La 5G sans Huawei coûterait aux opérateurs

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2019 marque résolument le coup d’envoi de l’internet mobile ultrarapide de par le globe. Après les tests, l’heure est à présent au concret. Mais les défis persistent, sur fond de guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine.

Alors que 72 opérateurs télécoms testaient les possibles de la 5G en 2018, ils ne devraient finalement être que 25 dans le monde à lancer de manière effective des services d’internet mobile ultrarapide dans le courant de cette année. En parallèle, seule une vingtaine de fabricants devraient dévoiler des appareils grand public compatibles.

Une donne qui fait dire à Deloitte que, si 2019 sera l’année au cours de laquelle la cinquième génération de standards pour la téléphonie mobile "arrive à échelle". "Nous n’en sommes qu’aux tout premiers pas en la matière", nous indique Duncan Stewart, directeur de la recherche dans le secteur des technologies, des médias et des télécommunications (TMT) pour le cabinet de consultance.

Pour s’en convaincre, l’on parle de l’arrivée d’un million d’appareils "5G-ready" sur le marché courant de l’année, quand 1,5 milliard de smartphones devraient être écoulés à travers le globe sur la même période, ressort-il des dernières prédictions de Deloitte sur le secteur des TMT.

En suspens en Belgique

Un premier pas modeste donc, mais en direction d’une ère résolument nouvelle par ailleurs. Et pour cause, technologiquement, la 5G ouvre sur une autre dimension. Offrant des vitesses entre 10 et 20 fois plus importantes que la 4G actuelle, elle offre aussi une "latence" (délai entre l’envoi d’une information et sa réception) réduite, ce qui, à terme, devrait permettre la naissance d’applications nouvelles, comme des opérations chirurgicales in situ à distance par exemple. De plus, "la durée de vie des batteries devrait devenir un moindre problème, écrit Deloitte, la 5G étant moins gourmande. Les fabricants de puces ont indiqué s’attendre à des niveaux similaires aux niveaux actuels."

25 opérateurs
Alors que la neutralité de l’équipementier chinois Huawei est remise en cause, 25 opérateurs devraient lancer des services 5G d’ici la fin de l’année.

Pour ce qui est des prix des terminaux par contre, où l’on a vu dépassée la barre des 1.000 dollars ces derniers mois, les fabricants devront déterminer s’ils souhaitent refléter le coût supérieur (de 40 à 50 dollars, selon Deloitte) des composantes à intégrer à leurs smartphones, quand peu de réseaux seront disponibles les premières années.

Autant d’éléments qui ne concernent pour l’heure pas vraiment la Belgique puisque deux dossiers majeurs, nécessaires à l’arrivée de la 5G chez nous, sont toujours en suspens, bloquant de facto toute avancée significative.

D’une part, il y a le dossier des normes d’émission bruxelloises (soumis au conseil d’État) qui doivent être revues à la hausse – elles étaient jusqu’à il y a peu encore cinquante fois plus strictes que ce que préconise l’OMS, rendant impossible tout déploiement de 5G. D’autre part, le dossier des enchères sur les bandes de fréquence (discuté ce mercredi en comité de concertation) – qui englobe aussi les conditions d’entrée d’un éventuel quatrième opérateur mobile de réseau sur le marché belge.

Sans feu vert des deux côtés, pas de 5G. C’est aussi simple que cela.

Enchères à l’italienne?

Côté opérateurs, ce dernier dossier alimente, lui, l’expectative – surtout quand on sait que ses résultats vaudront pour 20 ans. En effet, il n’est pas impossible que ce processus d’enchères débouche, vu le contexte et les enjeux, sur des tickets d’entrée exorbitants pour les opérateurs, qui doivent acquérir des parties de spectre pour fournir leurs services.

En Italie, les offres des acteurs en présence ont atteint 6 milliards d’euros, contre 2,5 initialement prévus par le gouvernement. C’est quatre fois ce qui a été atteint au Royaume-Uni et près de dix fois le montant enregistré en Espagne ou en Irlande (sur base rapportée de prix par MHz par personne).

"Une possible exclusion de fabricant pourrait gonfler la facture des opérateurs télécoms, les forçant à revoir leurs équipements."
Duncan Stewart
Directeur de la recherche chez Deloitte

En Belgique, le Trésor tablait il y a peu sur 700 millions d’euros. Un montant à revoir à la hausse? "Je ne pense pas que le phénomène italien se répétera ailleurs, s’avance Duncan Stewart. La fourchette y a peut-être été un peu haute." Il faudra donc attendre 2020 pour en avoir le cœur net.

À ce contexte s’ajoute enfin un dernier facteur (mais non des moindres) d’incertitude autour de l’avènement de la 5G: la guerre commerciale qui se déroule en ce moment entre les Etats-Unis et la Chine. Cette guerre emporte en effet dans son sillage le géant chinois des télécoms Huawei, équipementier de référence dans les infrastructures réseaux d’aujourd’hui et donc de la 5G demain.

Menacé d’exclusion, son sort est à suivre de près car, pour Duncan Steward, "une exclusion de fabricant pourrait gonfler la facture des opérateurs télécoms, les forçant à revoir leurs équipements (et non à les mettre à jour, sur la base de composants chinois déjà utilisés, par voie logicielle, comme initialement prévu, NDLR)."

En clair, Proximus et Orange, mais aussi, pour leur fournisseur ZTE, Telenet et Voo, pourraient le sentir passer. Or les dépenses d’investissement (Capex) se devaient d’être relativement stables pour le secteur par rapport à la 4G. Sans compter que "les opérateurs ont pré-chargé leurs dépenses en investissant agressivement dans des réseaux plus denses de fibre en prévision de l’arrivée de la 5G", écrit Deloitte.

Inquiétudes sur la sécurité

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