"1.900 licenciements attendus", selon Peeters

Dominique Leroy, CEO de Proximus et Stefaan De Clerck, président de l'opérateur télécoms, quittant le 16, rue de la loi. ©BELGA

La CEO Dominique Leroy a été priée de s'expliquer auprès du Premier ministre sur les menaces de suppressions d'emplois. Dans l'opposition, les réactions ont fusé. Les syndicats sont conviés à une commission paritaire extraordinaire ce jeudi. Le cours de l'action a été suspendu.

Le personnel de Proximus sera fixé ce jeudi sur le sort que la direction lui réserve. Quelque 2.000 emplois pourraient être menacés. A 8h au siège bruxellois de l'opérateur télécom, se tiendra une commission paritaire extraordinaire (l'équivalent d'un conseil d'entreprise extraordinaire) lors de laquelle les syndicats seront informés du plan à trois ans de la direction pour "accélérer la transformation" de l'entreprise.

La nouvelle stratégie #shifttodigital devrait permettre, selon Proximus, d'accélérer la transformation" de l'entreprise et de la préparer  "aux défis de l'avenir et à l'accélération de la digitalisation""Dans ce contexte, il a également été discuté de comment Proximus peut encore optimiser ses coûts afin d'améliorer son efficacité dans un environnement de marché de plus en plus difficile", avait encore précisé l'opérateur.
Les syndicats déplorent le manque d'informations à leur disposition. "Il aurait été normal que les organisations syndicales soient convoquées dans la foulée du CA" qui a eu lieu mardi, estime Jean-Claude Philippon, président du groupe SLFP-Proximus. Ben Coremans, de l'ACV-Transcom, insiste: "Proximus n'est pas une entreprise en difficultés." Il souligne ne pas être habitué à une telle absence de dialogue social ouvert
La loi Renault ne s'applique pas à Proximus

Proximus est une entreprise publique autonome et est, à ce titre, exclue du champ d'application de la loi Renault sur les licenciements collectifs, précise mercredi le SPF Emploi et Concertation sociale. "Proximus est une entreprise publique autonome qui a pris la forme d'une SA de droit public. A ce titre elle est exclue de la loi du 5 décembre 1968 sur les conventions collectives de travail et les commissions paritaires. La loi Renault ne s'applique qu'aux entreprises relevant du champ d'application de la loi du 5 décembre 1968, Proximus en est donc exclue", explique l'administration dans un communiqué.

Dominique Leroy chez Charles Michel

1.250
embauches
Les premiers chiffres sont venus de Kris Peeters. Il énonce 1.900 licenciements mais 1.250 recrutements.

Informé mardi en fin d'après-midi des intentions de la direction communiquées au conseil d'administration de Proximus, le Premier ministre Charles Michel a convoqué sa CEO Dominique Leroy ce mercredi matin. Il avait fait savoir la veille qu'il ne tolérait pas cette tentative de "mise devant le fait accompli", "ni sur la forme ni sur le fond". Il a exigé ce mercredi après-midi que Proximus revoie sa copie.

Le gouvernement veut notamment éviter tout licenciement sec. "Nous sommes un actionnaire et en tant qu'actionnaire mais aussi en tant que gouvernement, nous devons être très mobilisés. Depuis quatre ans, je me bats pour l'emploi et l'investissement, et je vais clairement continuer à le faire", a-t-il expliqué.

A l'issue de cette rencontre, le Vice-premier ministre CD&V Kris Peeters a annoncé les chiffres de "1.900 licenciements éventuels et 1.250 embauches", ajoutant: "Tout le monde devra prendre ses responsabilités et que nous sommes très préoccupés par les possibles pertes d'emplois." 

 Le groupe Proximus s'est refusé à confirmer ces chiffres, renvoyant à la réunion prévue avec les syndicats ce jeudi. 

 

Philippe De Backer (VLD), ministre des Télécommunications. ©BELGAONTHESPOT

De son côté, le ministre des Télécommunications, Philippe De Backer (Open Vld), a également affirmé que le nombre d'emplois en jeu n'était pas encore clair. Selon lui, le plan de transformation doit permettre à Proximus de rester compétitif sur un marché du numérique en mutation rapide. "Nous avons demandé plus d'informations sur l'impact de cette opération et sur la manière dont cela sera réalisé au cours des prochaines années", a-t-il avancé, ajoutant que "de nouveaux profils seront nécessaires chez Proximus pour se préparer à ce marché en mutation". A ce titre, "ils devront recruter (...), mais un dialogue social sera également nécessaire", a déclaré Philippe De Backer.

"Bénéfices et rémunérations, c'est là qu'est l'argent" 

Du côté de l'opposition, les réactions n'ont pas tardé.

La première à s'exprimer fut Karine Lalieux. La présidente (PS) de la commission de l'Infrastructure à la Chambre a annoncé sur Twitter son souhait d'inviter "au plus vite les syndicats et la CEO de Proximus"Dominique Leroy pour un débat sur la situation dans l'entreprise. Elle soumettra la proposition aux membres de la commission.


"Toutes les questions doivent être abordées." Elle fait ainsi référence à l'arrivée potentielle d'un nouvel opérateur sur le marché des télécoms ou encore à une éventuelle recherche de dividendes excessifs par l'entreprise.

Dans un communiqué, le groupe Ecolo-Groen a d'ores et déjà indiqué qu'il était favorable à ces auditions. "Un tel plan de licenciement est tout à fait incompréhensible pour une entreprise publique bénéficiaire. Il est dès lors important que la direction de Proximus vienne s'expliquer en urgence devant les parlementaires et que toutes les options soient envisagées afin d'éviter un tel plan social", a commenté le député Ecolo Gilles Vanden Burre. "L'État étant actionnaire majoritaire, le parlement dispose de leviers importants dans ce dossier et il doit s'en saisir."

 "Inacceptable" est également le qualificatif utilisé par le porte-parole du PTB, Raoul Hedebouw. "L’emploi doit passer avant les profits, certainement dans une entreprise comme Proximus, où les pouvoirs publics sont impliqués." Il a enfoncé le clou en rappelant "les 7 milliards d'euros de bénéfices engrangés ces 10 dernières années et les 937.000 euros gagnés chaque année par la CEO Dominique Leroy". "Elle s’est même plainte, il y a deux ans, qu’elle gagnait moins que d’autres directeurs. C’est là qu’il faut aller chercher l’argent."

Le PTB a dénoncé le  mouvement de privatisation progressive des entreprises publiques qui sont désormais gérées comme dans le privé.  "La politique du jobs, jobs, jobs révèle ce qu’elle est réellement: des cadeaux aux grands actionnaires qui n’entraînent aucune perspective d’emplois durables."

Pour le cdH, c'est le Premier qui doit s'expliquer ce jeudi en séance plénière. "Prix des communications élevé, dividendes gras et ... 2.000 emplois qui pourraient être supprimés. Une équation interpellante. Et problématique", estime Catherine Fonck, la cheffe de groupe des démocrates humanistes.

Même son de cloche du côté de DéFI. Olivier Maingain dit qu'il interrogera aussi le Premier sur les liens entre l'arrivée d'un 4e opérateur et les pertes d'emplois... chez "Belgacom". 

 

 


Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect