interview

"Une régulation européenne de l'IA nous donnerait un avantage compétitif"

Toutes les initiatives utilisant de l'intelligence artificielle, comme ces voitures autonomes à Malines, devront bientôt se conformer à une régulation européenne. ©BELGA

Les contours d'une future réglementation sur l'intelligence artificielle se dessinent petit à petit. Entretien avec des intimes du texte.

Le texte qui servira de base de négociation pour une future réglementation européenne sur l'Intelligence artificielle va bientôt être présenté au parlement européen et être négocié par les États membres. Ce règlement pourrait avoir un impact sur les entreprises et les citoyens similaire à celui du Règlement général sur la protection des données (RGPD) en 2018. Entretien avec deux personnes qui ont été consultées pour la rédaction de ce fameux texte: Kalliopi Spyridaki, Chief Privacy Strategist chez SAS et Heere Blokhuis, Managing Director Benelux de SAS, géant mondial de l'industrie de la donnée et de l'intelligence artificielle.

Une réglementation sur l’intelligence artificielle, c’est une première mondiale?

Il s’agit effectivement de la première réglementation sur l’intelligence artificielle au niveau mondial. Il y a déjà quelques règles qui s’appliquent pour l’AI, mais rien qui ressemble à une loi qui lui soit spécifiquement dédiée. L'un des objectifs du texte est de parvenir à encadrer ce qui est appelé l'IA risquée.

Qu’entend-on par une intelligence artificielle "risquée"?

C’est la question à un million de dollars. Nous en discutons depuis au moins deux ans. C’est très difficile de définir un champ d’action pour ce type de législation. La première difficulté est évidemment de déterminer ce qui est "risqué", mais aussi avant cela, ce qu’est une intelligence artificielle. Pour ce qui concerne l’IA, l’Europe devrait utiliser la définition de l’OCDE qui ne définit pas l’intelligence artificielle, mais les systèmes d’intelligence artificielle. C'est une manière d’aborder le problème. Ils vont ensuite tenter de définir le niveau de risque. Quand on parle de risque, il faut identifier le type de risque. Deux types l'ont déjà été, un lié à la sécurité, avec comme exemple les voitures autonomes ou des applications liées aux soins de santé. L’autre type de risque est lié au respect des droits fondamentaux, pour éviter la discrimination ou respecter la vie privée.

L’Europe cherche à avoir un avantage compétitif sur le sujet avec cette régulation?

L’Europe veut que ¾ des entreprises utilisent l’intelligence artificielle pour 2030. Elle investit énormément d’argent pour créer de l’intelligence artificielle européenne. Dans le même temps, la Chine et les États-Unis dévoilent leurs stratégies d’accompagnement du développement de l’AI avec l’objectif de gagner la course technologique dans ce domaine. L’Europe cherche, à travers ce projet de régulation,  à se positionner face aux grandes puissances.

"L’Europe veut que ¾ des entreprises utilisent de l’intelligence artificielle en 2030."
Heere Blokhuis
Managing Director Benelux de SAS

Cette régulation peut-elle avoir un impact négatif pour les entreprises qui ont fait de l’intelligence artificielle leur business?

Pas du tout, au contraire. Cela va les aider. Les consommateurs n’acceptent plus que les entreprises joue avec l’AI et leurs données comme c’était le cas il y a encore 2 ou 3 ans et que peu de monde était au courant. Aujourd’hui si vous ne faites pas les choses dans les règles, cela reviendra comme un boomerang.

Cela aura un impact sur les entreprises de taille moyenne plus que sur les très grandes entreprises qui doivent déjà aujourd’hui être plus transparentes sur leurs activités. Cela va aider les entreprises sur le long terme. Cela aura un impact négatif pour les entreprises qui auront développé une intelligence artificielle dans une autre partie du monde, sous une autre juridiction et qui espèrent pouvoir proposer leurs services en Europe.

"Cette réglementation va influencer les partenaires commerciaux de l’Europe qui devront adopter le même type de législation ou au minimum se conformer."
Kalliopi Spyridaki
Chief Privacy Strategist chez SAS

Quels sont les avantages d’une telle régulation pour le citoyen?

Il y aura en tout cas un véritable standard, un label sur l’IA européenne qui lui donnera plus de valeur et cela devrait garantir au citoyen européen un environnement technologique qui respecte sa sécurité et ses droits fondamentaux.

L’Europe serait une nouvelle fois en avance, comme avec le RGPD?

On peut effectivement comparer cela au RGPD. Au début, on pensait que ça allait brider l’innovation et que l’on ne pourrait plus rien faire avec les données. Aujourd’hui, le monde entier adopte les standards du RGPD. Il a même créé plus d’innovations, basées sur les nouvelles règles. Cela devrait être la même chose ici. Cela va influencer les partenaires commerciaux de l’Europe qui devront adopter le même type de législation ou au minimum se conformer aux nouvelles normes européennes.

Quand peut-on espérer la voir entrer officiellement en vigueur?

Le texte sera présenté avant l’été. Il sera ensuite négocié sans limite de temps prévue. La Commission européenne veut que le texte passe avant la fin de la législature, donc dans les trois prochaines années.

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