Qui est le quatrième opérateur mobile qui négocie son arrivée en Belgique?

Xavier Niel discutant avec la CEO de Proximus Dominique Leroy ©Tim Dirven

La crainte pour Proximus et consorts? Qu'il s'agisse de l'opérateur français Free.

Coup de tonnerre mercredi dans le secteur des télécoms. Alexander De Croo, ministre fédéral compétent en la matière, a décidé d’allumer la mèche en début de journée en balançant au grand jour l’idée d’ouvrir le marché à un quatrième acteur dans le mobile, contre trois opérateurs (Proximus, Telenet et Orange) disposant de leur propre réseau actuellement.

"Un opérateur a montré un intérêt clair pour devenir le quatrième acteur mobile."
Michaël Van Bellinghen Président de l’IBPT

Les réactions ne se sont pas fait attendre. "L’on risque un effet de distorsion du marché qui entraînerait un ralentissement des investissements en infrastructure et en innovation et qui aurait inévitablement un impact sur l’emploi", dit-on chez Proximus. Or, "si ces investissements doivent être réduits, c’est au final le consommateur qui en sera victime, car la haute qualité des réseaux en Belgique sera détériorée", ajoute-t-on chez Telenet. Un avis partagé par Orange Belgium pour qui un quatrième acteur dans le mobile n’est "pas une nécessité. Il y a assez de concurrence sur le marché". Bref, ouvrir la porte à un nouvel acteur serait une "source d’incertitude et de discrimination", résume Agoria, la fédération des entreprises technologiques.

Une tension palpable comme on n’était plus habitué à la sentir dans le secteur. Et pour cause, en coulisse, un intéressé étranger est venu frapper à la porte, présentant un dossier on ne peut plus concret en ce sens à l’occasion d’une consultation sur l’avenir du spectre, lancée par le régulateur (IBPT). Ce que nous confirme la partie concernée, via son président, Michel Van Bellinghen, qui nous glisse qu’"un opérateur a montré un intérêt clair pour devenir le quatrième acteur potentiel" dans le mobile, élément qui "aurait dû rester dans l’anonymat". Pour sa part, le ministre De Croo, rencontré dans la journée, confie que le dossier circule "depuis deux ans" dans les bureaux des instances compétentes.

"On risque un effet de distorsion du marché qui aurait inévitablement un impact sur l'emploi."
Proximus

Se pose donc une question: Qui? Qui donc serait prêt à venir s’empêtrer dans le jeu mobile belge, se devant d’investir des millions, alors que les trois opérateurs en présence peinent déjà à installer de nouvelles antennes? Et que Proximus, par exemple, n’a pu déployer de test grandeur nature en extérieur de 5G à Bruxelles pour cause de normes d’émission trop strictes. Un acteur chinois? Après tout, les entreprises de l’empire du Milieu disposent de capitaux, de la volonté, et de la possibilité de s’engager sur le long terme. "Cela ne me dit rien", balaie Alexander De Croo. Qui alors? Un acteur européen? "Le régulateur dit effectivement avoir reçu une marque d’intérêt d’un acteur européen", finit-il par lâcher. Nous n’en saurons pas plus. Ni le ministre, ni l’IBPT ne veulent s’avancer.

Alors, on peut s’essayer aux jeux des devinettes. Pourquoi ne pas imaginer l’arrivée d’un Telia, d’un Telenor, d’un Three (appellation commerciale de Hutchison), voire même d’un Tele2 – qui avait jeté l’éponge en Belgique en 2006. Pourquoi pas.

Mais une autre piste crédible (et la plus effrayante peut-être pour les opérateurs) serait celle de l’arrivée de l’opérateur français Free, connu pour avoir cassé les prix outre-Quiévrain. Après tout, sa maison mère, le groupe français Iliad, a bien lancé fin mai une vaste conquête de l’Italie avec une offre mobile particulièrement attractive. Il a même investi l’Irlande, fin décembre dernier, en prenant le contrôle d’Eir, l’opérateur historique du pays. Et ce, sans compter une offre (infructueuse) de rachat de T-Mobile aux États-Unis en 2014.

De plus, Xavier Niel, son fondateur, nous confiait en octobre dernier, lors d’une visite de son campus géant pour start-ups à Paris, qu’à l’époque du rachat de Base (finalisé début 2016 par Telenet), il avait effectivement vu passer le dossier sur son bureau, avant d’abandonner l’idée, constatant ne pas être le candidat favori de KPN, propriétaire d’alors de l’opérateur. Le sens historique des choses semble donc aller vers l’internationalisation pour le troublion français, même si les situations étaient différentes. Contacté sur un intérêt belge, Iliad dit se refuser à tout commentaire.

Timing particulièrement opportun

Et pourtant, force est de constater que le timing est particulièrement opportun pour un changement sur le marché. Le ministre a en effet décidé de sortir du bois à la veille du renouvellement des licences mobiles. Expirant en 2021, elles feront l’objet d’enchères en 2019, après un vote au sujet de leur valorisation au Parlement.

L’enjeu du dossier est double: un, savoir si une ouverture sera bel et bien consentie à un quatrième acteur potentiel, ce qui limiterait la partie du spectre disponible pour les trois opérateurs mobiles actifs en présence que sont Proximus, Orange et Telenet. Deux, déterminer qui obtiendra l’exploitation de la fréquence qui doit permettre le déploiement de la 5G à terme. Ce qui fait dire au ministre que "c’est le moment ou jamais pour un quatrième acteur d’émerger sur le marché belge".

Mais ce n’est pas tout. Côté fixe (internet et TV), le momentum est tout aussi important. Le régulateur doit en effet trancher fin du mois sur les remèdes à apporter à un marché jugé trop peu concurrentiel, et ce, après une long travail d’analyse avalisé fin mai par la Commission européenne.

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