À la Pyrrhus

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Dominique Leroy a signé une transaction pénale avec le parquet

Tout ça pour ça. Pour un gain de 6.000 euros, Dominique Leroy a donc perdu son poste de CEO chez KPN et a fini par accepter de payer près de 20 fois plus la somme empochée pour en finir avec cette expérience judiciaire bien pénible pour elle.

Que tirer comme expérience de cette séquence rarissime en Belgique, qui voit la patronne d'une de ses entreprises emblématiques composer pour éviter le procès? Il sera ici question de messages.

Le premier message: la justice est allée vite et a voulu le faire savoir. Alors que la justice pénale financière traîne sa misère depuis des décennies, voici qu'en un temps record - 10 mois! - le parquet de Bruxelles a obtenu un résultat probant, en contraignant Dominique Leroy à une amende maximale.

Le second message sera entendu des chefs d'entreprise: il y aura un avant et un après Leroy. Un grand patron réfléchira deux fois avant de vendre ses propres actions.

Le troisième message est à destination des autorités politiques. En choisissant délibérément la voie de la transaction plutôt que celle du procès, le parquet a pris le parti du pragmatisme. Et montré les limites de l'exercice judiciaire contemporain.

Si la justice veut faire de la transaction Leroy un symbole, ce doit aussi être celui d'une ambition renouvelée.

Il était en effet hautement probable qu'une procédure longue aurait laissé les lutteurs exsangues. Et le parquet, qui risquait d'attendre des années pour une peine minime, voire une prescription, et Dominique Leroy, qui aurait laissé des plumes dans le combat. Va pour une centaine de milliers d'euros dans les caisses de l'Etat, donc.

En acceptant cette victoire à la Pyrrhus, en décidant délibérément de contourner ses propres tribunaux, le parquet, en creux, s'adresse au monde politique pour lui demander de tenir ses promesses. Durant la campagne électorale, la plupart des partis avaient appelé à réévaluer la justice pénale financière et à lui donner les moyens d'agir.

Car, pour une Dominique Leroy épinglée, combien d'enquêtes de fond qui pataugent, de dossiers mammouth qui s'achèvent mal, combien de peines faiblardes à cause d'une échelle des peines inégale? Si la justice veut faire de la transaction Leroy un symbole, ce doit aussi être celui d'une ambition renouvelée dans la volonté d'aboutir dans des dossiers plus complexes.

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