Chez Proximus comme chez KPN, le départ du CEO fait craindre un exode

©BELGA

Usée par les critiques, Dominique Leroy aurait envisagé de partir illico. Le conseil, qui redoute l’éclatement du comité de direction, l’a convaincue de rester. Parallèles chez KPN.

"Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé." Citer Lamartine pour évoquer le cas de Dominique Leroy peut paraître quelque peu osé. Pourtant, dans les couloirs des étages des Tours Proximus , cela fait sens.

Jusqu'à trois millions d'euros chez KPN

La rémunération de Dominique Leroy en tant que CEO de KPN pourrait atteindre, grâce à divers bonus, un peu plus de trois millions d'euros annuels, ressort-il d'une communication faite par le groupe néerlandais en vue d'une assemblée générale extraordinaire de ses actionnaires prévue le 28 octobre. Dans une note explicative, KPN revient sur la rémunération de sa future CEO, précisant qu'elle touchera un salaire de base annuel de 935.000 euros. Mais Mme Leroy peut également prétendre à des bonus variables à court terme qui peuvent représenter 90% de son salaire de base et à des bonus variables à long terme, basés sur des actions conditionnelles, pouvant eux atteindre 135% du salaire de base. Ces deux types de bonus sont liés à la réalisation d'objectifs financiers et non financiers.

Si elle parvenait à atteindre ces divers objectifs, le salaire de Dominique Leroy pourrait ainsi aller jusqu'à un maximum de 3.038.750 euros chez KPN. Pour 2018, bonus compris, elle avait touché 940.546 euros en tant que CEO de Proximus. Dominique Leroy entrera en fonction chez KPN le 1er décembre prochain. 

Depuis qu’elle a annoncé son prochain départ, la CEO a récolté du bois vert par volées entières. Les syndicats ont demandé son départ anticipé, l’Open VLD a critiqué le fait qu’elle parte chez un concurrent, le PTB a ironisé sur la question de son salaire et demandé une audition au Parlement... Répercutés par les médias, les commentaires pas toujours aimables ont fusé de partout. On peut diriger une entreprise d’une volonté de fer, on n’en est pas moins sensible, et il nous revient que Dominique Leroy a proposé au conseil d’administration de partir immédiatement plutôt qu’au premier décembre. "Cela me fera quelques semaines de vacances", lui aurait-elle lancé selon une source interne. Comme bien l’on pense, les administrateurs, leur président Stefaan De Clerck en tête, se sont fait fort de la convaincre de rester au poste pour l’instant.

Ils l’ont fait avec d’autant plus de détermination qu’ils craignent que leur CEO n’entraîne involontairement d’autres membres de la direction dans son sillage. Les profils réunis autour du projet Leroy ont en effet lié une partie de leur destinée professionnelle à ses idées et sa personnalité. Plusieurs d’entre eux ont d’ailleurs été recrutés ou promus par elle. On songe à la CFO Sandrine Dufour ou à Guillaume Boutin, directeur en charge du marché consommateur… "D’autres membres de la direction pourraient être approchés par des chasseurs de têtes et, dans le doute, nous confie un administrateur, ces personnes pourraient songer à partir aussi."

KPN, Proximus, même combat?

"Un seul être vous manque…", disions-nous. La crainte de fuites en série à l’"exco" de Proximus ressentie par De Clerck et ses collègues est d’autant moins absurde qu’on retrouve aujourd’hui pareille réaction chez KPN, la future destination de leur CEO. Au nord de la Belgique également, on redoute… le dépeuplement. Dans une note d’analystes, la banque HSBC observe en effet que la nomination de la Belge Dominique Leroy comme CEO de l’opérateur télécom néerlandais "risque d’entraîner des départs significatifs de la société". "De l’instabilité au niveau supérieur peut accroître les risques opérationnels", estime la banque. Lors de l’annonce du départ du précédent CEO, l’Italien Maximo Ibarra, le 25 juin dernier, HSBC avait d’ailleurs marqué sa préférence pour un successeur choisi en interne. Il est vrai qu’Ibarra s’en va à peine un an après son arrivée chez KPN et que sous sa direction a été lancé un ambitieux plan d’affaires 2019-21. Le président de KPN Duco Sickinghe était d’ailleurs monté au créneau le 6 septembre, jour de l’annonce du choix de Leroy, en assurant en conférence de presse que la stratégie ne serait pas modifiée et que le nouveau business plan resterait la ligne de conduite. Payant de sa personne, il avait même précisé qu’il n’y avait aucun plan de fusion avec Proximus à l’agenda du conseil de surveillance de KPN.

Bref, dans le pire des scénarios envisagés, Proximus et KPN perdraient tous deux une série de directeurs, aspirés par le départ de leurs CEO. Et les deux opérateurs se verraient contraints de reconstruire à la hâte un état-major quasi entier…

©Dieter Telemans

Points communs et moins…

Quand on gratte un peu sous la surface des choses, les points communs entre Proximus et KPN ne manquent pas. Il est d’ores et déjà établi qu’Ibarra quittera son poste deux mois avant l’arrivée de Leroy: KPN a donc décidé que son Chief Operating Officer Joost Farwerck assurerait l’intérim. On sait que chez Proximus, le projet couve de confier la même mission à la CFO Sandrine Dufour dès lors qu’il y a peu de chances que le successeur de Leroy soit nommé et en place d’ici le premier décembre – sauf si au final, le choix du conseil d’administration se porte sur Dufour, ce qui est une possibilité.

Comparant les deux sociétés, HSBC retient qu’elles partagent également un même historique (opérateurs ex-dominants), un même environnement (régulation et marché) ainsi que les mêmes priorités stratégiques. Sous cet éclairage, ajoutent-ils, le choix de Leroy est "plus conventionnel" que celui qui avait conduit à nommer Ibarra, qui venait de l’opérateur italien Wind. Et donc plus rassurant, en réalité, d’autant que la CEO belge peut se targuer d’un beau bulletin financier à l’issue de ses six années passées à la tête de Proximus: l’action a généré un return annuel total (cours et dividende) de 10,1%, à comparer avec 7,8% pour l’indice Bel 20 et seulement 1,1% pour les télécoms européennes.

Autrement dit, les Néerlandais auraient tort de s’en faire, finalement. Contrairement aux Belges qui, s’ils savent ce qu’ils perdent, n’ont aucune vue, à ce stade, sur ce qu’ils auront au change.

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