interview

"Uber a résolu le problème du racisme à New York"

©BELGAIMAGE

L'Echo a rencontré Will.i.am à la TNW Conference, la grand-messe amsterdamoise de l'innovation technologique. Investisseur emblématique de l'industrie tech, le rappeur était venu départager les candidats au concours d'entrepreunariat Chivas Ventures. Pour l'ex-Black Eyed Peas, l'innovation doit être avant tout sociétale.

Cinq journalistes, cinq questions. Un seul et unique Will.i.am. Le rappeur américain, membre du jury de la quatrième édition du Chivas Ventures, a livré quelques bribes de sa vision de l’entrepreneuriat et de la société lors d’une table ronde restreinte à la TNW Conference, à Amsterdam.

"Bientôt, l’intelligence artificielle produira les meilleurs raps."

Figure emblématique de l’industrie tech, dans laquelle il a investi avec plus ou moins de succès ces dernières années, Will.i.am explique d’abord qu’il a toujours été entrepreneur. "En tant que Black Eyed Peas, nous l’étions déjà. Nous étions notre manager, notre producteur, nous écrivions nos chansons. Nous faisions tout nous-mêmes, et avec succès. Nous étions plus qu’un groupe. Et quand nous l’avons réalisé, nous avons commencé à investir très tôt dans une série d’entreprises: Tesla, Pinterest, Twitter", entame-t-il.

La première chose que Will.i.am regarde lorsqu’il considère un investissement? "Il faut que l’idée solve un problème existant, dit-il. Mais le plus important, c’est la personne. Tu peux avoir la meilleure idée du monde qui résout le problème le plus ardu mais si tu as la mauvaise personne, ça ne marchera pas. A l’inverse, la bonne personne c’est celle qui te dit : personne ne comprend vraiment ce que je veux faire, mais je veux faire quelque chose d’énorme. Si tu regardes les sociétés qui ont réellement construit quelque chose, c’est toujours le fait d’un seul homme. Que serait Apple sans Steve Jobs? Y aurait-il jamais eu un Twitter sans Jack Dorsey?"

Will.i.am pense-t-il que les entrepreneurs ont davantage le devoir d’investir dans des projets qui résolvent d’importants problèmes sociaux? Of course, my dear. "Certainement, parce qu’il y a tellement de problèmes sociétaux qui ne sont pas encore résolus. Prenez l’exemple d’Uber. Ils ont résolu le problème du racisme à New York. Pendant très longtemps, les Noirs ne pouvaient pas trouver un taxi à New York. C’est quelque chose qu’Uber a résolu même si ce n’était pas l’objectif. Ils n’ont pas dit qu’ils allaient résoudre ce problème mais ils l’ont fait. Au passage, en favorisant le paiement via leur application, ils ont répondu à un problème de sécurité majeur pour les taximen."

"L’entrepreneuriat social est une réponse aux échecs des institutions, des autorités."
Will.i.am
Entrepreneur et artiste américain

Brièvement, le rappeur américain est revenu sur sa définition du succès, regrettant une certaine vision de l’entrepreneur avide de profits. "Il y a tellement d’entrepreneurs qui cherchent des fonds et qui ne trouvent pas. Ils sont invisibles aux yeux des gros fonds que sont Sequoia et compagnie. Ils n’investissent que dans de grosses boîtes qui sont sexys. Mais l’entrepreneuriat social, ça n’a rien avoir avec le fait d’être sexy. Ca résout de vrais problèmes et cela va changer la société", lâche-t-il.

Selon Will.i.am, les artistes ont toujours été des scientifiques et des ingénieurs, et le même phénomène est en train de se produire avec les entrepreneurs. "Des gens qui essaient de faire du bien, de résoudre des problèmes. Puis ce sont les machines qui entreront dans le jeu et ça, par contre, c’est une nouveauté, une chose que nous n’avons jamais connue."

Et d’enchaîner sur la révolution que cela induira: "Ce sera comme lorsque l’on est passé du Moyen-Âge à la Renaissance: l’interaction avec les machines va tellement tout changer que l’on se demandera comment on a pu fonctionner différemment". Et d’asséner, l’air de rien, que l’existence d’entrepreneurs sociétaux n’est possible que parce que les autorités ne "font pas le job."


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