Riaktr, parrain de la tech bruxelloise

Parmi les nombreuses entreprises fondées par des anciens de Riaktr: Accountable, Rosa, Javry et Jetpack ne sont que quatre exemples. ©Dieter Telemans

La scale-up bruxelloise est aujourd’hui bien installée à Bruxelles. En quelques années, elle a permis l’émergence d’un joli paquet de start-ups fondées par des anciens de la maison. Rencontre avec la "mafia" Riaktr.

Au cœur de Bruxelles, la Bastion Tower n’est pas vraiment le plus bel édifice de l’avenue de la Toison d’Or. Du 13ème étage, la vue est toutefois l’une des plus appréciables de la capitale. C’est là que Riaktr (anciennement Real Impact Analytics) a installé ses quartiers. En une décennie, elle est devenue avec sa gestion de données une des références de la tech bruxelloise.

À l’heure où le deuxième confinement n’était pas encore la norme, on avait prévu de prendre un café avec Sébastien Leempoel et Loïc Jacobs, deux des patrons des lieux.  À l’entrée, c’est pourtant Sébastien Deletaille, le fondateur de Rosa qui ouvre la porte, sourire masqué. Il a pourtant quitté les lieux en juillet 2018. Il sera de l’interview. Pour l’occasion, le CEO et l'un des cofondateurs ont en effet invité quelques copains pour parler réseau. Il sera donc question de Riaktr mais aussi d’Accountable, de Javry, de Jetpack et de Rosa. Tous des projets portés par des anciens de la maison.  

À notre arrivée, la plupart des startupers sont déjà là. Par petit groupe, cela prend des nouvelles de chacun autour d’un café, un Javry évidemment. Sept personnes pour une interview, c’est déjà pas mal. Mais ils auraient pu être beaucoup plus. Avant la rencontre, Sébastien Leempoel avait fait le point sur les profils intéressants. Il en avait sorti une liste de 19 anciens, ayant lancé en tout 13 sociétés. Dans le tas, on pouvait notamment lire les noms de Camille van Vyve, cofondatrice de Wilfried ou de Max Parmentier, créateur de Birdie.

"Il y a un biais à la sélection. À nos débuts, nous nous sommes entourés de gens comme nous, fondamentalement entrepreneurs."
Loïc Jacobs
Cofondateur et CFO de Riaktr

La rencontre débute par un tour de table, style rentrée des classes. Les profils ont tous plusieurs points communs, dont la trentaine et une tendance à rigoler facilement aux blagues des autres. De leur passage chez Riaktr, ils évoquent tous aussi au moins une expérience à l’étranger. Et plutôt que les classiques France et Pays-Bas c’est plutôt du Yémen et de l’Afghanistan qui est tamponné sur leur passeport. De quoi forger le caractère et les relations entre collègues. "Personnellement, je me suis retrouvé avec Raph (Raphaël Krings, fondateur de Jetpack, NDLR) dans des situations bien stressantes.  Cela a créé un lien fort et on sait qu’on peut s’appeler", explique Loïc Jacobs, le Chief Strategy Officer des lieux.

Passion pour l’entrepreneuriat

Pourtant, malgré les bonnes relations nouées, l’histoire n’aura duré qu’un temps. Nicolas Quarre, le cofondateur d’Accountable est l'un de ceux qui est resté le plus longtemps chez Riaktr, avec au compteur, sept années de boîte. "Une très longue période", dit-il sérieusement. La bougeotte est visiblement un autre point commun des entrepreneurs réunis. Rien de surprenant, selon Loïc Jacobs: "il y a un biais à la sélection. À nos débuts, nous nous sommes entourés de gens comme nous, fondamentalement entrepreneurs". Quand les envies de création émergent, la politique maison est d’ailleurs plutôt de soutenir la démarche. "Mais quand quelqu’un part dans une grosse internationale, on trouve ça dommage. Soutenir le tissu entrepreneurial est aussi une finalité pour nous", renchérit Sebastien Leempoel.

La bande de potes est devenue un réseau. Lors d’un évènement où trois entreprises sur quatre avaient un lien avec Riaktr, Kris Peeters, l'organisateur de la soirée et fondateur de DataMinded, évoqua pour la première fois "la mafia Riaktr". Une référence à la mafia Paypal, un réseau d’anciens de la boîte américaine qui compte dans ses rangs les fondateurs de YouTube, Tesla, Palantir ou encore LinkedIn. Les mafieux bruxellois n’ont pas encore l’aura de l’exemple américain mais le groupe se structure bien. "Parmi les anciens, il n’y en a pas un seul qui n’est pas au courant des actualités des autres. C’est très utile, notamment si on veut avoir un avis sur un investisseur, par exemple", lance Sebastien Deletaille. "On reste très attachés à Riaktr. Certains ont toujours des parts. On aime toujours aller voir ce qui se passe chez les autres", explique Alexis Eggermont, d’Accountable.

"Cela nous apporte bien plus de bosser ensemble, plutôt que de se tirer dans les pattes."
Raphaël Krings
Cofondateur de Jetpack

Les échanges permettent parfois d’obtenir une mine d’informations importante. "Ce fut particulièrement  utile pour nous", lance Pierre-Yves Orban, le fondateur Javry. "On fournit des machines à café pour les entreprises. En quelques contacts, j’ai pu avoir une tendance de comment ils voyaient l’avenir et la manière dont ils allaient organiser le travail en présentiel. Cela nous a permis d’adapter notre réponse", explique-t-il.

La relation va au-delà des bons conseils entre copains. Sur les derniers mois, Riaktr a travaillé avec Jetpack sur plusieurs projets. Loïc Jacobs a investi chez Accountable "et j’attends qu’ils me rendent riche", se marre-t-il. Et lorsque Sebastien Deletaille cherchait des bras pour porter son projet "Data against corona", il a pu compter sur le soutien du fameux réseau. "Cela nous apporte bien plus de bosser ensemble plutôt que de se tirer dans les pattes", explique Raphaël Krings. Le réseau est même devenu une belle marque de fabrique. "Cela fonctionne pas mal en recrutement auprès des profils qui ont quatre ou cinq ans de carrière. Faire le lien avec Riaktr suscite directement l’intérêt", enchaîne-t-il.

Les entreprises belges peu téméraires

À l’heure de faire le point sur l’écosystème, difficile de ne pas revenir sur le changement politique. Depuis quelques semaines, le Monsieur digital belge est donc Mathieu Michel. À l’évocation de son nom, on devine, derrières les masques, des sourires plus ou moins gênés. Personne ne voudra directement commenter la surprenante nomination. "Avoir De Croo comme premier est un bon message. Il connait le monde de l’entreprise et croit en l’innovation", préfère Loïc Jacobs. "Il y a le mot numérisation à presque chaque paragraphe de sa déclaration gouvernementale", ajoute Sebastien Deletaille. "Le plus grand péché de la  Belgique est le manque de clients. Aujourd’hui, il faut être un peu téméraire pour faire confiance à une start-up. J’échangerais toutes les aides contre un tissu d’entreprises prêtes à miser sur les start-ups", développe-t-il. L’assemblée semble assez unanime.

"J’échangerais toutes les aides contre un tissu d’entreprises prêtes à miser sur les start-ups."
Sébastien Deletaille
Fondateur de Rosa

"En Belgique, il est toutefois très difficile de trouver des fonds pour des projets en BtoC", ajoute Nicolas Quarre, d’Accountable. "Pour ce genre de soutien, hormis des initiatives comme eFounders, il faut aller chercher les investisseurs à Londres et aux États-Unis". Les entrepreneurs s’accordent sur l’importance de l’étranger. "Notre marché est trop petit. Il suffit de voir les échecs des fondateurs de "Take Eat Easy". Ils n’avaient pas misé sur l’étranger et le font désormais pour Cowboy. On n’est pas la France ou Allemagne. On ne peut  pas se contenter du marché intérieur", explique Loïc Jacobs. Approbation générale. Si l'un des patrons de la mafia le dit…

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