"2020 se fera sans la 5G en Belgique"

©REUTERS

Des experts des télécoms invités en commission Économie à la Chambre ce mardi ont livré un constat sans appel sur la situation de la 5G. La Belgique continue à prendre du retard.

Ce mardi au programme de la commission Économie de la Chambre, c’était remise à niveau sur la situation de la 5G en Belgique. Durant une bonne partie de la journée, les experts de la technologie issus de l’IBPT (le régulateur du secteur), de la FEB ou encore d’Agoria se sont succédé devant les parlementaires pour faire le point sur les dernières évolutions du secteur. C’était surtout l’occasion de rappeler aux politiques le retard que prend la Belgique.

Outil multimédia | Testez la puissance de la 5G

L’IBPT fut le premier à faire le point et son constat a été sans appel. "De manière réaliste, on peut déjà dire que 2020 se fera sans la 5G en Belgique", a ainsi lancé Michel Van Bellinghen, le président de l’IBPT, avant de noircir encore un peu plus sa prédiction. "Il ne sera peut-être même pas encore question de mise aux enchères l’année prochaine si les choses n’avancent pas rapidement. C’est un processus qui prend du temps à mettre en place."

Un retard qui inquiète

L’agenda était pourtant connu depuis déjà plusieurs années. En 2016, les institutions européennes avaient lancé comme objectif à ses États membres d’implanter pour 2020 la 5G dans au moins une ville. Le déploiement devait ensuite se poursuivre dans la plupart des grandes villes pour 2025. Premier objectif manqué donc. Afin d’envisager un déploiement, la mise aux enchères des fréquences doit être organisée. Mission impossible pour le moment, notre pays ne disposant pas d’un gouvernement pour structurer l’appel d’offres.

36.000
Selon la FEB, la 5G devrait permettre la création de plus de 36.000 emplois en Belgique.

Face à ce retard, la FEB s’inquiète de son côté de l’impact sur l’économie belge. "Nous sommes désormais 9e au classement européen sur la digitalisation des pays membres", rappelle Raf Van Bulck, conseiller-adjoint à la FEB. "Les deux pays qui nous ont dépassés sont plus avancés que la Belgique sur la question de la 5G et onze membres de l’Europe ont déjà un plan d’action concernant la 5G", lance-t-il avant de rappeler les résultats d’une étude sur les retombées économiques de la mise en place de la 5G. "Pour la Belgique, elles sont estimées à 3 milliards d’euros, avec la création de plus de 36.000 emplois."

Problème fédéral et régional

Le retard n’est toutefois pas uniquement lié à la situation fédérale. Le lancement de la 5G nécessite aussi une réévaluation à la hausse des normes sur les ondes électromagnétiques, émises par les antennes. Cette compétence est aujourd’hui gérée par les Régions, qui ont chacune des normes différentes mais à chaque fois drastiquement au-dessus des recommandations de l’OMS. "Aujourd’hui, les restrictions actuelles ne permettent tout simplement pas d’implanter la technologie", a rappelé le responsable du régulateur.

Selon Katleen Dillen, experte santé chez Test-Achats, et Éric van Rongen, de ICNIRP, une commission spécialisée dans les études des rayonnements non ionisants, venus répondre aux questions des parlementaires sur l’impact des ondes sur la santé, les conclusions vont dans le même sens. Aujourd’hui, il n’existe aucun consensus permettant d’assurer une causalité entre les ondes émises par les antennes et de potentielles conséquences néfastes sur la santé.

La situation concernant les normes d’émission laisse d’ailleurs songeur Agoria, également invité à s’exprimer. "Limiter les émissions des antennes signifie devoir en installer davantage. Cela signifie aussi que les téléphones émettent un rayonnement plus important", explique Danny Goderis, manager digital chez Agoria. "Des émissions par des antennes moins puissantes, cela veut également dire que nous devons en installer plus pour combler la moins grande intensité. La 5G demande en outre d’installer, suivant les situations, entre deux et cinq fois plus d’antennes. Est-ce vraiment ce que l’on souhaite?", interroge le spécialiste de chez Agoria.

Et ailleurs en Europe?

Les enchères des fréquences se multiplient

Si la Belgique est à la traîne, ses principaux voisins européens ont déjà plusieurs étapes d’avance sur l’implantation de la 5G. Du côté des plus précoces, la Grande-Bretagne, la Suisse et l’Espagne furent parmi les premiers à débuter le processus de ventes aux enchères. L’Italie, il y a un peu plus d’un an puis l’Allemagne l’été dernier ont embouté le pas, en distribuant les fréquences à leurs quatre opérateurs respectifs, permettant d’injecter dans les caisses de l’État pas moins de 6,5 milliards d’euros. Chez nos voisins français, l’appel d’offres vient d’être récemment lancé pour une vente officielle des fréquences prévues pour le printemps 2020. Là-bas aussi, la vente devrait rapporter gros aux finances publiques. Les premiers montants annoncés par fréquence sont à plus de 2 milliards d’euros. Bien trop selon les opérateurs locaux.

Aux Pays-Bas, les débuts de l’appel d’offres se sont fait durant les premiers jours de décembre. L’État espère récolter quelque 900 millions d’euros. KPN n’a toutefois pas attendu le feu vert des autorités publiques pour déjà se lancer de son côté dans la course à la 5G. L’opérateur installe déjà des antennes Huawei compatibles avec la technologie 5G.

L’écart se creuse donc peu à peu avec nos voisins proches. Il est encore toutefois bien loin de celui qui existe avec la Chine, pionnière sur l’implantation du réseau. À l’heure actuelle déjà, cinquante villes disposent d’un accès à la 5G. Le pays devrait être largement couvert dans les trois ans. Les premières études sur la 6G ont également débuté.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect

Messages sponsorisés

n