Neveo propose un Instagram de papier

©Tim Dirven

Neveo propose des journaux photos imprimés sur papier pour maintenir ou recréer les liens dans des familles dispersées. Destinée avant tout aux aïeux, la solution offre la facilité d’utilisation et la convivialité.

Tout le monde a dans le coin d’une armoire, chez ses grands-parents cette vieille boîte un peu poussiéreuse qui renferme mille trésors, un jouet cassé, une médaille, un ticket de métro parisien, un livret scolaire et bien sûr quantité de photos. Autant de souvenirs d’enfance et de famille dans lesquels on aime se (re) plonger pour en évoquer l’histoire unique et racontée mille fois. "Mais aujourd’hui, on n’imprime plus les photos. Chacun en a quelques centaines sur son téléphone portable, que l’on parcourt une fois de temps en temps, sans jamais trouver la bonne", constate Simon Desbarax, co-créateur de Neveo.

De son côté Vincent Leroy constate qu’à l’heure de l’internet, le fossé s’accroît entre les générations. Nos grands-parents ont du mal à maîtriser les WhatsApp et autres Instagram qui leur permettraient d’avoir accès aux photos de leurs enfants ou petits-enfants. Il cherche à recréer les liens entre les membres d’une grande famille répartie sur tous les continents, mais un moyen simple à utiliser pour son grand-père en perte d’autonomie.

Les deux compères se rencontrent dans une soirée via une amie commune. Desbarax sort de l’Ephec, un bac de marketing en poche. Leroy a fait des études dans le secteur de la construction avant de rouler sa bosse en Australie et en Asie. Ensemble, partant des besoins du grand-père de Vincent Leroy, ils cherchent une idée qui lui simplifierait la vie ou améliorerait son quotidien. "On a tout essayé: le pilulier intelligent, le détecteur de chute… Finalement, c’est le lien familial via des photos de toute la famille qui nous est apparu comme le plus important pour lui", poursuit Desbarax.

"Nous ne sommes pas amoureux du produit pour sa technologie, mais pour le besoin qu’il couvre."
Simon Desbarax
cofondateur de Neveo

Restait à trouver le bon modèle pour faire transiter les photos de toutes les générations. Dans un premier temps, les deux associés travaillent sur le support télévisuel. Une box connectée à la TV du grand-père permettait de visualiser des diaporamas. Mais la technique s’avère peu efficace et relativement onéreuse en 2015. "Nous en sommes donc revenus au bon vieux papier. Un mensuel de huit à douze pages, une cinquantaine de photos par édition, envoyées par toute la famille avec des commentaires via une application très simple!", précise fièrement Desbarax en montrant son propre compte à destination de sa maman et de sa grand-mère.

Dès le départ, Neveo joue la simplicité, tant pour l’utilisateur final que pour les "fournisseurs" de photos. "L’idée c’est de faire part du quotidien des familles. Nous proposons donc une mise en page unique et simple. Nous ne cherchons pas à entrer en concurrence avec des fournisseurs d’albums photos très haut de gamme à la mise en page complexe. Cela répond à un autre besoin, celui de l’album souvenir. Mais on fait cela une fois par an, pas tous les mois. Nous voulons faciliter l’utilisation pour l’inscrire dans la durée", poursuit Desbarax.

©Neveo

Simplicité

Pour définir le produit et le concept, Desbarax et Leroy se sont renseignés auprès de spécialistes des personnes âgées, comme des ergothérapeutes ou des gestionnaires de maison de repos. Un modèle PDF avec quelques photos et des commentaires de quelques lignes ont très vite achevé de les convaincre. "Personne ne remettait en cause l’importance du lien social que cet outil peut représenter. Par contre les développeurs y croyaient beaucoup moins. L’application n’était pas assez complexe et technique à leurs yeux… Mais cela n’a jamais été notre but. Nous ne sommes informaticiens ni l’un ni l’autre. Ce n’est pas par hasard si nous avons développé un procédé très simple", reconnaît Desbarax, qui avoue qu’il ne voulait ni travailler dans l’IT, ni même derrière un ordinateur…. "J’ai raté tous mes examens d’informatique… Nous ne sommes pas amoureux du produit pour sa technologie, mais pour le besoin qu’il couvre." Dès les premiers balbutiements de concept, Leroy et Desbarax ont été rejoints par Jerôme du Bois d’Enghien, jeune informaticien dont c’est aussi le premier job qui vient les épauler pour les aspects techniques.

Les trois associés lancent leur projet en 2015. Avec peu de moyens. Une bourse "prêt-activité" de la Région wallonne de 12.500 euros, autant emprunté à la mère de Simon Desbarax et vogue la galère… "J’ai appris par la suite qu’elle avait elle-même emprunté cette somme pour m’aider. Nous venons tous les trois d’un milieu sans argent à investir dans une start-up. Nous étions au chômage, nous ne nous payions pas. On a vécu deux ans de galère avant d’affiner le concept avec l’impression papier."

Pour attirer les investisseurs, les trois lascars courent les concours de start-ups et les présentations. Une première levée de fonds encore modeste en 2015 suivie d’un autre en 2017 leur permettent de rassembler 2 millions d’euros. Autour des fondateurs, quelques investisseurs privés ont été rejoints par deux institutionnels: le fonds wallon en innovation Wing dont c’était avec Listminut l’un des premiers dossiers d’investissement (deux start-ups pourtant basées à Bruxelles) et finance.brussels. "Le fonds bruxellois était plus difficile à convaincre mais depuis l’arrivée de Pierre Hermant, cela bouge positivement", estime Desbarax.

De quoi lancer le produit à grande échelle en Belgique francophone, puis en France en 2017. Suivront les pays anglo-saxons (Royaume-Uni, Etats-Unis, Canada et Australie) en 2018, puis l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne cette année. "Les pays méditerranéens offrent de très belles perspectives. Ce sont des gens qui ont un grand sens de la famille et qui sont souvent assez éparpillés. Cela se présente comme un très gros marché!", se réjouit Desbarax. L’objectif à court terme est donc de mettre l’accent sur les pays existants avant d’aborder la Flandre et les Pays-Bas.

Même si les aspects techniques restent relativement et volontairement simples, le développement de l’application est tout de même gourmand en moyens et en ressources. Très interactive, l’application doit être traduite dans les différentes langues évidemment. "Et nous essayons de tenir compte au maximum de toutes les remarques et suggestions que nous recevons de nos clients", remarque Desbarax.

L’autre gros poste de dépenses, c’est évidemment le marketing, pour installer le concept sur les nouveaux marchés. "Si on veut conquérir le monde, cela ne se fera pas avec un euro…" La société est rentable depuis peu, mais pas encore au point de générer le cash-flow nécessaire à sa croissance. "L’expérience nous montre que le marketing B to C coûte très cher", constate Desbarax.

Un million de photos

Actuellement, Neveo imprime chaque mois un million de photos provenant de 100.000 contributeurs à destination de plus de 20.000 abonnés. Avec un taux de rétention des clients particulièrement élevés pour ce type de service. Les mensuels sont imprimés dans 9 pays et livrés dans 110 pays. Et quand on sait que Neveo estime son marché potentiel à 300 millions de personnes, cela laisse encore de la marge de progression. "La notion de distance entre les membres d’une même famille est assez relative. Aux Etats-Unis, c’est 300 kilomètres en moyenne. En Belgique, cela peut être quelques dizaines de kilomètres."

Dans leur appartement converti en bureau, qui domine les escaliers de la Bourse de Bruxelles, les jeunes gars de Neveo (deux trentenaires et de 26 ans!) ne se prennent pas la tête. "Les titres et les fonctions c’est pour l’extérieur. Au quotidien, on fonctionne fort par affinité ou par expertise et dans une gestion collégiale qui nous convient assez bien." Depuis sa création, Neveo a engagé deux personnes en plus des trois fondateurs mais travaille aussi avec 4 étudiants en externe en fonction des besoins. "On a globalement tout appris sur le tas, surtout sur le plan administratif ou en gestion des ressources humaines. Si la croissance est très importante, il faudra peut-être quelqu’un de plus compétent, mais on n’a pas l’intention de lâcher le truc!"

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