L'hiver sera chaud sur la planète télécoms

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Arrivée d’un quatrième opérateur mobile, questions autour de l’avenir de VOO, révision des offres proposées aux consommateurs, ou encore normes d’émission à Bruxelles… Autant de dossiers qui risquent de faire du bruit dans Landerneau ces prochains mois.

Il y a du pain sur la planche dans les télécoms. Les vacances à peine terminées, les grands dossiers devraient désormais rapidement revenir agiter les discussions et réflexions des opérateurs du pays, si tant est qu’ils les aient quittées. Tour d’horizon des immanquables de la rentrée.

1. Une arrivée de Free en Belgique? Crédible?

C’est le dossier qui suscite le plus de crispations: le fameux quatrième opérateur (mobile de réseau, s’entend), rêvé par Alexander De Croo, ministre Open Vld des Télécoms. La porte a été ouverte à la mi-juin pour qu’un nouvel entrant puisse investir le marché belge à l’occasion de la vaste enchère du spectre qui aura lieu courant 2019. Une décision osée qui n’a pas manqué de provoquer une véritable levée des boucliers du côté de Proximus, Orange et Telenet. Et d’Agoria, fédération des entreprises technologiques, qui a mis en garde contre une baisse de la qualité des réseaux, ainsi que contre une menace sur l’emploi.

Et pour cause, ce qui se dessine, c’est l’avènement d’une concurrence bien plus marquée à moyen terme, portée par un acteur de poids. Acteur qui n’a rien d’hypothétique puisqu’une marque d’intérêt concrète a été déposée auprès du régulateur par un acteur européen établi dans le cadre de ces discussions, écrivait-on.

"La Belgique? Free donne la priorité à la France et l’Italie."
Thomas Reynaud
directeur général d’Iliad, Maison mère de Free

Qui? Si différents noms circulent, rien n’est confirmé pour l’heure. La principale piste, la plus logique, était celle du casseur de prix français Free… jusqu’à mardi. En effet, lors de la présentation des résultats semestriels de sa maison mère, Iliad, le directeur général du groupe, Thomas Reynaud, a indiqué que priorité est donnée à la France et à l’Italie. Et ce, malgré des performances en recul – et dans le mobile, et dans l’internet et la télé – sur son marché historique, de par la bataille menée par les trois autres opérateurs du marché outre-Quiévrain. Pour Free, la salvation serait donc plutôt à chercher du côté de la Botte a priori, où l’opérateur s’est lancé à la mi-année dans le mobile, empochant un million de clients en à peine cinquante jours, signe de sa force potentielle ailleurs.

La fin d’une menace? Pas vraiment. La piste de la galaxie Niel, du nom du fondateur de l’opérateur à qui l’on doit la célèbre Freebox, n’est pas écartée pour autant. Après tout, le milliardaire français a bien débarqué dans des marchés comme la Suisse et Monaco, à titre personnel. Une incursion belge pourrait dès lors s’envisager par cette voie, plutôt que via Iliad.

Mais trêve de spéculation. Quand connaîtra-t-on finalement l’identité du fameux intéressé qui, en attendant les enchères, se tapit dans l’ombre? "L’on s’attend potentiellement à ce qu’un nouvel entrant ait à se déclarer vers juin-juillet l’an prochain et à ce que les enchères aient lieu, au plus tôt, en octobre", expliquait fin juillet Dominique Leroy, CEO de Proximus, lors de la présentation des résultats semestriels de l’opérateur. Là, les masques tomberont. Mais, "malheureusement, d’ici là, nous devrons vivre dans l’incertitude", ajoutait la patronne.

2. Quid de l’avenir de VOO? Brutélé racheté par Nethys?

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En parallèle, un autre dossier de taille enflamme le secteur: VOO. Pour assurer son avenir, la marque commerciale cogérée par Nethys et Brutélé doit investir. Massivement. Se pose donc, parmi les possibles, la question d’une vente, voire d’une joint-venture avec un tiers pour en assurer les développements futurs, nécessaires au maintien de l’acteur dans la course – sinon, il faudra convaincre le politique de réinjecter des sous dans la structure. Où en est-on? La réponse à apporter doit être en deux temps.

1.3 milliard €
Si Nethys venait à être mis en vente, Telenet serait prêt à débourser 1,3 milliard d’euros, plus 300 millions destinés à une accélération de l’entreprise, déclairait mi-avril John Porter dans l’Echo.

D’abord, Nethys. Si ses dirigeants ont toujours vivement démenti l’hypothèse d’une mise sur le marché, Orange et Telenet, eux, n’en démordent pas. L’un comme l’autre ont fait offre au cas où un feu vert serait donné, Telenet allant jusqu’à chiffrer son appétit à 1,3 milliard d’euros, plus 300 millions destinés à accélérer l’entreprise. Une position qui tranche avec celle de la filiale du géant français des télécoms qui a, elle, évoqué dans L’Echo privilégier une alliance avec les Liégeois, après avoir d’abord évoqué l’idée d’un rachat pur et simple. Interrogées, les deux parties maintiennent être toujours intéressées, même si elles n’ont pour l’heure pas reçu de nouvelles.

Ensuite, vient Brutélé. Là, l’histoire se répète… avec un twist. Orange a d’abord fait offre fin mars, de par l’opportunité que représenterait cette incursion dans le fixe pour l’opérateur qui ne dispose à ce jour que d’un réseau mobile. Puis, Telenet a suivi fin juin, avant que Stéphane Moreau, en personne, ne dévoile dans nos pages son souhait de rapprochement avec le câblodistributeur bruxellois dans le cadre d’une prise de contrôle avalisée par le conseil d’administration de Nethys.

Depuis lors, plus rien. Sur les deux plans. Les offres sont sur la table, mais la situation est au point mort. Certains évoquent en coulisse l’agenda politique prochain comme raison de cette paralysie.

3. L’illimité, nouvel eldorado mobile? Et la nouvelle régulation du fixe?

Résultat des courses, ces changements, importants, se reflètent jusque dans les offres des opérateurs qui se préparent à devoir faire le gros dos, à l’aube d’une période de potentiel déséquilibre. Ce qui passe aujourd’hui notamment par l’illimité, côté mobile, où Orange a ouvert la voie, avant de déployer cette stratégie à travers différentes offres de son portefeuille.

Fin juin, Proximus lui a emboîté le pas avec son offre Epic, offrant de l’illimité côté data pour une sélection d’applications, puis début du mois, avec Scarlet, la marque low cost de l’opérateur historique, proposant désormais elle aussi de l’illimité (sur les appels) dans sa formule à 18 euros.

Une tendance sur le marché? À voir, mais cela se pourrait, face à l’arrivée potentielle d’un acteur à la Free. Par contre, du côté de Telenet, l’illimité fait toujours défaut. Interrogé sur ce point, l’opérateur souligne qu’un tel développement n’est "pas prévu à ce stade", lui préférant une offre capable de s’adapter à la consommation réelle des utilisateurs.

Reste alors la question de l’internet et de la télé (sur le marché dit du "fixe"), marqués par un changement régulatoire de taille, fin juin, en vue de faire baisser les prix et de favoriser la concurrence. Les premières conséquences s’y font là attendre.

4. Et la 5G pour finir, possible ou pas à Bruxelles?

Enfin, il y a Bruxelles. Dominique Leroy, comme d’autres d’ailleurs, s’en était encore plaint à la mi-juin: les normes d’émissions bruxelloises sont trop strictes – à 6 volts par mètre, elles sont 50 fois plus sévères que ce que préconise l’Organisation mondiale de la santé (OMS), rappelait-on récemment du côté de l’IBPT. Une vraie barrière à l’avènement de la 5G, l’internet mobile ultra-rapide à voir le jour, qui a été jusqu’à forcer Proximus à préférer Haasrode (Louvain) à Bruxelles pour déployer un test grandeur nature en extérieur avec Huawei en avril.

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Sauf que voilà, à la mi-juillet, un protocole d’accord a (enfin) été signé entre opérateurs et Région bruxelloise, après des mois de bagarre. L’objectif? Faire de la capitale la première ville du pays à déployer l’internet mobile ultra-rapide d’ici 2020, mettant fin, au passage, à une contradiction: si Bruxelles se veut moderne, surfant sur la vague des "smart cities", elle se doit d’être connectée.

Concernant les détails, rien n’a filtré de la part des différents acteurs en présence, si ce n’est que "les discussions techniques doivent démarrer dès la rentrée politique", nous confie-t-on, pour aboutir "avant la fin de la législature", évoque une autre source.

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