reportage

Station F, la fabrique à start-ups taille XXL

©Patrick Tourneboeuf

En juin 2017 était inauguré le plus grand campus de start-ups du monde. La structure tourne aujourd’hui à plein régime. Quelques Belges font partie des heureux pensionnaires.

Installée à deux pas de la Seine, la Halle Freyssinet est une fourmilière. Ce colosse planté au milieu de la ville, qui servait de bâtiment ferroviaire, revit depuis deux ans et demi. La renaissance est sortie de l’imagination (et du portefeuille) de Xavier Niel. Attiré par les généreuses mensurations de la bâtisse, le patron de Free l’a entièrement rénovée pour y inaugurer en 2017 Station F, tout simplement le plus grand campus de start-ups au monde. Le résultat est impressionnant, au point d’attirer les touristes. À l’heure de la visite avec la responsable de presse, le tour du propriétaire se fait d’ailleurs avec une douzaine de visiteurs asiatiques, émerveillés par l’installation. "On a tout le temps des demandes", sourit Cindy Yang, l’une des responsables communication du site.

Le bâtiment mérite bien une photo et quelques explications. Ses 34.000 m² sont segmentés en trois, mais la disposition reste la même dans les différentes parties de la halle: une allée aux dimensions plus proche de celles d’un terrain de foot que d’un couloir au centre et des start-ups à perte de vue de part et d’autre. Avec trois étages des deux côtés, il y a la place pour en mettre un paquet. Au total, ils sont désormais 3.000 à se partager les 1.000 emplacements start-ups. Dès le lancement du projet, tous les espaces communs et containers vitrés servant de bureaux ont trouvé preneurs, sans la moindre difficulté. "Nous avons eu 11.000 demandes d’inscriptions lors de la création", glisse encore Cindy Yang.

Le succès est total mais le campus essaie de rester accessible. Station F n’a pas d’ambitions commerciales et propose des emplacements à 195 euros par mois et par personne. Le campus a également prévu un accès gratuit pour une quinzaine d’entrepreneurs. "L’idée du fighters program est de soutenir les jeunes de quartiers défavorisés, des réfugiés ou des migrants. Ils ont accès au campus durant un an, sans rien payer", précise encore Cindy Yang.

"Nous avons eu 11.000 demandes d’inscriptions lors de la création du campus."
cindy yang
responsable communication station f

Même si le milieu a tendance à abuser des anglicismes, le nom choisi pour le programme n’est pas qu’une question de style. Chez Station F, au niveau de la communication, Shakespeare l’emporte toujours sur Molière. "Il y a tellement de nationalités différentes que l’anglais est devenu la langue officielle du campus. Toutes nos communications se font dans cette langue", assure Cindy Yang.

Facebook et Adidas comme incubateur

Malgré l’abondance de l’offre et cette volonté d’ouverture, l’entrée dans l’ancien bâtiment ferroviaire reste loin d’être simple. Pour espérer obtenir une précieuse place, il faut d’ailleurs nécessairement passer par l’un des 35 incubateurs présents sur le site. Deux sont gérés directement par Station F (un incubateur "classique" et le "fighters program"). Pour ces derniers, les critères de base pour postuler sont relativement peu nombreux. Le projet doit disposer d’un prototype ou d’objectifs à montrer, et les fondateurs doivent plancher sur leur projet à temps plein. Les autres incubateurs ont chacun leurs critères de sélection pour trouver la future pépite. Ils sont souvent dirigés par des noms bien connus. Au-dessus des logos inconnus des start-ups s’affichent des Facebook, Adidas, Ubisoft, LVMH, TF1 et autres l’Oréal. La célèbre école de commerce HEC fait aussi partie des incubateurs. Cette dernière n’accepte que les projets d’entrepreneurs venant d’anciens étudiants.

Une bonne nouvelle pour Alain Etienne qui est passé par la prestigieuse école. Avec Emna Everard, il a fondé il y a deux ans Kazidomi, une start-up spécialisée dans la vente en ligne de produits sains. Installée à Bruxelles, la société ne cesse de grandir. Ils sont aujourd’hui 25 à travailler au sein de l’entreprise, pour qui l’Hexagone est devenu un marché primordial. "Deux tiers de nos revenus viennent du marché français", précise le fondateur. "La question était donc de savoir s’il fallait s’y installer. Nous avions de plus en plus souvent des rendez-vous avec des fournisseurs et des clients, ce qui nous obligeait à multiplier les allers-retours", glisse le jeune patron. Depuis deux mois, Kazidomi occupe donc deux bureaux sur place mais l’ambition serait d’y installer une équipe plus conséquente. Outre la proximité avec ses relations de travail, le patron apprécie l’écosystème Station F. "Il y a tout sur un même lieu, les financements, les incubateurs. Il y a aussi régulièrement des grands orateurs et même des bureaux du gouvernement français", énumère le patron.

Station F est presque une petite ville. Une trentaine d’administrations y sont présentes afin de faciliter la vie des entreprises. Pôle Emploi et même un service des Douanes y ont des bureaux.

Jennifer Le Van fait également partie des Belges du campus. Elle a récemment rejoint Nacker.io, une start-up IT spécialisée dans l’implantation d’éléments 3D pour les sites internet d’entreprises. L’expérience dans une jeune pousse n’est pas une première pour cette Bruxelloise d’origine qui est notamment passée par la structure "The Family" à Bruxelles. "Il y a ici un véritable écosystème avec la possibilité d’échanger avec les autres start-ups. Cela se fait beaucoup plus qu’en Belgique, assure l’entrepreneuse. Dès le lancement de notre toute première offre, plusieurs start-ups de Station F l’ont adoptée, ce qui nous a permis d’avoir de premières expériences."

L’intérêt est aussi forcément dans l’image. Ces Belges installés à Paris en sont convaincus. Station F sur une carte de visite, c’est un sérieux atout.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect