Tessares assurera aux clients Proximus la meilleure connexion Internet disponible

©France Dubois

Proximus rentre au capital d’une spin-off de l’UCL qui doit lui permettre d’améliorer les débits offerts aux utilisateurs, sans toucher aux infrastructures.

Disposer en permanence de la meilleure connexion internet possible: une exigence toujours plus stricte des utilisateurs, et un défi solide à relever pour les opérateurs.

Pour se faciliter la tâche sans multiplier les investissements, le groupe Proximus a décidé de miser sur Tessares, une spin-off de l’UCL qui permet d’agréger plusieurs types de connexion pour maintenir un débit élevé. En clair, si votre connexion internet fixe venait à faiblir, le logiciel de Tessares, intégré dans la box, fera automatiquement passer une partie du flux de données via du haut débit mobile, 3G ou 4G par exemple.

Pour l’utilisateur, rien ne changera donc, la box sera mise à jour à distance et sans doute équipée d’une petite clé lui permettant d’accéder au réseau mobile.

Conscient du potentiel de la technologie, Proximus a décidé, en même temps que le fonds VIVES II, bras financier de l’UCL, d’investir "plusieurs millions d’euros" dans le projet.

La solution de Tessares permet à un modem d’automatiquement choisir la meilleure connexion internet, fixe ou mobile.

La spin-off de l’UCL bénéficie d’une injection de plusieurs millions d’euros et co-développera sa solution avec l’opérateur.

Très prometteuse pour le secteur, la solution devrait être vendue aux opérateurs partout dans le monde.

Elle se base sur une extension du protocole TCP/IP, la base d’Internet.

Le soutien ne sera toutefois pas uniquement financier puisque l’équipe de Tessares co-développera sa solution avec des équipes de Proximus. "Environ 20 personnes sont mobilisées chez Proximus pour faire passer la technologie du prototype fonctionnel à un produit commercialisable à l’échelon industriel", explique Patrick Delcoigne, Directeur des réseaux fixes chez Proximus.

"Le fait de lancer une spin-off directement avec un partenaire industriel est une nouveauté et nous semble un excellent moyen de prétendre directement à des marchés internationaux", explique Philippe Durieux, CEO de VIVES II et de la Sopartec, la société de valorisation des technologies développées à l’UCL.

À noter que cette spin-off est exactement la 70e à sortir du giron de la Sopartec.

Une innovation d’envergure

"À terme, notre solution sera vendue sous forme de licences à différents opérateurs un peu partout dans le monde", explique Denis Periquet, cofondateur et CEO de la spin-off.

Il faut dire que cette possibilité d’assurer le débit via plusieurs canaux est particulièrement intéressante pour les opérateurs, dans les zones rurales par exemple. Si des clients habitent particulièrement loin d’une borne d’accès et que leur débit est donc plus faible, la solution de Tessares permet à l’opérateur de renforcer le débit via le réseau mobile, moins coûteux à mettre en place qu’une extension des lignes fixes. "L’atout de notre solution face à d’autres qui existent déjà sur le marché, c’est que notre protocole ne se soucie aucunement des canaux de diffusion des données: cela peut être du VDSL, du câble, de la 3G ou des technologies plus exotiques, la distribution des paquets de données fonctionnera toujours", ajoute Denis Periquet.

50 mbps
Un premier test a permis à Tessares d’assurer un débit de 50 mégabits par seconde en distribuant la connexion entre internet fixe et internet mobile.

Surtout, la redistribution est dynamique et s’adapte dès qu’elle détecte que l’un des canaux a faibli ou ne fonctionne plus. "Cela permet donc d’assurer un meilleur débit mais aussi des connexions plus stables, voire une solution de repli en cas de problème sur le réseau mobile ou fixe", explique Denis Periquet, qui a rejoint le projet il y a près d’un an, après plusieurs expériences chez des équipementiers, notamment.

Tessares trouve son origine dans un projet de recherche international, financé par l’Europe, et sur lequel l’Université catholique de Louvain a rapidement pris le lead dès 2009 grâce à un premier prototype fonctionnel développé par le docteur Sébastien Barré, troisième co-fondateur et co-directeur technologique de la spin-off. La recherche a été menée au sein du laboratoire du professeur Bonaventure, particulièrement impliqué dans le projet, qu'il a contribué à dessiner et dont il est cofondateur. Tessares a ensuite bénéficié de deux programmes d’aides de la Région wallonne, First Spin-off, et POC, qui ont permis à l’équipe de développer ses premiers prototypes.

"Jusque maintenant, les groupes qui ont travaillé sur cette problématique ont souvent eu recours à des protocoles d’échange tout à fait nouveaux, ce qui est extrêmement difficile à déployer dans le marché", explique Grégory Detal, cofondateur et co-directeur technologique de Tessares. "De notre côté, nous sommes partis du protocole TCP-IP, qui représente 90% des échanges sur internet et existe depuis plus de 40 ans, pour lequel nous avons développé une extension, le MultiPath TCP IP".

Peut-on pour autant parler d’une véritable révolution technologique? "Disons qu’en 40 ans, cinq extensions viables du protocole TCP IP se sont frayé un chemin jusqu’au marché" ajoute dans un sourire le docteur. "À terme, ce protocole pourrait également permettre de mieux sécuriser les échanges de données en ce qu’il rend plus complexe l’interception des paquets de data", ajoute Grégory Detal.

Des ambitions mondiales

À noter que Tessares ne développe donc pas uniquement un logiciel, mais un nouveau standard, qui pourrait être utilisé par l’ensemble de l’industrie télécom.

L’idée d’en faire une spin-off émerge en 2012 et les premiers tests sont déjà effectués en collaboration avec Proximus, qui montre beaucoup d’enthousiasme pour la solution. "Le premier intérêt pour nous, c’est de pouvoir améliorer notre service sans toucher aux infrastructures", explique Patrick Delcoigne.

Proximus entend par ailleurs pousser progressivement la solution auprès de ses partenaires, "que ce soit nos partenaires télécoms, les fabricants de modems jusqu’aux entreprises qui fabriquent les cartes et processeurs". "Nous avons clairement intérêt à ce que le protocole soit intégré le plus profondément possible dans les terminaux, pour gagner en vitesse", ajoute Denis Periquet. La solution sera donc proposée à d’autres opérateurs télécom, avec une préférence certaine pour des acteurs non-belges, même s’il n’est pas officiellement question d’exclusives.

[Suivez Younes Al Bouchouari sur Twitter en cliquant ici]

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