analyse

Cinq éléments pour tout savoir sur la collaboration Orange-Proximus

©Dieter Telemans

La nouvelle coalition Orange-Proximus suscite l’enthousiasme. Mais concrètement, que faut-il en espérer? Le tour de la question en cinq points clés.

Mutualiser les coûts pour l’implantation d’une infrastructure onéreuse, cela semble aller de soi. Certains spécialistes se demandent même pourquoi les opérateurs n’y ont-ils pas pensé plus tôt, comme plusieurs de nos voisins européens. Autre signe de l’intérêt de l’initiative: la réaction qu’elle suscite du côté de la concurrence. Laissé sur la touche, Telenet regrette de ne pas pouvoir profiter de la fête et a fait ce vendredi un pas vers ses deux concurrents pour entrer dans la danse. Ces derniers ne sont à priori pas contre l’idée d’en discuter. La révolution est donc sur les rails.

1/ Quelle influence sur les prix?

"Cela permettra sans doute de réduire encore un peu plus les zones blanches où le réseau est très mauvais et les données inexistantes ou presque."

Proximus l’a déjà annoncé, la co-entreprise devrait permettre dès 2024 un joli paquet d’économies. De l’ordre de 40 millions d’euros par an. Mais une baisse des coûts ne signifie pas pour autant nécessairement un effet direct sur les prix pour le consommateur. C’est même en réalité assez peu probable. "Ce deal s’intègre avant tout dans une politique de meilleure gestion de la structure des coûts. On serait évidemment pour un tel effet, mais on ne s’attend pas à une diminution liée à ces économies", confirme David Wiame, le spécialiste télécom de Test-achats.

L’intérêt sera ailleurs pour le consommateur. La mise en commun devrait améliorer la couverture globale pour les utilisateurs d’Orange et de Proximus. "Cela permettra sans doute de réduire encore un peu plus les zones blanches où le réseau est très mauvais et les données inexistantes ou presque", explique encore le spécialiste de Test-achats.

2/ La coalition peut-elle modifier la consommation de data en Belgique?

Testez la puissance de la 5G

La 5G, l’internet mobile à très haute vitesse, doit offrir des connexions plus performantes, plus fiables et surtout plus rapides que la 4G. Mais que signifie vraiment “plus rapide”? L’Echo vous propose de faire le test.

Du côté de l’offre de données mobiles, la Belgique n’est pas vraiment une bonne élève. En réalité, l’offre dans notre pays est même parmi les moins intéressantes d’Europe. "Avec la Grèce et l’Allemagne, la Belgique est parmi les pays les plus chers. Du coup, les utilisateurs préfèrent limiter leur consommation pour éviter les factures hors de prix", explique David Dupont, un spécialiste du secteur. Aujourd’hui, un abonnement à 28 euros offre 10GB.

A titre de comparaison, chez nos voisins hollandais, il en coûte trois euros de moins pour un abonnement illimité. Avec de tels tarifs, le Belge est du coup plutôt économe avec ses données si bien que la consommation en moyenne par utilisateur est l’une des plus basses d’Europe. L’alliance pourrait-elle revoir la donne? "Cela pourrait si les opérateurs revoient leur politique de prix et mettent fin aux frais en cas de dépassement du forfait qui font exploser la facture", explique David Dupont. Mais le déploiement de la 5G pourrait bien changer la donne. "La capacité qu’offrira le réseau supprimera la question du volume. La distinction se fera alors sur la vitesse", précise le spécialiste.

3/ Quelle est la situation ailleurs en Europe?

Si l’entente est une première en Belgique, elle n’a rien d’exceptionnelle. Plusieurs pays sur le continent ont également décidé de mettre en commun le développement de leurs infrastructures. Les deux exemples les plus récents viennent d’Espagne et du Royaume-Unis où Vodafone a noué un partenariat avec respectivement Orange et O2. Deux collaborations qui ont pour but l’implantation de la fameuse 5G dont les coûts d’infrastructures sont énormes.

"En Espagne, les premières collaborations datent des années 2005-2006."
David Dupont
Spécialiste du secteur

Les collaborations entre concurrents remontent même parfois à très longtemps. "En Espagne, les premières collaborations datent des années 2005-2006", assure David Dupont, un spécialiste du secteur. "En Suède, l’entente entre les opérateurs a débuté avec le lancement de la 4G, donc vers 2012; Au Danemark, cela date du développement de la 3G", illustre encore le spécialiste. La mise en commun de l’investissement semble d’autant plus importante que le coût de l’implantation de la 5G s’annonce colossal. "Il faut compter au moins 6.000 euros par antenne et il en faut trois fois plus pour supporter le réseau", précise encore David Dupont.

4/ Cet accord laisse-t-il encore la place pour un 4e opérateur en Belgique?

Evoquée tel un mirage depuis des mois, on risque d’attendre encore longtemps l’arrivée d’un 4e opérateur, même si cet accord ne met pas complètement en péril une potentielle arrivée. La porte reste ouverte car on ne parle que d’un partage d’infrastructures dans le cadre de la co-entreprise de Proximus et Orange et non pas de services ou produits communs (qui seraient mis en cause par les autorités de concurrence et le régulateur).

Si l’ancien ministre des Télécoms, Alexander De Croo, a poussé régulièrement pour l’arrivée d’un quatrième opérateur, la réalité complexe du marché belge n’incite pas les amateurs à poser leurs valises chez nous. Souvent évoqué, l’opérateur français Free aurait tort de ne pas considérer sa venue vu la situation actuelle en Belgique qui est du type à attirer l’opérateur disruptif français.

5/ Pourquoi le régulateur n’a-t-il jamais scindé les activité commerciales et l’infrastructure de Proximus?

Séparer les activités commerciales des infrastructures de l’opérateur historique: sur le papier, l’idée parait séduisante sauf que dans les faits, cela n’a pas beaucoup de sens. Cité en exemple, Infrabel n’est en fait pas comparable car il s’agit d’une infrastructure non-réplicable, même en partie, à l’inverse d’un réseau télécom (d’où l’existence de 3 réseaux mobiles).

Proximus avait, il est vrai, avec son réseau fixe qui passe dans toutes les maisons, un avantage considérable du temps de son monopole. Celui-là aurait pu être séparé des activités commerciales. Il existe d’ailleurs une disposition prévue par la régulation (la séparation fonctionnelle) mais, considérée comme une bombe atomique, elle n’a jamais dû être activée car Proximus, à l’instar des autres opérateurs historiques européens, a été régulé autrement: en ouvrant son réseau aux concurrents sous l’égide du régulateur.

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