Snapchat, une méga entrée en Bourse avant les vrais défis

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Snapchat a levé plus de fonds que prévu. Le prix de l'action de Snap, 17 dollars, est juste au-dessus de la fourchette de 14 à 16 dollars qu'elle avait initialement envisagée mi-février. Les actions commenceront à s'échanger ce jeudi sur la Bourse de New York.

Alors que son succès repose sur l’envoi de messages éphémères, Snapchat s’est vu obligé de sortir du bois dans un document bien réel de plus de deux cents pages. En effet, à l’aube de son introduction en Bourse ce jeudi, l’américain a dû communiquer de nombreuses informations sur sa stratégie au gendarme de la Bourse américain, la SEC, rompant ainsi avec sa culture du secret qui prévalait jusqu’à aujourd’hui.

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3,4 milliards $
Snapchat a levé 3,4 milliards de dollars (3,22 milliards d'euros) dans le cadre de sa procédure d'introduction en Bourse mercredi, soit un montant supérieur à ses attentes. Snap a réussi à placer 200 millions de titres à 17 dollars par action, un prix supérieur à sa fourchette indicative de 14 à 16 dollars. Cela valorise l'entreprise, qui n'a jamais dégagé de bénéfice, à 24 milliards de dollars.

C’est ainsi que l’on apprend que Snap Inc, la société derrière l’application mobile de messagerie éphémère Snapchat, se définit désormais comme une "camera company". Si l’appellation se comprend facilement au regard du récent lancement de lunettes connectées permettant de prendre des clichés et vidéos sur le vif, le doute plane en ce qui concerne l’application mobile du groupe.

"Au début, les gens disaient de Snapchat que l’app n’était que pour le sexting."
Evan Spiegel
CEO de Snapchat

Evan Spiegel, CEO et cofondateur de Snapchat, s’explique: "Auparavant, les appareils photos constituaient la meilleure manière de garder une trace de ce que vous voyiez. Ils augmentaient la mémoire en quelque sorte. Désormais, ils augmentent le langage." Pour lui, les photos et vidéos partagées par ses utilisateurs sur Snapchat constituent une langue à part entière. Tout un concept.

Et ce concept de messages éphémères semble bel et bien percoler au sein d’une partie de la société. En effet, Snapchat peut dès à présent se targuer de compter plus de 158 millions d’utilisateurs actifs quotidiennement sur son application, un chiffre en croissance même si un léger ralentissement a pu être constaté en 2016. Pour le patron de l’entreprise, il s’agit toutefois d’un mauvais indicateur.

 

Evan Spiegel se réjouit plutôt que 60% des utilisateurs de Snapchat produisent (et pas seulement consomment) du contenu sur la plateforme. Mine de rien, cela représente chaque jour quelque 2,5 milliards de "snaps" (lire photos ou vidéos éphémères postées sur Snapchat). Comment expliquer ces chiffres importants? Par le retour de l’intimité dans les échanges entre personnes, un élément qui faisait défaut avant Snapchat, selon le patron de Snap Inc. Pour lui, "la conversation n’en est que plus naturelle lorsqu’elle n’est pas sauvegardée quelque part. Les utilisateurs peuvent donc exprimer simplement comment ils se sentent, sans devoir chercher à s’exprimer de la meilleure façon possible", ce qui explique leur engouement.

"Bien que récentes, nos activités publicitaires sont en croissance rapide."
Evan Spiegel

En pratique, pour parvenir à ce résultat, ce sont plus de 1.800 personnes qui œuvrent pour faire tourner la machine Snapchat. Machine qui a généré un chiffre d’affaires de 404 millions de dollars en 2016, contre 59 environ en 2015.

L’entreprise est clairement loin des débuts, quand son application comptait 1.000 utilisateurs et que "les gens disaient de Snapchat que l’app n’avait lieu d’être que pour le sexting (message à caractère sexuel, NDLR)", signale Snap Inc, introduisant très certainement pour la première fois le terme dans un dépôt de document auprès du gendarme américain de la Bourse.

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L’heure de la monétisation

En introduisant la publicité à l’été 2015, Snapchat indiquait son souhait de tirer des revenus de son importante base d’utilisateurs qui profitaient jusque-là gratuitement de l’application. Presque deux ans plus tard, l’entreprise dégage en moyenne 1 dollar de revenu pour chaque "snapchatteur", soit une hausse de près de 240% en un an. "Bien que récentes, nos activités publicitaires sont en croissance rapide", se réjouit l’entreprise. Pour parvenir à ce résultat, Snap Inc mise sur dix marchés principaux que sont, par exemple, les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Chine ou encore l’Australie. Pourquoi ces marchés? Parce qu’ils totalisent à eux seuls près de 70% des dépenses publicitaires mondiales. Et, pour le mobile, ce pourcentage passe à 85%.

Facebook s’invite à la fête

Récemment, le service de partage d’images Instagram, propriété de Facebook, est venu empiéter sur le marché de Snapchat. En effet, une fonctionnalité "story" (ensemble de photos et vidéos temporaires visibles par tous vos contacts) similaire à celle de Snapchat a été introduite. Nulle doute que du côté d’Evan Spiegel, l’annonce a fait l’effet d’une douche froid. Dans un communiqué récent, il se limite à un: "Nous avons constaté une hausse de la concurrence en 2016. D’autres acteurs ont lancé des produits aux fonctionnalités similaires aux nôtres."

L’indirecte ne peut être plus directe… Et ce n’est pas tout. Whatsapp, spécialiste de la messagerie instantanée, aussi entre les mains de Facebook, a lancé à son tour une copie de la "story" de Snapchat la semaine passée. Un duel Spiegel-Zuckerberg semble donc se dessiner petit à petit. Faut-il y voir la revanche du patron de Facebook face au refus essuyé en 2013 lorsqu’il a proposé de racheter Snapchat pour 3 milliards de dollars? Qui sait… En tout cas, une guerre semble désormais ouverte entre les deux acteurs. Reste toutefois que Facebook pourra taper fort, très fort, avec son milliard d’utilisateurs actifs quotidiennement et ses nombreux partenariats publicitaires. La balle est donc dans le camp de Snap Inc.

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