Proximus enterre l'idée de faire de l'argent avec vos données

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Lancé en mars 2017 par l’opérateur historique Proximus, "My Apps Space" est remis au placard après une phase de test de six mois. Le sponsoring du data par le privé est mis en pause.

De fortes réserves. C’est la position qu’a communiquée en milieu de semaine l’Institut belge des services postaux télécommunications (IBPT) suite à une question de la députée fédérale Gwenaëlle Grovonius (PS) en Commission infrastructure à la Chambre.

Retrouvez notre édito: Gaga de data

La représentante a en effet profité de l’audition du régulateur, dont le conseil était complet en vue de présenter son rapport annuel, pour pointer un mystérieux projet pilote de Proximus : "My Apps Space". "Avez-vous clarifié votre position dans ce dossier? Si oui, pouvez-vous nous en faire part", a interrogé la parlementaire depuis les bancs de la Commission.

Réponse côté IBPT? "Nous avons exprimé de fortes réserves par rapport à cette pratique qui, j’ai cru comprendre, va être arrêtée", a évoqué Axel Desmedt, membre du conseil de l’IBPT en charge du marché télécoms. Et arrêt ou pas, "nous commençons à définir une ligne rouge" sur le sujet, a-t-il d’emblée ajouté avant de préciser que l’institut ne peut réaliser en l’état qu’un contrôle "ex post" du fait que les opérateurs ne sont pas obligés de notifier ce type d’offres en amont. "Ce n’est donc que par une discussion proactive que l’on arrive à identifier ce genre de problème."

"Le but était d’estimer la demande, tant du côté des annonceurs que des utilisateurs."
Porte-parole de Proximus

Mais de quoi s’agit-il concrètement? En bref, l’opérateur historique a lancé fin mars "pour une durée de six mois", nous dit-on, un service devant étudier la possibilité pour des entreprises de "sponsoriser les données mobiles" des clients de Proximus, soit payer pour que les données utilisées au sein de certaines applications spécifiques mises en avant par l’opérateur ne soient pas comptabilisées dans les forfaits mensuels des abonnés. Une idée a priori alléchante qui a attiré des partenaires tels que Delhaize, BNP Paribas Fortis, StepStone, ING, Luminus, ou encore la Stib, glisse l’opérateur.

"Le but de ce pilote était de voir s’il y avait une demande dans le marché tant au niveau des annonceurs que des utilisateurs", commente Haroun Fenaux, porte-parole. Pour quels résultats? Nous n’en saurons pas plus. "Les résultats de ce test ne sont pas communiqués", nous a-t-on rétorqué.

Pas moyen, donc, de savoir si la phase de test a été concluante ou non (et selon quels objectifs), ou si des programmes similaires sont envisageables à l’avenir pour l’entreprise. Ni même de ce que cela lui a rapporté. La communication est cadenacée. Seul autre élément concédé: les arrivées prochaines du règlement sur la protection des données (GDPR) prévu pour mai, ainsi que de la nouvelle réglementation sur les communications électroniques, dite e-Privacy, "ne sont pas la raison de l’arrêt".

Interrogation du régulateur

Il fallait donc chercher ailleurs… Dans son rapport annuel sur la surveillance exercée sur la neutralité de l’internet en Belgique publié fin juin, l’IBPT donne pour sa part plus de détails sur ce fameux "My Apps Space". Il doit "garantir à la marque de l’annonceur davantage d’installations de son application ainsi qu’un taux d’utilisation accru", un service ouvert "à tous les sponsors" et initialement lancé uniquement sous Android quand une version iOS devait suivre "dans six mois" d’après Proximus.

"Nous avons exprimé de fortes réserves par rapport à cette pratique qui, j’ai cru comprendre, va être arrêtée."
Axel Desmedt
membre du conseil de l'IBPT

A l’époque, après avoir découvert le projet, le régulateur a "directement pris contact" avec l’opérateur dans le but d’obtenir des informations confidentielles au sujet du nombre de clients invités à utiliser le service et de ceux ayant donné suite à cette invitation, ainsi que du nombre d’applications téléchargées. L’objectif? Pouvoir statuer.

Sur base des éléments récoltés dont nous n’avons pu prendre connaissance de la teneur, l’institut a demandé à ce que l’opérateur l’informe "à temps de modifications majeures prévues par le projet pilote, telles que la modification des apps participants" ou "la décision de déploiement commercial". Et ce durant "les mois prochains à partir du 30 avril".

Bataille des données

Depuis lors, force est de constater que l’heure a été réglée sur un relatif silence radio. C’est que le sujet est sensible. Interrogée, la concurrence se défend d’avoir recours à de telles pratiques en ce qui la concerne. Chez Telenet, "nous ne vendons pas du tout de données, sous aucune forme que ce soit", signale Bart Cobbaert, responsable du ciblage publicitaire. "Une autre approche". Ce qui ne veut pas dire pour autant que rien n’en est fait. Le data récoltée sur les utilisateurs est mise à profit en télé pour proposer des écrans publicitaires adaptés au public, ce qu’Orange dit "ne pas faire" pour sa part, alors que Proximus bien.

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