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Quelles conséquences aura la cryptomonnaie de Facebook sur les banques?

©EPA

Avec sa nouvelle offre de monnaie virtuelle, Facebook va s’attaquer au marché bancaire. Les avis sont partagés sur l’effet concret sur le secteur. Belfius s’attend à un impact limité, l’économiste Bruno Colmant parle, lui, d’une véritable révolution monétaire.

C’est le genre de chiffre qui doit faire rêver toutes les banques du monde. 2,4 milliards de clients potentiels. Le plus célèbre réseau social du monde pourrait, avec une telle base, devenir un sacré acteur dans le monde de la transaction. De quoi faire trembler les banques? Selon Bruno Colmant, professeur d’économie à l’UCLouvain et l’ULB, libra pourrait bien tout chambouler.

"Il s’agit probablement de l’une des plus grandes révolutions monétaires qui se prépare", n’hésite-t-il pas à lancer. "Libra va progressivement disqualifier les banques et changer les rôles. Aujourd’hui, elles créent la monnaie. Demain, ce seront les acteurs en ligne qui le feront", explique-t-il encore.

"Les banques vont sans doute d’abord être pétrifiées avant de minimiser le projet."
Bruno Colmant

De quoi, selon lui, sérieusement impacter le secteur bancaire. "Les banques vont sans doute d’abord être pétrifiées avant de minimiser le projet", ajoute l’expert. Mais avant de révolutionner le secteur, les challenges sont très nombreux. Le premier concerne l’image du géant. "Lorsque l’on pense à Facebook, on ne peut pas s’empêcher de faire le lien avec la vie privée et les différents scandales qui ont eu lieu", lance Rodolphe de Pierpont, le porte-parole de Febelfin, la fédération belge du secteur financier.

"Et encore, on parle ici simplement d’un réseau qui permet de discuter et partager des photos", ajoute Geert Van Mol, chief digital officer chez Belfius. "Pour une plateforme qui touche à l’argent des utilisateurs, la confiance doit encore être à un niveau plus important."

L’autre élément clé sera l’intégration par les utilisateurs. "On parle beaucoup des utilisateurs de Messenger et WhatsApp mais il faut aussi une adhérence des professionnels, ce qui n’est pas simple. On l’a vu avec Payconiq, convaincre les acteurs professionnels prend beaucoup de temps", ajoute le spécialiste de chez Belfius. L’implantation prendra donc du temps. "Dans un premier temps, l’utilisation se fera uniquement d’utilisateur à utilisateur privé comme pour se rembourser un restaurant. Mais les professionnels vont forcément aussi s’y intéresser à un moment et proposer directement des solutions de paiement", commente Bruno Colmant.

"Il ne faut pas oublier que les règles qui excluent certaines personnes sont avant tout pour assurer la sécurité et éviter des problématiques comme le blanchiment d’argent."
Rodolphe de Pierpont

Parmi les infos annoncées, Facebook précise vouloir aussi toucher un public précis, les exclus du monde bancaire. L’image est belle mais sans doute à relativiser. En tout cas sur le marché belge. "Aujourd’hui, l’accès à la banque est encore très important, précise Rodolphe de Pierpont. Pour disposer d’un compte, le SPF estimait en 2018 que le montant à débourser était de 30 à 50 euros, ce qui est plutôt accessible. Puis il ne faut pas oublier que les règles qui excluent certaines personnes sont avant tout pour assurer la sécurité et éviter des problématiques comme le blanchiment d’argent. De telles mesures n’existent pas pour le bitcoin et on a pu constater une utilisation détournée de la monnaie virtuelle."

La révolution a donc encore du chemin à parcourir. Mais l’annonce suscite en tout cas la curiosité. "Le fait que Facebook soit parvenu à s’entourer de partenaires comme Mastercard et Paypal rend forcément le projet important à suivre", confirme le chief digital officer de chez Belfius. Mais pour le responsable, la Belgique ne sera sans doute pas la première à en profiter.

"L’intérêt est réel pour des pays où la confiance en la monnaie est faible. En Belgique, ce n’est pas le cas et le secteur n’a pas attendu Facebook pour s’intéresser au paiement digital. Notre pays est très avancé sur cette question. Nos apps n’ont rien à envier aux Etats-Unis par exemple." Deux éléments qui, selon lui, diminueraient la plus-value de libra pour le moment chez nous.

La mise en lumière qui profite au Bitcoin

Les montagnes russes sont de retour du côté du bitcoin. La plus célèbre monnaie virtuelle, presque aussi connue pour les possibilités qu’elle offre que pour son extrême volatilité, repart à la hausse depuis les annonces récentes de Facebook et son intérêt marqué pour la blockchain.

La technologie décentralisée est également utilisée par la plus célèbre monnaie virtuelle. Le bitcoin a ainsi atteint son plus haut niveau de l’année pour dépasser les 9.000 dollars. La hausse est ainsi marquée depuis une bonne semaine. Le 11 juin, le bitcoin ne s’échangeait qu’à "seulement" environ 7.800 dollars.

Ces dernières années, la monnaie virtuelle a enchaîné les périodes de croissance fortes suivies de chutes tout aussi vertigineuses. Il y a encore quelques mois, le cours variait encore autour des 3.200 dollars et la monnaie peinait à retrouver l’intérêt du public de la fin d’année 2017.

À l’époque, l’explosion avait été phénoménale. Le cours était alors grimpé pour atteindre son pic maximum à près de 18.000 dollars.

Le bitcoin n’est pas le seul à profiter d’un nouvel intérêt. D’autres cryptomonnaies profitent de la mise en lumière de la blockchain pour reprendre des couleurs. L’Etherum affiche par exemple une progression de près de 10% sur les sept derniers jours. 

 

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