Une filiale belge de Huawei blacklistée par Washington

©EPA

Une liste de 68 entités liées au géant chinois des télécoms a été dressée par le département du Commerce américain. Parmi elles, l’on retrouve une spin-off louvaniste, rachetée en 2013, active dans les semi-conducteurs.

La tentaculaire affaire Huawei avait déjà démontré son potentiel international. Mais, jusqu’ici, l’on aurait pu penser que la Belgique était loin de tout cela. Après tout, le Centre pour la cybersécurité n’avait, le mois passé encore, pas rendu d’avis négatif contre le géant chinois des télécoms dans le cadre d’une analyse qui lui avait été demandée.

Mais voilà, un tournant a peut-être été pris. Depuis jeudi dernier, une filiale belge du géant chinois a été placée sur liste noire par le département du Commerce des États-Unis, a-t-on pu lire dans un document officiel auquel nous avons eu accès. L’administration américaine souhaite ainsi couper les relations commerciales entre le pays et cette entreprise. Elle fait partie d’une série de 68 autres, non-américaines, situées dans 26 pays distincts, "posant un risque significatif d’implication dans des activités contraires à la sûreté nationale ou aux intérêts en matière de politique étrangère des Etats-Unis", dit le texte, s’appuyant sur des "faits spécifiques et articulables".

Au début, une spin-off

Ce qui se cache derrière l’intéressée, à savoir "Huawei Technologies Research & Developement NV", basée à Gand? Historiquement une spin-off de l’Institut de micro-électronique et composants (Imec) de Louvain, fondée en 2010 avant d’être rachetée en 2013 par le fleuron télécom de l’empire du Milieu. Son nom a été changé mi-2016, au moment où une autre spin-off louvaniste, M4S, acquise en 2011 déjà par Huawei, a été intégrée à sa compatriote dans le cadre d’une fusion par absorption.

Depuis jeudi dernier, une filiale belge du géant chinois a été placée sur liste noire par le Département du commerce des États-Unis.

Leader dans les composants pour semi-conducteurs photoniques sur silicium, technologie qui doit permettre la création d’un nouveau type d’émetteurs-récepteurs pour l’industrie des télécoms, celle qui s’appelait encore Caliopa à l’époque a généré un peu plus de 17 millions d’euros de chiffre d’affaires encore en 2017 et compte une équipe d’une quarantaine de personnes, ressort-il de ses comptes annuels. Une situation qui pourrait être amenée à changer prochainement?

No comment

Difficile d’entendre quelqu’un sur le sujet. "Je ne peux répondre à vos questions", nous indique-t-on poliment du côté de l’entreprise, nous enjoignant au passage à contacter une certaine Kayien Choi, de chez Huawei. De son côté, la fondatrice, Danaë Delbeke, indique ne plus être en mesure de s’exprimer sur l’activité depuis qu’elle a vendu ses parts dans Caliopa, désormais détenue à 100% par le géant chinois.

"Je ne suis pas autorisé à répondre à vos questions."
Un employé
Huawei Technologies Research & Developement NV

Pour autant, certains arguent, interrogés sur le sujet, que toutes les entités de Huawei à l’international ont été listées par les Américains. Certes, sauf que dans les faits, si Huawei Technologies Canada, Huawei Technologies Deutschland, ou encore Huawei Technologies Switzerland sont en effet mentionnées parmi la longue suite de noms rendue publique par l’administration américaine, ni Huawei Technologies France, ni Huawei Technologies Belgium, logée au Boulevard de la Woluwe, n’y sont reprises par exemple.

De quoi renforcer les questions que pose cette seule structure belge pointée du doigt par le pays de l’Oncle Sam.

Lié à la R&D de Huawei

Pourquoi donc intéresserait-elle les Etats-Unis? Quand on s’y penche de plus près, force est de constater que la quasi-totalité des revenus de la filiale provient de coûts de R&D facturés à la maison-mère chinoise. Et c’est là que le bât blesse. Si les Etats-Unis voulaient frapper fort, il n’auraient pas procédé autrement.

En effet, Caliopa devait permettre à Huawei de développer ses propres capacités locales en matière de semi-conducteurs, domaine où il se voit aujourd’hui menacé par une fermeture d’accès à ses fournisseurs, liée au boycott américain.

En cadenassant la filiale, les USA peuvent potentiellement frapper où ça fait mal dans la guerre commerciale qui les oppose en ce moment même à la Chine.

Les ennuis continuent pour Huawei

Les tensions autour de Huawei sont toujours d’actualité. La guerre commerciale entre les deux premières puissances mondiales que sont les USA et la Chine se double désormais d’un affrontement technologique centré sur le géant chinois des télécoms, menacé dans son existence par un embargo sur les puces électroniques américaines.

Pour rappel, Google a fait savoir dimanche qu’il allait couper les ponts, alors que le groupe chinois en dépend pour le système Android, qui équipe l’immense majorité des smartphones dans le monde. Les Etats-Unis ont finalement accordé un sursis de trois mois à Huawei, avant la mise en œuvre effective des sanctions.

Depuis, de nombreux opérateurs et groupes tech ont suivi. Mercredi, deux grands opérateurs de télécommunications japonais, KDDI et SofBank Corp, ont décidé de reporter le lancement de nouveaux smartphones signés Huawei. Panasonic va quant à lui cesser de fournir des composants, sans préciser lesquels, à Huawei et ses 68 sociétés affiliées soumises à l'interdiction du gouvernement américain. 

Plus près de chez nous, au Royaume-Uni, l’opérateur EE, qui doit lancer son réseau 5G pour la fin du mois, a fait une croix sur Huawei pour ses précommandes de smartphones compatibles, faute de garantie. Il a été rejoint peu de temps après par Vodafone qui indique suspendre ses achats de téléphones 5G Huawei. De même, ARM, entreprise clé dans l’industrie électronique qui conçoit des semi-conducteurs utilisés par l’ensemble du secteur des télécoms, pourrait arrêter à son tour de travailler avec le groupe chinois.

Si ARM ne produit pas de processeurs en tant que tel, la totalité des grands groupes, parmi lesquels l’américain Qualcomm, le Sud-Coréen Samsung ou encore Huawei, utilisent ses licences. Ne plus en disposer poserait de graves difficultés au groupe chinois.

 

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