UnifiedPost, un succès wallon emmené par un Flamand

Hans Leybaert est depuis 20 ans à la tête d'UnifiedPost. ©Wouter Van Vooren

Le Facebook financier des entreprises va entrer en bourse d’ici peu. UnifiedPost est une success-story wallonne avec, à la barre, un capitaine flamand jusqu’au-boutiste.

Il n’a pas l’air comme ça, mais Hans Leybaert est un pionnier du monde des start-ups belges. Bien avant que le mot start-up soit sexy et les entrepreneurs web à la mode, il avait compris l’importance de la digitalisation de documents. L’histoire de son entreprise UnifiedPost, c’est l’histoire d’un flamand visionnaire qui réussit sur le sol wallon.

Aujourd’hui, UnifiedPost fait les gros titres de la presse financière, car la société belge veut entrer en bourse et espère obtenir 160 millions d’euros lorsqu’elle foulera le parquet de la Bourse de Bruxelles.

Pourtant, la société est inconnue du grand public, elle est simplement apparue sur les radars des spécialistes plusieurs fois au cours des cinq dernières années à coups d’acquisitions régulières et de levée de fonds conséquentes. "J’ai commencé cette entreprise il y a 20 ans avec l’aide de la Wallonie", nous raconte Hans Leybaert, CEO de la scale-up. À l’époque, c’est la SRIW (Société régionale d'investissement de Wallonie) qui lui met le pied à l’étrier et lui fait confiance quand il propose d'orienter le modèle de la société Mailsurf vers un modèle destiné uniquement aux entreprises. Il crée alors UnifiedPost et s’installe seul à Genval, puis à La Hulpe. Le business de l’époque est simple, la société se charge d’envoyer et de recevoir des documents papier ou digitaux pour les entreprises.

"Les gens vont rigoler, mais je pense sincèrement qu’on est le Facebook financier des entreprises."
Hans Leybaert
CEO de UnifiedPost

Les débuts sont compliqués, mais la sauce prend petit à petit. Un des tournants de l’histoire à succès de l’entreprise se déroule en 2004. UnifiedPost remporte le contrat de gestion de la facturation des Anglais de Thompson Reuters qui est alors présent dans 140 pays sur un coup de dés. "C’est une coïncidence, je ne sais toujours pas vraiment comment on a remporté ce contrat. On était une petite PME belge avec 10 employés à la Hulpe. C’était exceptionnel pour nous."

Du capital public wallon au capital privé hollandais

L’équipe s’agrandit et Hans Leybaert peut toujours compter sur le soutien financier de la SRIW, en tout cas jusqu’en 2010. UnifiedPost affiche à l’époque déjà 10 millions d'euros de chiffre d’affaires annuel sans faire de bruit. Pourtant, Hans Leybaert en veut plus, il voit plus grand. "Il fallait passer à une autre étape en introduisant du capital privé". Exit la SRIW qui laisse la place à un privé hollandais. Les fonds sont là, il est temps d’accélérer le business.

"On n’a pas inventé la roue, donc on a acquis ce qu’il nous manquait."
Hans Leybaert
CEO de UnifiedPost

Jusque là, UnifiedPost avait tout misé sur les grandes entreprises avec de gros volumes de documents à traiter. Changement de cap, direction les PME et leurs milliers de contrats potentiels. UnifiedPost étoffe sa proposition de valeur, s’occupe maintenant des factures (envoi, réception, rappel), mais Hans Leybaert se rend compte qu’il manque quelque chose d’essentiel. "Beaucoup de documents que nous traitons ou envoyons doivent en fait être payés". Moment décisif dans la croissance de ce qu’on va pouvoir bientôt appeler une "FinTech", H. Leybaert enclenche l’étape suivante: devenir un organisme de paiement avec une solution de paiement propre. Il a fallu attendre un petit moment pour que la société obtienne sa licence.

C’est fait en 2016 et c’est le début des grandes manœuvres. Hans Lebaert a enfin les armes pour attaquer l’ensemble des PME et des grandes entreprises avec une solution complète pour gérer les documents et le paiement des factures. Des clients comme Lampiris qui ont débuté avec l’entreprise sont toujours là. Le fournisseur d’énergie wallon a débuté avec 40.000 factures par mois traitées chez Unified Post. Aujourd’hui, la société brabançonne en traite 1 million par mois rien que pour Lampiris.

©Wouter Van Vooren

Son succès auprès des PME (400.000 entreprises clientes en Europe), il le doit à la construction d’un guichet unique. "Nous avons évolué vers plateforme, un one-stop shop pour les PME. On n’a pas inventé la roue, donc on a acquis ce qu’il nous manquait." 

Car l’histoire récente d'UnifiedPost, ce sont aussi des acquisitions. Plus d'une par an. Ce qui fait qu’aujourd’hui le "groupe" UnifiedPost est présent dans 15 pays et ne compte pas s’arrêter là. "On ne parle plus que de l’Europe, l’international est maintenant réaliste". Ce qui fait aussi que l’entrée en bourse va permettre d’éponger les dettes liées aux acquisitions et financer cette stratégie. "On a investi plus de 60 millions d’euros pour créer cette plateforme via les acquisitions."

Pas sexy, mais efficace

Le succès actuel, l’entreprise le doit également à une stratégie de partenariats savamment noués avec des organisations comme l’association des experts-comptables belges. Pas très sexy, mais diablement efficace quand on veut être connecté et recommandé auprès des petites sociétés. Idem en France où UnifiedPost vient de remporter un gros contrat avec une organisation équivalente qui lui donne accès au bas mot à 2,5 millions de PME françaises.

"On a investi plus de 60 millions d’euros pour créer cette plateforme."
Hans Leybaert
CEO de UnifiedPost

UnifiedPost n'a pas les codes d'expression d'une start-up ou d'une scale-up fintech technologique, ce qu'elle est pourtant. L’entreprise n’a rien de sexy avec sa numérisation de documents et sa solution de paiement. Pas sexy mais efficace: 69 millions d'euros de chiffre d’affaires en 2019 et 750 emplois à la clé. "Les gens vont rigoler, mais je pense qu’on est le Facebook financier des entreprises", ose à peine dire le patron.

Reste la question de la rentabilité. Les comptes 2018 et 2019 de la société n’ont pas été déposés, ce qui nous a interpellés. "Nous n’avions pas l’obligation de présenter des comptes pour le groupe. Cela va changer avec l’introduction en bourse", justifie Hans Leybaert. "On n'a jamais eu un objectif 'profit', on a fonctionné étape par étape. Notre but était de faire évoluer la société sans dépenser trop d’argent. Les 5 dernières années, quand on a atteint un certain niveau de rentrée financière, on a pu se permettre ce que nous avons fait".

Hans Leybaert voit loin et veut aller vite. L'entrepreneur flamand veut continuer à grandir rapidement pour être présent dans toute l’Europe. Pour soutenir sa stratégie de glouton, il lui faut du cash, beaucoup de cash. Il compte le trouver rapidement à la Bourse de Bruxelles et rejoindre le cercle restreint des entreprises technologiques belges qui comptent à l'international.

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