Boris Johnson donne son feu vert à une participation limitée de Huawei à la 5G

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Boris Johnson a résisté aux pressions américaines. Le Premier ministre britannique confirme que la firme chinoise sera un partenaire majeur dans le déploiement de la 5G. C’est un nouveau camouflet spectaculaire pour Donald Trump.

La décision prise mardi à l’issue du Conseil national de sécurité britannique n’a surpris personne. Au premier semestre 2019, la précédente Première ministre britannique, Theresa May, avait déjà signifié ses faveurs à la signature d’un contrat avec Huawei pour le déploiement de la 5G.

L’an dernier, la France, l’Allemagne et la Belgique ont indiqué ne pas avoir relevé de menace sécuritaire substantielle liée à la technologie de Huawei.

Selon les fournisseurs de téléphonie mobile, la firme chinoise est clairement meilleure – et moins chère – que la concurrence pour le déploiement de la 5G, grâce à sa technologie Mimo, qui permet de gérer plusieurs centaines d’antennes en parallèle. L’an dernier, la France, l’Allemagne et la Belgique ont indiqué ne pas avoir relevé de menace sécuritaire substantielle liée à la technologie de Huawei. L’Espagne, le Portugal et la Suisse ont déjà signé des contrats.

Huawei a déjà finalisé une cinquantaine d’accords à travers le monde et est le leader sur le développement des infrastructures de réseaux mobiles. La déclaration du commissaire européen à l’Industrie, Thierry Breton, mardi, laisse les portes ouvertes à Huawei, sous certaines conditions, et suit la logique de la décision britannique.

Frustration américaine

Le contrat britannique avec Huawei est donc bien confirmé, mais la firme privée chinoise ne pourra pas déployer ses antennes et ses mâts de transmission du signal près des zones stratégiques. Par ailleurs, sa part de marché sera limitée à 35%. Elle se voit aussi affublée d’une description peu flatteuse, celle de "vendeur à haut risque". Ces nouveaux éléments visent davantage à soulager la frustration des Américains qu’à avertir les Chinois, puisque ceux-ci investissent déjà dans d’autres projets aussi sensibles, comme la future centrale nucléaire d’Hinkley Point C.

L’officialisation de cet accord constitue un moment pivot dans les relations politiques, commerciales, technologiques et sécuritaires entre le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l’Union européenne et la Chine. Celles-ci sont plus imbriquées et interdépendantes que jamais, avec notamment le conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine, les futures négociations commerciales entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, ainsi qu’entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis.

Signe post-Brexit

Cette rebuffade britannique vis-à-vis des Etats-Unis peut être interprétée comme un signe favorable pour les relations post-Brexit, et comme la confirmation que les Etats-Unis passent après l’Union européenne dans l’esprit de Downing Street. Elle confirme aussi que la Chine sait, elle aussi, de mieux en mieux faire pression sur les Britanniques, de façon plus ou moins directe. Divers partenariats économiques et financiers ont été signés ces dernières années, notamment une plateforme entre les bourses de Londres et de Shanghai, lancée l’été dernier.

Taxe Gafa

Au-delà du dossier Huawei, Downing Street est également sourd aux menaces de Donald Trump à propos de la taxe Gafa. Le ministre britannique de l’économie Sajid Javid a confirmé la semaine dernière que les géants américains du net seraient bien taxés à hauteur de 2% de leurs revenus, après l’introduction d’une loi en avril.

L'UE ne ferme pas la porte

L'Europe ne s'oppose pas par principe à Huawei et mise sur la dilution

L’Europe n’a pas l’intention de fermer par principe sa porte à Huawei dans le développement de la cinquième génération de standards de téléphonie mobile. Le commissaire en charge du superportefeuille du Marché intérieur Thierry Breton a indiqué devant le Parlement européen mardi qu’il entend fixer des "règles strictes" pour le développement du réseau 5G. "Il ne s’agit pas d’être discriminant, il s’agit tout simplement de fixer des règles. Elles seront strictes et on accueillera en Europe tous les opérateurs qui voudront bien les appliquer", a-t-il précisé, selon un compte rendu de l’AFP.

Le commissaire français doit présenter ce mercredi une "boîte à outils" qui vise à aider les États membres à déployer la 5G en ayant "plusieurs sources de fournisseurs". La dilution des opérateurs limiterait les risques.

Le message envoyé par Thierry Breton entre en résonance avec l’option prise à Londres. Alors que les États-Unis, l’Australie et le Japon ont banni l’opérateur Huawei de leur territoire, les États membres de l’UE demeurent divisés sur le sujet.

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