nécrologie

Didier Bellens 1955-2016

L'ancien CEO de Belgacom - aujourd'hui Proximus - est décédé. Il aura été l'un des grands patrons belges les plus marquants de ce début de siècle. Financier extrêmement habile, il aura plusieurs fois suscité la polémique. Pour son salaire, mais aussi pour son parler franc et direct.

L'ancien administrateur délégué de Belgacom - aujourd'hui Proximus - est mort dimanche, a-t-on appris de bonne source.

Dominique Leroy, l'actuelle patronne de Proximus, a salué la mémoire de son prédécesseur Didier Bellens dans un communiqué publié. "C’est sous sa direction que Belgacom est entré en Bourse et que la société a lancé en Belgique la télévision digitale interactive", a-t-elle rappelé. "Dans ces moments difficiles, les pensées du conseil d'administration, de la direction et du personnel de Proximus vont à la famille et aux proches de Didier Bellens."

Didier Bellens avait dirigé Belgacom de 2003 à 2013. Son parcours à la tête de l'opérateur télécom avait été émaillé de plusieurs polémiques.

Il aura été l’un des grands patrons belges les plus marquants de ce début de siècle. Encensé pour sa grande connaissance des dossiers et des chiffres, l’ancien dirigeant de Belgacom s’était attiré des critiques sur la manière autoritaire dont il menait l’entreprise de télécom.

Il était capable de se plonger dans les profondeurs les plus sombres des dossiers et d'en ressortir avec une analyse pertinente.
Un proche de Didier Bellens

Didier Bellens était surtout un grand financier. Doté d’un excellent esprit de synthèse, il pouvait rapidement maîtriser le plus complexe des dossiers. Un atout indéniable lorsqu’il s’agissait de séduire des investisseurs.

Bellens était " un étudiant permanent, capable de se plonger dans les profondeurs les plus sombres des dossiers et d'en ressortir avec une analyse pertinente ", confiait un proche à L’Echo il y a plusieurs années déjà.

Pierre Nothomb, patron de Deminor et administrateur, tout comme Didier Bellens l'était, de la société immobilière Immobel, a confirmé à Belga le cédès de Didier Bellens et se dit très affecté.

"Je peux confirmer que Didier Bellens est décédé", a-t-il déclaré à l'agence Belga. "J'avais encore eu des contacts avec lui la semaine dernière. Je suis très touché par ce qu'il s'est passé, c'est très triste."

Selon Nothomb, Bellens voulait participer aussi longtemps que possible à la gestion d'Immobel. "Mais nous savions que ça devenait de plus en plus difficile au fil du temps." Un infirmier était présent à ses côtés en permanence, selon Nothomb. Depuis longtemps, des rumeurs circulaient sur l'état de santé de Didier Bellens.

Avec Albert Frère

Fort de son diplôme d’ingénieur de gestion de la Solvay Business School, Bellens fait ses armes comme consultant chez Deloitte avant de rentrer chez GBL pour y assurer la direction financière en 1982. Trois ans plus tard, il arrive en Suisse, chez Pargesa, un holding de la galaxie d’Albert Frère.

Il revient chez GBL en 1992 pour occuper de plus hautes fonctions. Directeur général, il se fait un nom dans le cercle restreint des dirigeants d’entreprises. Satisfait de ses résultats, Albert Frère l’envoie diriger RTL Group en 2001.

Mais Bellens a la bougeotte. Son passage chez le groupe de médias luxembourgeois sera écourté en 2003. Il faut remplacer d’urgence John Goossens, le patron de Belgacom qui vient de décéder. Didier Bellens figure sur la " short list " des successeurs potentiels.

Arrivé à la tête de l’opérateur télécom, Bellens pose d’emblée sa marque en réorganisant les structures de direction. Le comité exécutif, qui était composé de sept personnes, est transformé en comité de direction, réduit à trois membres. Le conseil de direction qui réunissait treize personnes laisse la place à un comité stratégique de sept membres.

Le salaire

Avec Didier Bellens à la barre, Belgacom franchit plusieurs étapes importantes qui font notamment entrer le groupe dans l’ère du numérique. L’opérateur entre en Bourse de Bruxelles en mars 2004 en levant 3,6 milliards d’euros.

Didier Bellens, en 2009, époque où il dirigeait encore Belgacom. ©BELGA

Mais au-delà des résultats financiers de Belgacom, c’est le salaire de son patron qui fera surtout parler de lui. En 2008, Didier Bellens gagne jusqu’à 2,732 millions d’euros annuels, ce qui en fait, à l’époque, le patron le mieux payé des entreprises composant l’indice Bel 20 de la Bourse de Bruxelles.

Le mandat de Bellens arrivant à son terme cette année-là, le gouvernement réduit les émoluments de Bellens lors des négociations sur un nouveau mandat de six années. Le CEO de Belgacom touchera désormais 1,917 million d’euros bruts par an, une rémunération " conforme au marché " et " proportionnelle aux responsabilités qu’il exerce ", dira la ministre des Entreprises publique de l’époque Inge Vervotte.

Les affaires

En 2009, une première affaire Bellens défraie la chronique. L’administrateur délégué de Belgacom fait l’objet d’une enquête pour délit d’initié. Il avait acquis des actions Telindus avant que Belgacom acquière cette société. Mais en mars 2010, l’autorité des marchés financiers belges blanchit Didier Bellens.

En 2011 éclate une autre affaire, qui semble banale au départ mais qui mettra en danger la position de Bellens à la tête de Belgacom.

En juin de cette année-là, Concetta Fagard, vice-présidente de Belgacom, est accusée de harcèlement moral et doit quitter l’entreprise. Florence Coppenolle, responsable de la communication, qui est à l’origine de la plainte contre Fagard, est elle aussi licenciée. En septembre, Bellens réintègre Fagard et en fait sa conseillère directe, contre l’avis du comité des nominations et des rémunérations de Belgacom.

La directrice des ressources humaines puis le conseil d’administration tout entier du groupe menacent de démissionner. En septembre 2011, Didier Bellens se résout à mettre un terme au contrat de Concetta Fagard.

Mais l’affaire a creusé un fossé entre Bellens et plusieurs hauts responsables de Belgacom qui quitteront l’entreprise dans les mois qui suivent. La confiance entre ces cadres et le patron était rompue.

Inculpation

En cette même année 2011, Didier Bellens a dû affronter la justice. Il a été inculpé pour corruption passive dans une vente immobilière réalisée par Belgacom à Mons. Bellens aurait contribué à réduire la valeur de l’immeuble en échange d’avantages personnels.

Didier Bellens, lors d'une audition devant la commission de l'Infrastructure de la Chambre, le 31 janvier 2012. ©Photo News

Décrit comme trop rigide, Didier Bellens sera encore critiqué à plusieurs reprises pour son manque de diplomatie dans sa gestion professionnelle.

Le langage de Bellens est en phase avec le personnage : clair, franc, direct. Parfois trop franc et direct d’ailleurs. En janvier 2013, Didier Bellens se lâche à propos des normes sur les émissions des antennes à Bruxelles. Évoquant les nombreuses ambassades et institutions internationales présentes dans la capitale, Bellens affirme que " ces gens-là ont besoin de la 4G ; et que leur dit Bruxelles ? Fuck you ! "

Sermonné par le ministre des Entreprises publiques Jean-Pascal Labille, le patron de Belgacom présentera ses excuses.

Toujours en 2013, il est soupçonné de conflit d’intérêt dans la vente d’un immeuble par Belgacom. La société Immobel, où Bellens est administrateur, aurait bénéficié de son intervention. Il n’en est rien, conclura un audit externe.

Les mots de trop

En novembre de la même année, Didier Bellens lâche un nouveau trait d’humour dont il a le secret. Le problème est qu’il le fait devant des journalistes. En comparant le Premier ministre de l’époque, Elio Di Rupo, à "un petit enfant qui vient chercher son cadeau de Saint-Nicolas à la fin de chaque année", Bellens suscite une nouvelle polémique.

En novembre 2013, Didier Bellens est sommé de s'expliquer après avoir comparé le Premier ministre de l'époque, Elio Di Rupo, à un "enfant qui vient chercher son cadeau de Saint-Nicolas à la fin de chaque année". ©BELGA

Mais cette fois-ci, l’affaire ne restera pas sans conséquences. D’autant plus que Bellens a aussi critiqué vertement l’Etat belge, qualifié de " plus mauvais actionnaire qui soit ". Pour le gouvernement, la coupe est pleine. Le 15 novembre, l’exécutif fédéral révoque Didier Bellens pour manquements graves.

Didier Bellens restant impliqué dans l’affaire de la vente de l’immeuble montois, l’assemblée générale de Belgacom, devenue entretemps Proximus, reporte sa décharge en avril 2015. Le 2 octobre de la même année, la chambre des mises en accusation de Mons prononce un arrêt de non-lieu au profit de Bellens, une décision toutefois cassée par la Cour de cassation en janvier dernier. Cette dernière apparition de l’ex-patron dans l’actualité ne lui aura pas permis de revenir sur le devant de la scène. Il s’est éteint ce 28 février 2016.

 

9 juin 1955 : Naissance de Didier Bellens

1978: Diplôme d’ingénieur de gestion à la Solvay Business School (ULB)

1978 : Auditeur au sein du bureau de consultance Deloitte

1982 : Directeur financier de GBL (Groupe Bruxelles Lambert)

1992 : Directeur général de GBL

2000 : Administrateur délégué de RTL Group

2003 : Administrateur délégué de Belgacom

Août 2008: Reconduction de son mandat à la tête de Belgacom, malgré une polémique sur son salaire qui en fait le patron le mieux payé du Bel 20

2011 : Bellens touche un salaire de 2,6 millions d’euros, ce qui relance la polémique sur les rémunérations des grands patrons en Belgique

15 novembre 2013 : Le gouvernement fédéral décide de révoquer son mandat à la tête de Belgacom, pour manquement grave

28 février 2016: Décès de Didier Bellens

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