analyse

Telenet veut lancer un Netflix flamand, qu'en est-il d'un Netflix francophone?

En parallèle des résultats annuels du groupe, John Porter, le CEO de Telenet, a présenté le projet de l'opérateur de créer une plateforme de streaming.

Dans la foulée de ses résultats annuels, l’opérateur flamand a annoncé ce mercredi la création d’une joint-venture avec DPG Media. La nouvelle structure a pour ambition de créer une plateforme de diffusion de contenus en streaming.

"Nous avons rempli les objectifs que nous nous étions fixés pour l’année 2019." Sans être vraiment euphorique, John Porter, le patron de Telenet, semblait satisfait de l’année écoulée, à l’heure de faire le bilan financier annuel. Si le chiffre d’affaires et l’ebitda ajustés sont en légère hausse, ils enregistrent respectivement des baisses de 1,2% et 1,7% sur base remaniée (en reprenant les produits et ebitda ajustés de Nextel et Vijver Media, avant leur acquisition).

Les chiffres étaient attendus et sont même relativement meilleurs que ceux anticipés par le groupe. 2019 aura aussi été marqué par la fin de trois années d’investissements lourds sur le réseau. Telenet sort donc de l’année écoulée avec un cash-flow opérationnel en hausse, de près de 18% sur base remaniée. L’importante arrivée de trésorerie d'environ 400 millions d’euros sera utilisée, d’une part, pour la distribution d’un dividende complémentaire de 1,30 euro par action (qui vient s’ajouter au 57 cents par action déjà distribué en décembre dernier). D’autre part, Telenet prévoit une opération de rachat d’actifs à hauteur de 55 millions d’euros.

55
millions d'euros
Telenet prévoit une opération de rachat d'actifs de 55 millions d'euros

Bien qu’attendue par les analystes et les investisseurs, l’annonce des résultats ne fut toutefois pas l’information la plus retentissante du groupe flamand lors de sa sortie médiatique de ce mercredi. L’entreprise a profité de l’occasion pour annoncer le lancement dans les mois à venir d’une nouvelle plateforme de streaming belgo-belge. Si les détails concrets sont encore plutôt flous, Telenet a toutefois précisé qu’il ne comptait pas se lancer seul dans l’aventure. Une joint-venture détenue à parts égales avec la société DPG Media est prévue.

Le choix du partenaire de Telenet est évidemment stratégique. La société de la famille Van Thillo est une spécialiste du monde des médias. L’entreprise est notamment derrière les chaînes de télévision VTM et Q2 et productrice régulière de contenus. La plateforme qui n’a pas encore de nom officiel (mais déjà surnommée le "Netflix flamand") vise "à répondre le mieux possible à l'évolution des habitudes de visionnement et à proposer une alternative locale dans le monde des services de streaming".

Telenet ne part pas de rien

Face à la place toujours plus grande que prennent les géants du streaming, Telenet a donc décidé de se lancer sur un marché particulièrement concurrentiel. Interrogé sur les exemples de succès de plateformes locales, le patron du groupe, John Porter, n’avait d’ailleurs pas vraiment d’exemples à donner. "Mais à la différence des tentatives ratées, comme ce fut le cas en Allemagne, nous ne partons pas de rien", explique John Porter. "En regroupant les contenus de DPG Media (avec notamment des fictions flamandes) et les contenus locaux et internationaux de Telenet (avec entre autres SBS/Woestijnvis/Play), nous obtenons une offre unique pour le spectateur", précise encore le groupe.

"A la différence des tentatives ratées, comme ce fut le cas en Allemagne, nous ne partons pas de rien."
John Porter
CEO de Telenet

Pour le moment, aucune précision sur les montants investis ni sur les contenus qui seront disponibles n’ont été communiqués. L’opérateur précise toutefois que la plateforme bénéficiera des contenus internationaux dont dispose déjà Telenet, notamment grâce à son accord avec le géant américain de la production HBO (Games of Thrones, The Sopranos,…). La plateforme sera accessible via Telenet mais l’ambition est aussi de réaliser une application indépendante de l’opérateur et directement accessible sur n’importe quel support.

Les tarifs qui seront proposés sont également encore inconnus mais un service d’abonnement avec deux types d’offres est envisagé. Telenet précise également être ouvert à des collaborations avec d’autres acteurs du marché. La VRT pourrait ainsi être invitée à rejoindre le mouvement. D’autres opérateurs pourraient également s’associer au projet. Contacté, Proximus salue l’initiative lancée par son concurrent.

"Nous avons toujours été en faveur d’initiatives permettant de mettre en avant l’écosystème local", précise le groupe qui ne serait donc pas contre l’idée d’une collaboration avec son concurrent. "La promotion des productions locales doit se faire avec tous les acteurs belges", précise Proximus.

Un Netflix francophone? 

Quid alors au sud du pays? Alors qu’en France chaînes publiques (France Télévisions) et privées (TF1, M6) vont lancer début juin Salto, plateforme de contenus destinée à contrer Netflix, qu’en Grande-Bretagne les frères ennemis que sont la BBC et ITV ont lancé fin 2019 la BritBox et que la Flandre semble emboîter le pas, voir émerger un "Netflix francophone belge" paraît plus aléatoire à court terme.

"Notre ambition est de faire d’Auvio la plateforme des Belges francophones, l’offre locale de référence complémentaire aux plateformes globales."
Jean-Paul Philippot

Pourtant en 2018, Jean-Paul Philippot, patron de la RTBF, estimait l’initiative française intéressante. Interrogé en août 2019 sur la question, il nous confiait cependant ceci: "Le CEO de RTL (Philippe Delusinne, NDLR) estimait à l’époque que le projet était inimaginable, aujourd’hui il vient dire le contraire." De fait, Philippe Delusinne est désormais lui aussi partisan d’un "Salto belge": "Nous voulons être un fer de lance de l’industrie dans un marché qui doit se protéger des menaces extérieures. Cela passe par des accords avec d’autres même si on a de grands antagonismes, comme avec la RTBF", nous expliquait-il à l’occasion de la rentrée de RTL.

Qu’est-ce qui bloque, alors? D’abord, il est de notoriété publique que les deux hommes ne s’entendent guère. Ensuite, les deux groupes ont développé chacun de leur côté leur propre plateforme de vidéo gratuite: Auvio à la RTBF et RTL Play chez RTL. Auvio est de moins en moins une simple plateforme de rediffusion des programmes des chaînes de la RTBF mais propose de plus en plus de contenus propres, comme des séries inédites, du sport, etc. Et puis elle s’ouvre à des partenaires extérieurs. Les chaînes du groupe AB y sont désormais disponibles tout comme des contenus d’Arte. La RTBF négocie en outre avec Uncut pour intégrer sur Auvio cette plateforme de vidéo à la demande dédiée au cinéma d’auteur.

Lors de son audition au CSA en janvier dans le cadre du renouvellement de son mandat, Jean-Paul Philippot n'a toutefois pas n’exclu d’ouvrir le capital d’Auvio à des acteurs privés pour en faire une filiale indépendante. Les statuts de la RTBF ne l’empêchent pas. De là à voir RTL entrer au capital…

Cela lui permettrait en tout cas de proposer du contenu payant, comme Uncut. Le patron de la RTBF n’a pas de tabou. "Notre ambition est de faire d’Auvio la plateforme des Belges francophones, l’offre locale de référence complémentaire aux plateformes globales. Cela implique de s’ouvrir à des contenus tiers, publics comme privés, potentiellement différents en termes de ligne éditoriale mais toujours compatibles avec nos valeurs."

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