Sébastien Deletaille: "Une page se tourne pour Riaktr, mais ce départ fait place au soulagement"

©Dries Luyten

Après 9 ans passés à la tête de la scale-up spécialisée en big data, Sébastien Deletaille démissionne du poste de CEO. En cause? Des divergences de vue entre le cofondateur de l’entreprise bruxelloise et ses investisseurs.

Une page se tourne pour Sébastien Deletaille. Le patron de Riaktr quitte la scale-up bruxelloise spécialiste en big data qu’il a cofondée en 2009 aux côtés de Loïc Jacobs van Merlen – à l’époque, sous le nom de Real Impact Analytics.

"Malgré une bonne dynamique, une tension avait grandi au sein de la gouvernance."
Sébastien Deletaille
Cofondateur de Riaktr

En cause, "une divergence de vue avec nos investisseurs quant à la vision et à la gestion de la boîte", nous explique l’intéressé, rencontré lundi matin. Il raconte: "Malgré une très bonne dynamique, des conflits internes avaient commencé à grandir dans les organes de gouvernance" au sein de la firme travaillant principalement à destination du secteur des télécoms. "À partir d’un moment, je me suis donc posé la question de l’intérêt de l’entreprise pour le long terme. En effet, voulait-on continuer à avancer avec cette situation?"

La réponse apportée à cette question a été la décision de démission du patron qui dit avoir voulu prendre ses responsabilités "pour le bien de la société". Pour déboucher sur quoi? Le concerné sera remplacé aux fonctions de CEO par Wim Borremans, précédemment en charge des services professionnels. L’homme sera épaulé dans sa tâche par Sébastien Leempoel qui continuera à s’occuper de la partie commerciale de l’activité. "C’est une très bonne nouvelle car Wim est l’un des profils les plus respectés de l’entreprise, aussi bien de par son image en interne que vis-à-vis des clients", poursuit Sébastien Deletaille qui clôt de la sorte un chapitre de neuf ans de sa vie. Du reste, "les investisseurs (Fortino, Endeit et la Gimv, NDLR) joueront potentiellement un rôle instrumental quant aux prochains cycles de l’entreprise".

Déjà de nouveaux projets

Cv express

Né en 1984, il fait Solvay avant de passer par McKinsey.

En 2009, il cofonde Riaktr.

En 2015, il est sélectionné parmi les "Innovators under 35" du MIT.

En 2016, Riaktr est sacrée "entreprise prometteuse" et lève 12 millions d’euros.

Un coup dur? "D’un point de vue personnel, même si je comprends tout à fait l’aspect rationnel de cette décision – la boîte étant tout à fait capable de fonctionner sans son fondateur (forte de ses quelque 70 employés et gros clients comme Proximus, Orange Group ou encore l’opérateur sud-africain de télévision payante MultiChoice), quand on est entrepreneur, on a toujours une certaine loyauté à l’égard de ceux qui vous ont fait confiance. Et en ce sens, je suis plus triste que déçu de ce départ."

Mais l’homme n’est pas du genre à baisser les bras. "Cette décision a très vite fait place au soulagement." En effet, la situation ici évoquée consommait trop d’énergie, dit-il. C’est pourquoi cette nouvelle donne pourrait même, in fine, avoir du bon pour cet ancien consultant de McKinsey, ayant étudié à la Solvay Brussels School.

D’ailleurs, de nouveaux défis se profilent déjà à l’horizon – s’il conserve pour l’heure ses parts dans Riaktr, il n’y exerce dès à présent plus aucune fonction. "J’ai deux pistes concrètes pour la suite, mais je préfère ne pas citer de noms pour ne pas entraver le processus." Dans les deux cas, il s’agirait d’une entrée dans un grand groupe pour travailler à sa transformation digitale (soit en entrant au conseil d’administration, soit via une prise de fonction exécutive). En parallèle, Sébastien Deletaille pourrait aussi envisager de relancer quelque chose. Ce qui fait sens, dans les deux cas, l’homme ayant développé deux facettes dans sa carrière: le leadership et l’entrepreneuriat.

"Mais je me donne jusqu’à la fin de l’année pour décider", évoque le désormais ex-patron de Riaktr, sur la base de conseils d’autres CEO qu’il a contactés à la suite de ce pas de côté. "Leur réaction a été unanime. Ils m’ont dit en chœur de prendre mon temps, de profiter pour me recentrer et prendre du recul sur tout cela".

Surtout qu’il y a le reste. La vie qui rattrape le boulot. Le père de Sébastien Deletaille va fêter ses 90 ans en janvier. A priori anodin, ce cap tombe à pic dans la réflexion du trentenaire, alimentant la seconde hypothèse, soit celle de goûter de nouveau à la création d’une boîte. "De par son âge, mon père a été amené à fréquenter les hôpitaux. Avec parfois des accidents de parcours. Une fois, on lui a transfusé le mauvais groupe sanguin, quand, une autre, on est venu nous voir avec deux diagnostics diamétralement opposés, dont l’un disant qu’il était temps de lui dire au revoir. En tant qu’entrepreneur, quand j’entends ces signaux, j’y vois des opportunités."

C’est pourquoi il est catégorique pour demain: "Si je devais relancer ou rejoindre un projet en cours, je regarderais très fort en direction des soins de santé." Pourquoi? "Parce qu’il y aurait moyen d’éviter des erreurs et de la douleur. Et que la data (au cœur du métier de Riaktr, ce qui a permis à Sébastien Deletaille de développer une expertise importante en la matière, NDLR) représente un énorme enjeu pour le secteur aujourd’hui, avec son lot de questions qu’il me plairait d’aborder. C’est le cas notamment de la crainte, voire même de l’animosité, à l’égard du digital émanant de gens pourtant compétents et dévoués sur des points comme la monétisation des données ou l’automatisation des métiers. Ce sont des sujets sur lesquels il y a moyen de faire quelque chose. Surtout que les soins de santé et l’entrepreneuriat partagent en fin de compte une mission simple: chercher à améliorer le bien-être des gens et leur permettre de vivre dans des conditions décentes plus longtemps."

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