La plateforme Pickx de Proximus crispe les chaînes de télévision

©Romain Thiry

Elles y dénoncent l’utilisation que fait l’opérateur telco de leurs contenus sur sa nouvelle plateforme Pickx. Elles demandent à Proximus de s’engager dans un rôle de partenaire et de négocier les autorisations nécessaires avec chaque diffuseur sur une base individuelle.

Lancée jeudi lors d’un show qui n’avait pas grand-chose à envier aux keynotes de la Silicon Valley, Pickx, la nouvelle plateforme multi-écrans de Proximus , suscite de sérieuses réserves de la part de ceux qui doivent en grande partie l’alimenter: les chaînes de télévision.

Dans un courrier musclé adressé à l’administratrice déléguée de Proximus, Dominique Leroy, et dont L’Echo a pu prendre connaissance, les patrons des quatre plus grands diffuseurs du pays – RTL, RTBF, VRT et DPG Media (VTM) – dénoncent "le projet abusif et déloyal de Proximus effectué en l’absence totale d’accord et d’autorisation de ses premiers fournisseurs de contenus".

Ce contre quoi ils s’insurgent, c’est l’opération de com’ de Proximus. Lors de réunions préalables, les diffuseurs avaient en effet exprimé leurs objections concernant la nouvelle interface et la nouvelle plateforme Pickx, notamment l’absence d’autorisation de leur part pour le déploiement de ces nouveaux services.

Selon eux, Proximus avait noté ces protestations, promis de réévaluer sa position et de mentionner le défaut d’autorisation lors de sa conférence de presse. Or cette absence d’autorisation n’a pas été exprimée lors de cette grand-messe.

"Proximus s’arroge le droit de découper nos chaînes comme bon lui semble sans notre accord."
un diffuseur

Intégrité du contenu

Les signataires disent comprendre la démarche stratégique de Proximus visant à adapter son offre télévisuelle aux évolutions que traverse le secteur audiovisuel. Mais ils indiquent avoir tous, individuellement, et à maintes reprises ces dernières semaines, fait part au câblo-opérateur de leurs nombreux doutes quant au respect de leurs droits dans le cadre de la plateforme Pickx.

Est notamment évoqué le respect de l’intégrité du contenu des diffuseurs. Interrogé, un dirigeant de l’un d’entre eux nous explique ainsi qu’en Flandre un décret impose aux câblodistributeurs de reprendre le signal tel quel, sans l’altérer. Faute de quoi, il faut l’autorisation du diffuseur. Or en organisant ces contenus sur sa plateforme en fonction des préférences des clients, Proximus porte atteinte à ce principe d’intégrité.

"L’ensemble du secteur est soumis à d’importants bouleversements et chaque opérateur se doit de composer avec les mêmes concurrents globaux que sont les Gafan (Google, Amazon, Facebook, Apple, Netflix), écrivent les signataires. Il est dans l’intérêt de toutes les parties, diffuseurs et câblo-opérateurs, de trouver un partenariat équilibré pour conserver et garantir la durabilité du secteur audiovisuel dans le nord et le sud du pays."

Or, ajoutent-ils, "l’initiative de Proximus, sans le moindre accord avec les diffuseurs, constitue, tant sur la forme que sur le fond, une menace réelle pour l’écosystème audiovisuel local et sa capacité à relever efficacement et sereinement les défis auxquels il est, dans sa globalité, tenu de faire face (...)."

Revenus publicitaires en danger

"Proximus s’arroge le droit de découper nos chaînes comme bon lui semble sans notre accord. Il segmente ainsi en toute illégalité une offre linéaire en une offre non linéaire, à la demande", déplore ainsi un autre diffuseur, reprochant en filigrane à l’opérateur national de se servir du contenu des chaînes pour servir d’appât à ceux, payants, de Proximus. Selon lui, Proximus encourage ainsi la consommation non linéaire, mettant à mal les revenus publicitaires des chaînes, et concurrence leurs propres plateformes en ligne Auvio (RTBF), RTLPlay (RTL), etc.

Les chaînes de télévision demandent donc à Proximus de s’engager dans un vrai rôle de partenaire et de négocier les autorisations nécessaires avec chaque radiodiffuseur sur base individuelle. À défaut, ils entreprendront, disent-ils, "toutes les actions nécessaires pour faire respecter leurs droits et intérêts par voie judiciaire et/ou par voie législative/politique".

Contacté, Proximus se disait dans l’incapacité de réagir faute d’avoir reçu le courrier. Celui-ci a pourtant été envoyé par mail vendredi après-midi à sa CEO.

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