"Quand on crée 10 boîtes par an, il y a forcément de la casse"

Raphaël Halberthal (à gauche) et Baudouin de Troostembergh, les cofondateurs de Startup Factory. ©Tim Dirven

Après avoir mis sur pied 30 start-ups en 3 ans, Startup Factory atteint un nouveau stade de maturité. Pour continuer son développement, le start-up studio augmente son capital de 1 million d’euros et entrevoit 2020 sous le signe du retour sur investissement.

Startup Factory est un start-up studio, une fabrique à start-ups. À ce jeu-là, le plus important est de trouver les projets à monter et surtout les entrepreneurs pour les porter. "On est une start-up qui crée des start-ups", résume Baudouin de Troostembergh, cofondateur. À ses débuts il y a trois ans, Startup Factory n’avait de studio que l’image qu’en donnaient ses cofondateurs. Une situation qui a créé des frustrations auprès d’entrepreneurs attirés par la promesse d’une équipe disponible pour faire évoluer leur boîte et qui se retrouvaient face à un bureau, deux ordinateurs et un roll-up.

Aujourd’hui, le studio est bel et bien là. Ça court dans tous les sens au sein de l’espace dédié dans les locaux de Co.Station, à deux pas de la gare Centrale. Les entrepreneurs y ont accès aux ressources dont ils ont besoin et Baudouin de Troostembergh et Raphaël Halberthal jouent les rôles de parrains au milieu de la fourmilière qui a donné vie à 30 start-ups avec des fortunes diverses. "Quand on crée 10 boîtes par an, il y a forcément de la casse", selon eux.

Corporate venturing

Après avoir été les pompiers de service pendant les premières années, ils peuvent se concentrer sur leur tâche principale, trouver les bons entrepreneurs pour les bons projets. Des projets, ils en ont de deux types: "On a une activité de corporate venturing. On crée des start-ups pour le compte de grandes entreprises qui ont des besoins d’innovation et n’arrivent pas à les exécuter en interne."

Nous sommes dans un modèle où nous sommes réellement rémunérés si la start-up fonctionne.
Raphaël Halberthal
Cofondateur de Startup Factory

Startup Factory travaille sur commande en fonction des besoins des corporates ou met sur pied des projets avec pour ambition de les proposer à un secteur. "Le montage financier permet aux sociétés (les corporates) de racheter la start-up après un certain temps via des options d’achat." Le corporate venturing finance une partie de l’activité de Startup Factory mais "la rentabilité vient seulement si on revend nos participations dans la start-up", détaille Raphaël Halberthal.

Le nid à start-up facture la période d’incubation et vend des options d’achat pour couvrir ses frais. "Nos concurrents prennent, eux, des montants énormes au départ et, que le projet fonctionne ou pas, leur rentabilité est couverte. Ce n’est pas notre cas, nous sommes dans un modèle où nous sommes réellement rémunérés si la start-up fonctionne", précise-t-il.

25.000 euros pour démarrer

Startup Factory investit dans chaque projet 25.000 euros pour le démarrage de l’activité. L’objectif est de rapidement atteindre un chiffre d’affaires mensuel de 5.000 euros pour permettre de déclencher une levée de fonds de 250.000 euros en moyenne. À ce stade-là, les valorisations des jeunes pousses créées oscillent entre 650.000 et 1 million d’euros.

Douze mois plus tard, le but est d’avoir atteint entre 10.000 et 15.000 euros de chiffre d’affaires mensuel avec une équipe autonome et alors déclencher la prochaine levée de fonds ou être racheté par une entreprise.

Quand un consultant facture des heures, nous, on facture de la valeur. C’est plus risqué mais potentiellement plus rentable.
Baudouin de Troostembergh
CEO de Startup Factory

Est-ce que l’activité est rentable? "Aujourd’hui, on existe depuis 3 ans et demi, on a fait nos premières reventes d’entreprises. En 2020 on devrait en avoir une belle série également. À ce moment-là, on pourra réellement juger du niveau de rentabilité de notre activité de corporate venturing."

La partie corporate venturing représente la moitié du nombre d’entreprises créées par Startup Factory, une quinzaine en 3 ans. Sur les quinze, deux seulement ont déjà été rachetées par une entreprise (Propchain par Besix et Efluenz par Rossel) et deux le seront dans les prochaines semaines. "Quand un consultant facture des heures, nous, on facture de la valeur. C’est plus risqué mais potentiellement plus rentable", commente Baudouin de Troostembergh.

Des idées et des hommes

Pour produire suffisamment d’entreprises et avoir des rentrées intéressantes, Startup Factory doit trouver des idées et des entrepreneurs en permanence. "On n’a pas peur de faire un ‘smart copycat’. Si on voit quelque chose qui cartonne à l’étranger et qui n’existe pas chez nous, on n’a pas peur de dire qu’on peut le faire aussi bien avant qu’il n’arrive ici", disent les cofondateurs.

Mais ce qui compte le plus pour Startup Factory c’est de bien s’entourer et de trouver les bons profils pour mener à bien ses projets: "Pour nous, l’idée, dans le succès d’un projet, compte très peu. Notre force c’est l’exécution du projet." Recruter les bons entrepreneurs de demain est devenu leur métier: "Les entrepreneurs qui viennent chez nous, ce sera toujours la première expérience business, il faut donc mitiger les risques pour eux et pour nous."

L’autre moitié de l’activité est consacrée aux projets maisons. Difficile d’établir un fil rouge entre les différents projets, une quinzaine, hormis le fait que Startup Factory ne sera jamais une boîte de développement avec 20 développeurs comme d’autres start-ups studio. Les deux entrepreneurs privilégient les projets simples, efficaces, qui demandent peu d’investissement au démarrage. Deux constantes tout de même: surfer sur les tendances et un opportunisme bien aiguisé.

On prend 50% de participation dans les start-ups. Ça peut paraître beaucoup, mais on mitige le risque financier, on met une équipe de 10 personnes à disposition, on offre un réseau d’investisseurs belges.

Poids financier excessif?

Souvent attaqués par l’écosystème belge ou des ex-entrepreneurs maison sur leurs prises de participation trop importantes dans les entreprises issues du studio, les deux fondateurs s’expliquent: "On prend 50% de participation dans les start-ups. Ça peut paraître beaucoup, mais on mitige le risque financier, on met une équipe de 10 personnes à disposition, on offre un réseau d’investisseurs belges. On maximise les chances de réussite de chaque projet."

Ils mettent aussi en avant un problème de perception du monde de l’entrepreneuriat: "On n’est pas dans le monde des bisounours. Les entrepreneurs qui arrivent chez nous ont des idées sur l’entrepreneuriat qui sont irréalistes." Exemple à l’appui: "Quand chez nous des entrepreneurs se retrouvent avec 30% de capital d’une start-up et trouvent que c’est trop peu, je ne comprends pas. Prenons une start-up classique avec 3 cofondateurs, ils ont chacun environ 30% et ils vont être dilués 2 voire 3 fois. Au final, il leur restera 10-15% de l’actionnariat. C’est ça la réalité", assènent en cœur les deux fondateurs.

Pragmatisme lucide

On ne développe pas une ligne de code pour un projet si on n’a pas 10 bons de commande en main.
Raphaël Halberthal

Autre grief souvent exprimé, l’implication au regard des prises de participation de Startup Factory au sein de ses start-ups. Jugé trop faible par certains, l’apport du studio ne répondrait pas aux attentes. "Le débat est stérile, répond du tac-au-tac Raphaël Halberthal. L’entrepreneur accepte toujours de valoriser l’argent. Quand un investisseur met de l’argent dans une entreprise, sa valeur ajoutée n’est jamais remise en cause. L’autre chose qui est valorisée systématiquement, c’est le développement informatique d’une solution." Deux choses que n’apporte pas Startup Factory.

"On est anti-développement par nature et on ne met pas de cash directement." Un processus qui n’est pas habituel mais qui répond à un pragmatisme lucide: "On ne développe pas une ligne de code pour un projet si on n’a pas 10 bons de commande en main." L’exemple-type de cette logique, c’est Medicheck, une start-up fondée chez Startup Factory qui fait du contrôle médical en cas d’absentéisme. L’entreprise a bricolé pendant un an avec les moyens du bord et seulement après avoir convaincu ses clients et réalisé une année de croissance, la solution ad hoc a été développée.

Des exits et du cash

2020 sera l’année des exits (revente de participation) pour le start-up studio du centre de Bruxelles. Trois sont déjà attendus pour la première partie de l’année avec des montants entre 1 et 3 millions d’euros. Pour assurer leurs arrières jusqu’à la réalisation de ces opérations financières et fidéliser leurs investisseurs privés, les deux compères viennent de boucler une augmentation de capital de 1 million d’euros.

2020 devrait aussi être l’année de la maturité, les débuts balbutiants semblent bien loin. La start-up qui fabrique des start-ups sort de l’adolescence, semble avoir mûri et appris de ses erreurs de jeunesse.

Bilan | Un tiers de champions

Sur les 30 start-ups créées ces 3 dernières années, les deux associés font un bilan en trois volets. 

Un tiers des start-ups "vont bien", ce qui signifie qu’elles sont en croissance au niveau de leur chiffre d’affaires, qu’elles ont levés des fonds et ont une équipe solide. 

Le deuxième tiers cherche encore son modèle, est parfois encore à la recherche de la bonne équipe pour mener le projet, mais ces start-ups conservent un potentiel important aux yeux de Startup Factory. 

Le dernier tiers est plus problématique, ce sont des start-ups qui ne "vont pas bien", où il y a des désaccords et pour lesquelles "il faudra probablement débrancher la prise à un moment donné", nous prévient Raphaël Halberthal, cofondateur de Startup Factory.

Le studio affiche donc un taux de réussite aux alentours de 30% qui devrait être validé par les prochaines reventes à venir en 2020. Ces dernières ont pris plus de temps que prévu pour des montants parfois moins élevés qu’espéré, d’où l’augmentation de capital effectuée tout récemment. Les prochains projets qui seront intégrés au studio le seront sur base opportuniste et resteront multisectoriels.

 

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