chronique

Vers l'infini et au-delà

Fondateur uWare Robotics

Depuis que je suis tout petit, j’ai toujours été fasciné par les exponentielles. A la fois par la beauté de la forme géométrique, mais aussi par la puissance qui grandit petit à petit, approchant la verticale…

En fondant uWare Robotics, société spécialisée dans la robotique sous-marine, j’avais pour objectif d’utiliser la technologie pour une exploitation plus propre et raisonnée des océans. La pollution en mer, la surveillance des écosystèmes, le réchauffement de l’eau, la surexploitation de la pêche, tous ces sujets ont motivé nos équipes dès le départ du projet. Mais les véritables moteurs aujourd’hui de l’entreprise sont les technologies exponentielles qui accélèrent chaque jour nos possibilités de développement. L’une des exponentielles les plus anciennes (et plus connues) dans le domaine informatique est bien sur la loi de Moore. Énoncée en 1965 par Gordon Moore, le PDG et cofondateur d’Intel, elle stipule que la capacité des microprocesseurs (CPU) double tous les deux ans. 55 ans après, cette loi est toujours d’actualité. Un Raspberry Pi de 1,5 Ghz ne coûte plus que 35 euros...

Révolution des prix

Mais il faut aujourd’hui interpréter cette loi de manière plus générale. Les technologies dites "exponentielles" telles que l'impression 3D, l'intelligence artificielle, les nanotechnologies ou l'énergie solaire existent depuis des années. Cependant, leurs taux de croissance progressent maintenant de façon spectaculaire, précisément en raison de leurs composantes exponentielles. Peu visible au départ, l’impact devient énorme au bout de quelques cycles. Dans le domaine de la robotique sous-marine, nous assistons au même phénomène. En prenant tous ses composants séparément, il y a à peine cinq ans, le robot que nous avons développé aurait pesé 100 kilos, mesuré 2 mètres de long et coûté des dizaines de milliers d'euros. Aujourd’hui, nous pouvons construire un robot qui ne pèse que 10 kilos, ne mesure que 50 cm de long et ne coûte que quelques milliers d'euros

Conséquence de ces explosions de puissance, la quantité de données digitales créées suit également des courbes exponentielles.

Après les capacités de calcul, propulsées au départ par des processeurs classiques (CPU) puis par des cartes graphiques ultra performantes (GPU), ce sont aujourd’hui les capacités de stockage (en local ou dans le cloud) qui explosent. Tout comme la résolution et la sensibilité de nos caméras, ou la densité énergétique de nos batteries. Les composants électroniques, capteurs et composants complexes deviennent très bon marché. Par exemple, on trouve des LIDARs nécessaires aux véhicules autonomes à seulement 100 euros en Chine… Conséquence de ces explosions de puissance, la quantité de données digitales créées suit également des courbes exponentielles. Notre robot produit 1 gigaoctet de données par minute en régime de croisière, un volume impensable il y a à peine quelques années. 

Le prix du centimètre-cube imprimé, en métal ou en résine, et le temps nécessaire pour le faire devient marginal. Une imprimante 3D professionnelle coûtait 50.000 euros il y a 5 ans, mais on en trouve à 2.000 euros aujourd’hui. Ceci permet le “fast prototyping” dans le domaine hardware, répondant aux itérations rapides du software.

Auparavant, seule l'industrie militaire et pétrolière pouvait s’offrir des systèmes robotiques sous-marins autonomes. Aujourd'hui, de nombreux acteurs peuvent le faire.


Ces (r)évolutions sont notre quotidien chez uWare Robotics. Lorsque les coûts technologiques baissent, lorsque les tailles des composants se réduisent et lorsque l'autonomie augmente, de nouveaux cas d'utilisation apparaissent et les utilisateurs se multiplient. Auparavant, seule l'industrie militaire et pétrolière pouvait s’offrir des systèmes robotiques sous-marins autonomes. Aujourd'hui, de nombreux acteurs peuvent le faire, des agences gouvernementales et instituts de recherche devant surveiller les fonds marins et détecter la pollution marine, aux entreprises devant inspecter leurs éoliennes offshore, leurs parcs d’aquaculture ou leurs coques de bateaux. 

L'avenir de la loi de Moore

Certains se demandent si la loi de Moore (et les exponentielles qui y sont liées) pourra être applicable encore longtemps, à mesure que la technologie devient de plus en plus complexe. Jensen Huang, le PDG de NVidia, est allé encore plus loin en 2019, en la déclarant "morte". La loi de Moore peut en effet "mourir" si sa définition est uniquement basée sur un nombre de transistors informatiques. Dans ce cas, oui, ce jour viendra probablement - et bientôt. Cependant, une lecture plus généraliste du concept rend le terme tout sauf obsolète. Au contraire: extrapoler la définition (et la puissance) de la loi de Moore pour inclure d’autres industries qui sont intrinsèquement exponentielles signifie que le terme sera certainement pertinent pour de nombreuses années à venir.

Ce jour-là, le vieux rêve de Jacques-Yves Cousteau de coloniser les océans sera à notre portée.

Ainsi, dans un avenir très proche, les robots sous-marins seront encore plus petits et encore moins chers. Les réseaux d'intelligence distribuée et les «essaims» de robots - pour lesquels il y aura encore plus d'usages et de clients - seront la norme. Ce jour-là, le vieux rêve de Jacques-Yves Cousteau de coloniser les océans sera à notre portée.
Ne croyez pas que cette révolution ne touche que les domaines technologiques. L’ensemble des métiers sont impactés, que ce soit dans le domaine du service ou de l’industrie. Un conseil en direct de la ligne de front ? Regardez quelles sont les exponentielles qui vont impacter votre secteur. Faites des Proofs of Concept. Prototypez. Et n’écoutez surtout pas la personne qui vous dira que vous serez épargné. Car souvenez-vous qu’au début du processus, la croissance est très faible, presque imperceptible… Mais très vite la progression devient très rapide, exponentielle. Et si on divise quelque chose par zéro, on obtient l’infini...

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