chronique

Tim Cook, le génie différent

Journaliste

Steve Jobs était un génie. Tim Cook aussi, dans un style moins ronflant. Le passage de relais chez Apple prouve que la succession est un défi pour nombre d'entreprises.

Ceux qui ont l'attirail complet iPhone-AirPods-Mac en ont encore la larme à l'œil. Il y a dix ans, Steve Jobs s'éteignait, laissant sa place à l'inconnu Tim Cook. Les années auront finalement montré que l'ingénieur avait plus que les épaules pour mener à bien le mastodonte à la pomme croquée. Les chiffres sont limpides: sous son égide, Apple est passé d'une valorisation de 377 milliards à 2.500 milliards, la plus grosse de la planète. Pour les fans les plus acharnés, ce ne sera jamais suffisant pour atteindre la cheville du génie Jobs. Cette étiquette colle tellement à la peau du fondateur d'Apple que son successeur passe souvent pour un simple relais, plus dans la gestion des acquis que le développement. Vraiment? Les qualités créatives de Jobs sont indiscutables. Mais celles de Tim Cook le sont tout autant. Probablement dans un registre moins ronflant qui fera moins vendre sa future biographie.

Steve Jobs avait aussi, et probablement surtout, cette jolie capacité à s'entourer des meilleurs tout en récupérant l'aura pour lui.

Tim Cook est celui qui a été capable de garder le cap et continuer à faire grandir Apple. C'est moins sexy que d'annoncer la sortie d'un téléphone tactile, mais au moins aussi remarquable. Car le patron est arrivé à un moment où la jolie création n'était plus suffisante. Pas de chance pour lui, lorsqu'il a repris les rênes, l'avancée technologique si précieuse de Jobs atteignait doucement ses limites en matière d'innovation. Comme pour la télévision ou n'importe quelle technologie, il arrive souvent un moment où les innovations ressemblent plus à des évolutions qu'à des révolutions. La créativité doit alors prendre d'autres formes. Par exemple, la création d'un écosystème complet qui rend l'attachement à la marque encore plus fort. Avec Cook, Apple est  toujours dans la poche du jean, mais aussi dans les oreilles, sur le poignet, dans le salon, sur la télévision…  Indispensable pour les fans, ultra rentable pour l'entreprise. Il est là, le génie de Tim Cook.

Steve Jobs avait aussi, et probablement surtout, cette jolie capacité à s'entourer des meilleurs tout en récupérant l'aura pour lui. Apple est réputé avant tout pour ses belles créations? Une bonne partie du mérite revient donc à son designer, là depuis le début de la grande histoire. Rares sont ceux pourtant à avoir retenu son nom (Jonathan Ive, on le glisse ici pour la prochaine fois où il faudra briller en société).

Le défi de la succession

L'aura de Jobs était telle que le suivant ne pouvait que passer pour un second couteau. L'exemple type de ce fameux adage qui veut que l'histoire ne retienne que les premiers. Sur le moment, c'est efficace et cela rend l'entreprise plus magnifique. Mais à long terme, cela rend la tâche pour les successeurs encore plus compliquée. Dans l'ombre un peu trop colossale du prédécesseur, leurs accomplissements seront toujours plus ternes que ce qu'ils ne sont vraiment.  Ceux passés après le géant Walt Disney pourraient en faire une dissertation. Tim Cook aura mis des années à convaincre. Les entreprises qui devront faire face à ce défi sont nombreuses. Jeff Bezos et Elon Musk peuvent sans doute déjà partir à la recherche du prochain génie.

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