La course au rachat de VOO est bel et bien lancée

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Le timing de sortie d’Orange, pour témoigner de son intérêt d’une reprise du pôle télécoms-médias de Nethys, n’est pas anodin. Tout risque de se jouer d’ici la fin du mois d’avril. Orange, Telenet... et Stéphane Moreau sont dans la course.

Disons-le tout de go: rien n’est fait. Et même si c’était (presque) fait, personne n’est jamais à l’abri d’une surprise à Liège. Il n’empêche, pour tous les observateurs et acteurs du marché télécom belge: on n’a jamais été aussi proche de voir Nethys lâcher son activité câble et – de facto – laisser la meute se lancer à l’assaut de VOO.

Dans les faits, c’est normalement ce samedi 31 mars que l’entreprise doit remettre la note d’orientation stratégique sur la modification de son portefeuille d’actifs que lui a demandée le gouvernement wallon. Selon plusieurs sources, la première version que recevra Valérie De Bue (ministre des Pouvoirs locaux) risque d’être blanche. Le dossier est complexe et les conclusions de Nethys ne pourraient tomber qu’à la fin du mois d’avril. Mais la sortie du bois d’Orange, jeudi matin, ne fait qu’accentuer la rumeur: une vente des télécoms et des médias est envisagée.

Pourquoi? Parce que l’appel d’Orange pour un rapprochement sonne autant comme un aveu de faiblesse que comme une déclaration d’amour envers Nethys.

Retrouvez notre édito ==> Le moment de vendre

Le "tout pour le tout"

"Nous considérons que les atouts respectifs de nos deux groupes, leurs ambitions en Wallonie et leur complémentarité offrent une opportunité unique de donner naissance à un acteur majeur au sud du pays", plaident Orange Belgique et son CEO Michaël Trabbia.

"Orange Belgique est cotée à Bruxelles et on pourra argumenter d’une volonté de transparence totale. Mais franchement, quelle entreprise fait cela quand elle est candidate à un rachat? À part si elle craint d’être éconduite…", cadre un spécialiste des fusions et acquisitions.

En fait, Nethys est tout simplement encerclée. "Stéphane Moreau est aujourd’hui affaibli", rappelle un ex-candidat acquéreur, lui aussi éconduit en son temps.

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Sur les marchés financiers, depuis l’envol d’Altice (SFR Numericable) en Europe et le boom du très haut débit, le business du câble n’a jamais été valorisé aussi haut. "Jamais les communes actionnaires n’obtiendront autant d’argent qu’aujourd’hui pour leurs ‘vieux’ réseaux de cuivre historique", rappellent les uns. "Et tous les financiers confrontent les miracles réalisés par Telenet et les chiffres de VOO", soulignent les autres.

En 2017, la marge bénéficiaire de Telenet a ainsi atteint 49,7% de son chiffre d’affaires (1,2 milliard d’euros d’ebitda et 449,6 millions de profit opérationnel), là où Nethys parvient à peine à gagner de l’argent sur un périmètre d’activités quasi comparable (4 millions de clients potentiels, un bénéfice net de 4,9 millions en 2016). D’ailleurs, Telenet – qui n’a jamais caché son envie de grandir dans le triple play en Wallonie après avoir racheté le mobile de BASE et SFR à Bruxelles, et dont le patron John Porter s’amuse à rappeler qu’il dispose d’une "valise de cash" – est aujourd’hui lui aussi en embuscade. En tout ou en partie (lire page 1).

Reste les freins. La Wallonie, Liège et le management de Nethys vont-ils liquider sur l’autel de l’affaire Publifin ce que beaucoup considèrent au vu du potentiel et du créneau porteur (les réseaux de la révolution digitale, le mobile du futur avec l’arrivée in house de la 5G) comme l’un des derniers joyaux de la couronne économique de la Région? N’existe-t-il pas de meilleur scénario qu’une vente?

Pas si évident

Ce que lorgnent Orange et Telenet, c’est VOO (et ses clients). Or, VOO n’est qu’une marque commerciale cogérée par Nethys et Brutélé, qui détiennent les réseaux câblés sur lesquels est diffusée une offre triple play commune. Pour s’offrir VOO, il faudra dénouer ce sac de nœud: convaincre Nethys et Brutélé, dont la structure est éclatée entre Bruxelles et Charleroi, avec de nombreuses communes actionnaires, en pleine préparation d’élections communales.

Cela peut paraître anecdotique mais le nouveau décret wallon sur la gouvernance prévoit que le gouvernement donne son aval avant toute cession d’actif de Nethys. Il faudra donc séduire Liège… et Namur.

→ Les candidats

TELENET

La raison: s’offrir la Belgique

En 2018, Telenet compte 2 millions d’abonnés à la télévision sur le câble, 1,6 million d’abonnés internet. De plus en plus de ses clients optent pour des packs (1,18 million ont le triple play). L’opérateur malinois s’est offert Base contre 1,3 milliard début 2016 pour continuer à grandir sur le mobile (avec un total de 2,8 millions de clients fin 2017) et vient de boucler le rachat de SFR Belgique, qui lui offre la voie royale sur le "fixe" à Bruxelles. S’offrir VOO, c’est assurer sa croissance et faire lancer définitivement l’OPA sur le sud du pays.

Le meilleur argument: la logique industrielle

Telenet fournit de la télé digitale, de l’internet haut débit, de la téléphonie fixe et grandit sur la téléphonie mobile. VOO fournit de la télé digitale, de l’internet haut débit, de la téléphonie fixe et grandit sur la téléphonie mobile. Ce serait le mariage parfait… qui scellerait les premières amours. Les deux groupes collaborent sur le contenu TV, se partagent les droits du football belge, collaborent dans le développement de leurs box TV et lobbyent déjà main dans la main. Qui retrouve-t-on à la tête de VOO? Jos Donvil. Le même Jos Donvil qui a vendu Base à Telenet en 2016.

ORANGE

La raison: le fixe ou la vie

Depuis des années, Orange (ex-Mobistar) veut faire évoluer son profil d’opérateur mobile. Le marché télécom belge est dicté par les packs, et ce sont sur les services fixes (téléphonie, télévision, internet) que Telenet et Proximus font leurs profits. Grâce à l’ouverture du câble, le groupe a pu lancer son offre. Mais ses parts de marché restent anedoctiques (100.000 clients sur un potentiel de 4 millions de foyers). S’offrir VOO, c’est s’offrir le grand saut via la Wallonie…

Le meilleur argument: les Français

Orange Belgique ne peut ni compter sur la qualité des relations qu’entretient déjà Telenet avec VOO et Nethys, ni sur les synergies que peut proposer son concurrent flamand. Le meilleur argument de Michaël Trabbia, son CEO, est finalement sa maison mère: Orange. La force de frappe financière des Français, s’ils décident d’y aller, est quasi incomparable en Europe… et nombreux en Wallonie préféreraient vendre à nos voisins qu’aux cow-boys américano-flamands de Telenet. Question d’image…

UN FONDS?

La raison: faire le jackpot

Les chiffres font tourner la tête. Pour beaucoup d’experts, VOO a un potentiel de croissance absolu. Ses effectifs sont fournis. "Il y a du gras", comme aiment ricaner les vautours. Longtemps, l’entreprise a été gérée sans regarder aux dépenses, sous le régime du "je fais un euro de bénéfice, je suis heureux." Tous regardent les marges que Telenet affichent sur le même business. Aujourd’hui, VOO prépare son avenir avec un partenariat avec ZTE qui pourrait lui ouvrir la voie à la 5G. Clairement, il y a un jackpot à faire.

 Le meilleur argument: la neutralité

Difficile pour un acteur comme Nethys-Brutélé de vivre aujourd’hui isolé sur un marché télécom européen qui se consolide. Incapable d’acquérir… VOO pour grandir, Altice en a fait l’expérience pour finalement décider de vendre son réseau belge devenu trop rikiki (SFR). Quid de l’emploi? Du contenu? Des investissements? À moins de jouer la neutralité entre la Flandre et la France… et d’arriver avec un beau projet construit dans son chapeau.

 

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