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interview

Stephan Salberter, école de codage 19: "Dans le public, tout se joue sur le diplôme et pas sur les compétences"

Le directeur de l'école de codage 19, Stephan Salberter, fait partie des Digital Minds, ces 20 personnalités chargées par Mathieu Michel de réfléchir au futur digital de la Belgique. ©doc

Stephan Salberter dirige l’école 19, une formation alternative au codage. 19 forme plus de 750 profils numériques avec un taux d’emploi de 100% pour ceux qui en sortent. Pas mal, mais son directeur voudrait que l’élan soit plus important pour répondre à la demande.

L’impact d’une école comme 19 est de plus en important, mais reste minime face aux besoins en profils numériques des entreprises. Faut-il créer une dizaine d'écoles 19?

On a doublé de taille, on peut maintenant accueillir 750 personnes, mais ce n’est pas suffisant. Il y a un objectif de 80% de taux d’emploi en Belgique et un besoin de 300.000 profils tech en 2030. On se rend compte aujourd’hui qu’on va vers un gros problème si on n’arrive pas à avoir plus d’impact avec des formations comme la nôtre, mais pas seulement. Notre pays va avoir besoin de ce que j’appelle des créatifs technologiques, pas juste des codeurs. Il faut donc élargir et augmenter l’impact des formations technologiques, car l’enjeu de demain, c’est de créer des choses qui n’existent pas encore. Cela veut dire que, par exemple, l’enseignement traditionnel devrait s’inspirer des nouveaux modes de formation alternative comme la nôtre. Dans les 20 'Digital Minds" rassemblés par Mathieu Michel, on est 5 à représenter les courants alternatifs, c’est un premier pas.

"Dans le public, tout se joue sur le diplôme et pas sur les compétences, ce n’est pas normal."

Pourtant, les formations alternatives restent en marge du système éducatif et peinent à être reconnues...

Dans l’enseignement classique tout le monde fonctionne sur le même rythme. Pour vous donner un exemple nous on est ouverts 24/24, 7 jours sur 7. Je ne dis pas qu'il faut imposer cela partout mais il faudrait moduler le temps d’apprentissage pour l’adapter. Au niveau règlementaire, en tant que 19, les étudiants peuvent bénéficier du soutien de Bruxelles-Formation, du VDAB, du Forem ou d’Actiris via des contrats de formation professionnelle d’un an. Mais pour former les gens correctement, il faut plus qu’un an. Il faudrait donc adapter le cadre pour qu’il colle aussi aux formations alternatives.

"La solution n’est pas d’acheter un maximum d’ordinateurs pour les écoles, mais bien de faire évoluer les méthodes d'enseignement."

Le diplôme de vos étudiants est-il reconnu?

Il y a une reconnaissance du marché avec un taux d’emploi de 100% pour nos élèves. On retrouve nos anciens chez Proximus, Belfius ou Odoo, mais ceux qui veulent travailler dans le public, cela pose un gros problème. Dans le public, on se base uniquement sur le dernier diplôme officiel et cela fonctionne par barème pour le salaire. Tout se joue sur le diplôme et pas les compétences, ce n’est pas normal. Les formations alternatives doivent bénéficier d’une certification officielle.

Pour répondre aux besoins en profils technologiques, ne faudrait-il pas sensibiliser dès le plus jeune âge?

Je suis favorable aux cours de codage dès les primaires, mais je pense surtout que ce sont les méthodes qu’on utilise qui doivent évoluer. Il faut sensibiliser les enseignants pour qu’ils s’approprient des méthodes alternatives. Je suis persuadé que la solution n’est pas d’acheter un maximum d’ordinateurs pour les écoles, mais bien de faire évoluer les méthodes d'enseignement. Les notions de collaboration et d’apprentissage par ses pairs que nous appliquons sont de bons exemples.

"Historiquement la Tech est féminine, cela ne fait que peu de temps que les hommes s’en sont emparés."

La Tech et les écoles de codage restent un monde très masculin. Comment inverser la tendance?

On a fait des sessions 100% féminines, mais on constate que ça reste très difficile d’attirer des femmes vers les formations. Au niveau des "Digital Minds", l’objectif est de combattre ce cliché avec l’utilisation de "role model", d'exemples. Nous avons déjà établi une liste, très proche des publics à toucher. Mais ce ne sera pas suffisant, on sait que c’est un travail de longue haleine. Il faut quand même rappeler qu’historiquement c’est un univers très féminin et que c’est le jour où les softwares sont devenus rentables et avec l’arrivée du personal computer que les hommes s’en sont emparés. La technologie a déjà été très féminine, c’est très récent qu’elle soit si masculine.

"Il faut engager la Belgique du digital dans une histoire commune."

Quel est le plus grand frein actuel pour que la tech soit moins genrée?

Cela reste l’éducation. Prenez simplement les jouets et les cadeaux qu’on offre aux enfants. Les consoles sont toujours pour les garçons. Nous avons encore beaucoup de travail à différents niveaux pour arriver à un équilibre, mais l'éducation est la clé.

"Il faut oser dépasser les clivages communautaires et arrêter le saupoudrage géographique de subsides."

Pour faire de la Belgique un pays qui compte au niveau numérique, deux visions s’affrontent. La Belgique doit-elle tout miser sur un seul secteur technologique ou faire émerger plusieurs secteurs technologiques, mais dans une moindre mesure?

Je suis plus convaincu par la stratégie de l’iceberg. Il faut mettre quelque chose en avant et y aller à fond. Par exemple avec les fintechs, nous avons un historique parlant en la matière, ou avec la cybersécurité. Il faut engager la Belgique du digital dans une histoire commune. Il faut trouver le thème qui va réussir à tirer tout un secteur derrière lui. Il faut oser dépasser les clivages communautaires habituels et arrêter le saupoudrage géographique de subsides, c’est ce qu’on attend du secrétaire d’État Mathieu Michel.

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