Le flamand Cegeka veut participer aux enchères pour la 5G

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Le prestataire de services informatiques limbourgeois Cegeka se lance dans la bataille de l’internet ultrarapide. Une annonce qui accroît la pression sur le monde politique qui est invité à aboutir à une solution le plus rapidement possible.

Le prestataire de services informatiques limbourgeois Cegeka a l’intention de concourir pour les radiofréquences de la 5G, l’internet mobile ultrarapide. Cegeka veut constituer à cette fin un consortium en vue d’investir dans les fréquences avec d’autres partenaires. Des négociations sont en cours à ce sujet, a confirmé à la rédaction le patron de Cegeka, Stijn Bijnens. Les opérateurs concernés ne se sont pas dévoilés.

L’opérateur informatique abat ses cartes maintenant, alors que les enchères pour la 5G menacent d’être retardées en raison de bisbilles politiques. Les pouvoirs publics ne s’entendent pas en effet sur la répartition du montant qui sera récolté lors des enchères. Cegeka n’envisage pas de poser son propre réseau ou de placer des pylônes avec antennes, souligne Stijn Bijnens. Il laisse ce soin aux autres opérateurs au sein du consortium. "La 5G est un moteur de croissance important pour nous. Le jeu politique autour de la 5G est hallucinant."

Stijn Bijnens voit notamment des possibilités dans la surveillance du trafic urbain ou dans le suivi du bétail dans le secteur agricole à l’aide de capteurs. La 5G peut aider à suivre en temps réel les données générées par les capteurs, grâce à une connexion rapide et fiable. Il fait remarquer que si Cegeka ne peut pas développer une expertise sur son marché domestique, il menace de perdre des marchés également à l’étranger.

L’annonce de Cegeka accroît la pression sur le monde politique qui est invité à aboutir à une solution le plus rapidement possible. L’Europe demande que notre pays mette aux enchères le spectre 5G d’ici la fin juin de l’année prochaine. Vu l’impasse politique, les élections imminentes et les longues négociations gouvernementales qui s’annoncent, cette échéance pourrait ne pas être respectée.

nouveau standard

Qu’est-ce que la 5G?

La 5G est la nouvelle génération de l’internet mobile, dont le débit peut être 200 fois plus rapide que la norme précédente, la 4G. La 5G peut atteindre des vitesses culminant à 20 Gops (giga-octets par seconde) alors que la 4G ne dépasse pas généralement 100 Mops (mégaoctets par seconde). Mais, selon les premières estimations, le nouveau standard augmente aussi la fiabilité du réseau. Il réduit, par exemple, le risque de "latence", c’est-à-dire l’éventualité d’un réseau fonctionnant au ralenti. L’élimination de ces écueils est tout bénéfice pour le consommateur (qui pourra ainsi télécharger plus rapidement son film YouTube) mais également pour les entreprises. Mais ils attendront que les pouvoirs publics s’entendent…

Dissensions politiques

La semaine passée, les différentes parties prenantes, à savoir les ministres du gouvernement fédéral et des gouvernements des Communautés et Régions, n’étaient pas parvenues à un accord quant au devenir du dossier des enchères sur les bandes de fréquence. Une donne qui reporte donc de facto le sort de la 5G à après les élections – le Parlement n’étant plus en mesure d’avaliser le dossier avant la fin de la législature, mais aussi, dans le même temps, le sort de l’arrivée d’un éventuel 4e opérateur mobile de réseau dans le pays, comme en a décidé le gouvernement fédéral à la mi-année dernière.

Ce qui a bloqué et amené à cette situation? Des dissensions marquées de la part de la N-VA concernant la clé de répartition (de 80/20) des revenus des dites enchères entre Fédéral et Régions, ce qui "suggère une volonté de régionaliser les télécoms", a estimé un observateur. Ben Weyts, ministre flamand de la Mobilité, a d’ailleurs été clair sur ce point: "Ce pays connaît assez de transferts, avec toujours le même donneur." Le parti verrait plutôt un 50/50. Tout cela, notamment, autour des 679 millions d’euros attendus par le Trésor dans le cas des licences 5G. Minimum, car les offres ont par exemple récemment explosé les prévisions du gouvernement en Italie lors d’un exercice similaire.

Philippe De Backer (Open Vld), ministre des Télécoms, s’est dit "déçu" d’une situation "bloquée pour une question de centimes. C’est ne vraiment pas comprendre l’importance de la 5G (qui doit accélérer la vitesse, améliorer l’expérience, mais aussi va aussi déboucher sur pléthore de nouvelles applications, de la voiture autonome aux villes intelligentes, NDLR)". Pour lui, cette question de clé de répartition pourrait attendre le prochain gouvernement, quand les enchères se dérouleraient tout de même, histoire d’avancer.

Le profil

Cegeka

  • Activité. Fournir des services informatiques et de l’espace de data centers.
  • Chiffre d’affaires. 520 millions d’euros (2018, +18%).
  • Ebitda. 55 millions d’euros (2018, +25%).
  • Actionnariat. André Knaepen (76%), GIMV (23,6 %), LRM (4,4%).

Côté fédérations, les réactions négatives n’ont pas manqué non plus. "Nous regrettons que des désaccords politiques reportent cette mise aux enchères, a souligné un responsable de la FEB. Il faut éviter de prendre du retard sur un dossier aussi crucial que la 5G." Un point sur lequel Agoria, fédération de l’industrie technologique (comprenant les opérateurs télécoms), abonde. "Notre pays risque de rater le train international de l’innovation lié au très haut débit", a déclaré Marc Lambotte, CEO.

 

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