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Ren Zhengfei, le plus gros vendeur de smartphones

Malgré les pressions américaines, le chinois Huawei devient le premier vendeur mondial de smartphones. Une victoire pour le groupe fondé il y a 33 ans par Ren Zhengfei, ancien militaire.

C’est le genre de victoire qui fait plaisir à cet ancien militaire. Décrocher enfin le Graal, celui de premier vendeur de smartphones au monde. Une victoire d’autant plus douce qu’elle intervient au moment où son groupe traverse la plus grave crise de son histoire.

Créée en 1987 avec seulement l’équivalent de trois mille euros, l’entreprise pèse aujourd’hui plus de 125 milliards d’euros et compte 150.000 employés dans le monde.

CV Express

  • Né le 25 octobre 1944.
  • 1973 : Diplômé en ingénierie électronique de l’Université de Chongqing
  • 1978 : Ren devient membre du Parti communiste
  • 1987 : il créé Huawei et installe son entreprise à Shenzhen
  • 1er décembre 2018 : arrestation de sa fille Meng Wanzhou au Canada pour violation de l’embargo américain contre l’Iran et vol de secrets industriels américains. Elle risque 30 ans de prison.
  • 2020 : Huawei devient le premier vendeur mondial de smartphones mais se voit interdit de 5G aux Etats-Unis et dans de nombreux pays européens.

Symbole de cette première génération d’entrepreneurs chinois, Ren Zhengfei a su très vite saisir les opportunités de l’ouverture économique du pays dans les années 80.

La Chine de l’époque était encore loin de devenir la deuxième économie mondiale qu’elle est aujourd’hui et il fallait être animé d’un sacré courage pour se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat, surtout dans les télécoms à une époque où le téléphone portable n’était qu’un rêve inaccessible, un luxe pour les Chinois.

Les débuts de Huawei ne furent pas une partie de plaisir. Ren Zhengfei commence par vendre des connecteurs de serveurs télécoms importés de l’étranger, mais sans grand succès. "Une fois dans le milieu, j’ai réalisé combien c’était difficile. Mais il était trop tard pour se désengager. Il fallait gagner notre vie et élever nos enfants. J’ai dû me violenter pour rester dans les télécoms", dit-il dans sa biographie.

Ce n’est pas le monde des affaires mais celui de la politique qui fera vaciller son groupe.

L’homme d’affaire chinois est depuis quinze ans sous surveillance de la CIA. Les services secrets américains le soupçonnent de travailler en sous-main pour le gouvernement de Pékin en installant des portes dérobées (backdoors) sur ses téléphones portables et ses serveurs télécoms. 

D’habitude discret dans les médias, l’homme d’affaires sort doucement de son silence pour parer les coups que lui porte Donald Trump.

L’imprévisible Président américain interdit depuis 2019 aux entreprises américaines, ou utilisant des technologies américaines, de collaborer avec le groupe chinois. A la suite de la décision des Etats-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, Taiwan, le Japon ou encore le Royaume-Uni décident d’écarter Huawei de la liste de leurs fournisseurs, notamment pour le déploiement de la 5G. Le coup est dur pour Huawei.

De la pauvreté à la fortune

Ren Zhengfei est l’ainé d’une famille pauvre de sept enfants, il a grandi dans les montagnes de la province du Guizhou, l’une des plus déshéritées du pays. Aujourd'hui, sa fortune est estimée à 1,3 milliard de dollars par le magazine Forbes.

Liens étroits avec le contre-espionnage chinois

Même si elle s’inscrit dans le cadre plus large d’un conflit commercial avec la Chine, la décision du Président américain repose sur de sérieux questionnements concernant le fonctionnement du groupe chinois.

En 2011, un rapport de l’Open Source Center, une branche des services secrets américains appartenant à la CIA, pointe les liens étroits existants entre Huawei et les services secrets chinois, le redoutable Guoanbu, ministère de la Sécurité d’État chargé du contre-espionnage et du renseignement extérieur. Dans ce texte, on découvre la liste des cadres du groupe qui auraient des relations avec les services chinois. Parmi eux,  Sun Yafang, l’une des plus proches collaboratrices de Ren Zhengfei et qui assure avec lui la présidence tournante du groupe. La CIA affirme ainsi que Huawei aurait reçu l’équivalent de 250 millions de dollars de subvention du ministère pour contribuer au programme d’espionnage électronique chinois et pénétrer les réseaux de télécommunications américains. 

Vu de l’Occident, le passé militaire et les amitiés politiques anciennes de Ren Zhengfei  portent une ombre sur sa crédibilité d’entrepreneur affranchi.  Son poste l’expose au grand écart qui est le quotidien de toutes les multinationales chinoises : plaire au régime communiste et trouver sa place sur les marchés internationaux. Ren Zhengfei est en effet toujours resté dans les petits papiers du Parti qui n’a eu de cesse de défendre Huawei contre les accusations américaines comme si l’entreprise était le symbole de la République populaire triomphante.

Le fils prodigue du communisme

Ses parents sont tous deux instituteurs dans un petit village où son père a été exilé de force par le régime communiste pour avoir eu le tort de travailler comme comptable pour le Kuomintang, le régime nationaliste de Tchang Kaï-chek alors en guerre contre les communistes et les soldats japonais. Finalement c’est le régime communiste qui aura fait sa fortune.

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