Taipro en pétard avec l'Université de Liège

La spin-off Taipro est active dans le secteur du design et de l'assemblage de microsystèmes électroniques à haute valeur ajoutée.

Taipro a plus qu'un œuf à peler avec l'ULiège, sa "maison mère": non-respect de licences d'exclusivité, manque de réactivité... Le torchon brûle.

L'évolution d'une spin-off d'une université n'est pas toujours la success story que l'on espère. Dans le cas de Taipro, excroissance de l'Université de Liège depuis 2009, le développement et la croissance auraient pu être plus marquants si l'institution universitaire avait davantage soutenu sa filiale.

C'est en tout cas ce qu'affirme Michel Saint-Mard, CEO et co-actionnaire majoritaire de Taipro. Pour lui, aujoud'hui, la coupe est pleine et il tient sous le coude une lettre d'avocat circonstanciée qu'il hésite encore à envoyer à Gesval, le bras financier de l'ULiège qui héberge les participations dans les spin-off. Parmi les griefs reprochés à Gesval et, à travers cette structure, à l'ULiège: non respect des accords d'exclusivité, concurrence déloyale, et inertie dans la prise de décisions notamment.

Licences d'exclusivité

En 2009, Michel Saint-Mard et Fabrice Haudry mettent au point une technologie spécifique dans le secteur du design et de l'assemblage de microsystèmes électroniques à haute valeur ajoutée. Les découvertes se font au sein du laboratoire Microsys de l'Université de Liège. Les travaux débouchent sur la création d'une spin-off, Taipro.

Jusqu'en 2013, tout semble bien se passer. Ensuite, cela se complique.

Comme de coutume dans ce genre d'opération, l'Interface université-entreprises, un organe de l'ULiège, détermine les licences d'exclusivité à accorder à la jeune entreprise en création. Et Gesval, l'organe de gestion et de valorisation de l'université, prend une participation dans Taipro par apport en nature des compétences des chercheurs et de la technologie développée au sein de l'unif. Cet apport lui octroie une participation de près de 30% du capital. Lors de la création on trouve autour de la table, outre les co-fondateurs, Noshaq (ex-Meusinvest) via Spinventure.

Besoins financiers

Jusqu'en 2013, tout semble bien se passer. Ensuite, cela se complique. En 2013, Taipro doit faire face à des besoins financiers à hauteur de 600.000 euros. L'essentiel provient des fondateurs et d'emprunts bancaires mais il est question d'appeler un nouvel investisseur à hauteur de 200.000 euros. Le seul qui se montre intéressé est GDTech, mais sa candidature est refusée au dernier moment, notamment par Gesval et Spinventure. "Sans justification claire", affirme Saint-Mard.

L'échec de cet apport d'argent frais a des conséquences sur la marche des affaires, estime le CEO, qui pointe notamment la perte (ou la non-conclusion) d'un contrat important pour des micro-caméras dans le secteur spatial, faute des ressources financières nécessaires. "Cela a nui à notre crédibilité."

La société qui gère les participations de l'université n'est d'ailleurs pas représentée directement au Conseil de Taipro, malgré sa participation de 29%.

Dans les années qui suivent, Saint-Mard regrette régulièrement des retards et des atermoiements dans les décisions. "Ce qui fait que nous avons perdu sans doute deux ou trois ans dans notre développement et sans doute 10 à 20% de croissance."

Pour sa défense, Gesval affirme que telle n'a jamais été sa volonté. La société qui gère les participations de l'université n'est d'ailleurs pas représentée directement au Conseil de Taipro, malgré sa participation de 29%. Par contre d'autres représentants de l'université y siègent, qui se retrouvent parfois également dans les instances de Gesval.

Université visée

À travers Gesval, c'est aussi l'université que Taipro vise. En cause les libertés prises par l'unif et ses labos avec la licence d'exclusivité octroyée à Taipro, le démarchage commercial de clients de Taipro par Microsys, mais aussi par Araponics, autre spin-off dans le giron de Gesval, et... GDTech, que Taipro accuse de vol de technologie.

"Pour nous, il ne serait pas heureux de vendre actuellement compte tenu du potentiel de l'entreprise."
Nathalie Benoit
Directrice de Gesval

Là encore, Gesval se défend en précisant qu'elle ne peut être tenue pour responsable de ce que font l'Université de Liège et ses laboratoires en ce qui concerne les technologies données en licences.

À ce stade, faute de pouvoir trouver un terrain d'entente sur la gestion, Taipro propose à Gesval de sortir du capital, comme l'a fait Meusinvest en 2017 à la faveur d'un MBO. Mais Gesval refuse le principe même d'une sortie. "Ce n'est pas une question de prix, mais d'opportunité. Pour nous, il ne serait pas heureux de vendre actuellement compte tenu du potentiel de l'entreprise", estime Nathalie Benoit, actuelle directrice de Gesval et qui a hérité de cet épineux dossier lors de son entrée en fonction et dont le travail n'est d'ailleurs pas remis en cause.

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