmart, Ikea... et les investisseurs

©Photo News

La société nivelloise s’est spécialisée dans l’analyse du comportement du client en magasin à partir de capteurs optiques. Sa technologie a séduit des géants de la grande distribution comme Walmart, Carrefour, Aldi, Ikea ou Media Markt. En plein essor, Amoobi vient de lever un million d’euros. Objectif: doubler ses effectifs et, d’ici 2020, quintupler son chiffre d’affaires.

Lire la presse n’est jamais inutile pour un entrepreneur. C’est en découvrant une interview testament publiée en 2013 par L’Echo qu’Olivier Delangre, CEO de la jeune société nivelloise Amoobi, a l’idée de contacter Pierre-Olivier Beckers. Au lendemain de son départ de Delhaize, l’ex-CEO de la firme au lion y confiait vouloir, dans sa nouvelle vie, se mettre au service de jeunes entrepreneurs "dans des métiers qu’il comprend".

Pierre-Olivier Beckers, président du conseil d’administration d’Amoobi. ©Tim Dirven

Créée en 2011 par cet ingénieur civil de ULB dans les télécoms sans fil, avec deux associés, Fabrice Dossin et Laurent Gosselin, Amoobi s’est, de fait, spécialisée dans l’analyse du comportement du client en magasin. "À la fin de mon doctorat, je voulais créer mon business. Avec mes associés, on a choisi un secteur que nous connaissions bien: l’interaction géolocalisée via téléphone mobile. à l’époque, c’était de la science-fiction puisque le premier iPhone venait d’être lancé", raconte Olivier Delangre. Un projet pilote est lancé avec City 2, afin d’aider le visiteur à naviguer dans le centre commercial. Face à l’intérêt du secteur de la distribution, la start-up se recentre sur la géolocalisation en magasin. Olivier Delangre et ses deux associés lèvent en deux phases 238.000 euros auprès de business angels. En 2014, Pierre-Olivier Beckers injecte près de 500.000 euros dans l’affaire, dont 10% en capital et 90% en prime d’émission. Il devient président du conseil d’administration, apportant sa connaissance du secteur et son carnet d’adresses.

Mais que fait vraiment Amoobi? "Un magasin, c’est une boîte noire: on sait tout ce qui sort à la caisse mais on ne sait rien de ce qui se passe à l’intérieur, explique Olivier Delangre. Notre solution comble cette lacune en analysant comment le client se comporte, pourquoi il s’attarde à tel rayon et pas à un autre, pourquoi il achète tel produit et pas un autre, etc. Le tout de manière anonyme."

Anonymat garanti

Au départ, le système captait les signaux bluetooth et wi-fi émis par les smartphones des clients permettant de les géolocaliser. Depuis, Amoobi a amélioré sa solution et abandonné le smartphone. "Nous utilisons désormais des capteurs optiques 3D situés un peu partout dans le magasin, détaille le CEO. C’est beaucoup plus précis et cela permet de suivre tous les clients et pas seulement ceux qui ont un smartphone." Flicage? "Non, répond-il. Nous n’enregistrons pas d’image et ne captons pas de données personnelles."

Alors que la distribution se voit challengée par les acteurs de l’internet, la solution Amoobi permet de répliquer en utilisant leurs armes – des données collectées via géolocalisation –, l’objectif étant de mieux répondre aux changements de consommation. "Les consommateurs évoluent, ils ne veulent plus perdre de temps à faire leurs courses, détaille Olivier Delangre. Avant, on mettait les produits de première nécessité au fond du magasin pour retenir le client, aujourd’hui, ce n’est plus le cas, il faut repenser le parcours client, l’organisation des rayons: c’est notre mission."

"Jusqu’ici, on savait ce que le consommateur achetait. à présent, on sait ce qu’il n’achète pas. Et pourquoi."
Pierre-Olivier Beckers
Président du conseil d’administration d’amoobi

Fort de son expérience dans le secteur, Pierre-Olivier Beckers estime qu’Amoobi c’est un peu le chaînon manquant des retailers: "Jusqu’à présent, la distribution travaillait de manière assez empirique et subjective en observant le comportement des clients, via des focus groupes ou l’analyse du ticket de caisse. Bref, on savait ce que le consommateur achetait. Avec Amoobi, on sait ce qu’il n’achète pas et pourquoi et ceci de manière totalement objective et non pas sur la base d’impressions", résume-t-il.

Augmentation de capital

La technologie d’Amoobi a séduit des géants comme Walmart, Carrefour, Aldi, Delhaize, Media Markt ou Ikea. Pour des raisons de confidentialité, Olivier Delangre refuse de donner des exemples précis, se contentant de citer le cas d’une chaîne qui a augmenté ses ventes de 5% suite à ses analyses ou celui d’une autre qui a fait baisser de 80% le temps d’attente aux caisses.

Amoobi devrait atteindre le million de chiffre d’affaires cette année, dont 80% à l’international et 75% dans la distribution alimentaire. La société est à un tournant. "Depuis l’an dernier, on constate une forte accélération dans le marché, il faut anticiper les demandes des clients et renforcer nos équipes", affirme Olivier Delangre. Amoobi compte 13 collaborateurs mais prévoit de doubler ses effectifs d’ici un an.

Pour ce faire, elle vient de réaliser une augmentation de capital d’un million d’euros à laquelle ont souscrit ses actionnaires actuels. Ceux-ci ont été suivis par Nivelinvest et Sofinex (un fonds de la Sowalfin dédié aux entreprises à croissance internationale) essentiellement sous forme de prêts subordonnés. Ses ambitions sont grandes: quintupler ses revenus à l’horizon 2020. Un objectif que Pierre-Olivier Beckers juge réalisable vu l’intérêt du marché pour sa technologie: "Pas seulement des distributeurs, mais aussi des fabricants."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés