Comment Dominique Leroy veut éviter un plan social à Belgacom

©REUTERS

Eviter un scénario à la Delhaize. Se pencher au plus vite sur le problème du coût des salaires chez Belgacom. Mobilité et flexibilité. Dominique Leroy s’épanche sur la stratégie de l’opérateur historique.

Dominique Leroy était en déplacement mercredi à Liège, invitée par les membres du Cercle de Wallonie à venir exposer sa vision sur l’évolution du marché des télécoms.

Un exercice nouveau pour la patronne de Belgacom, périlleux. "Je ne dois pas vous rappeler les péripéties du B19 (où son prédécesseur Didier Bellens s’en était pris à l’État actionnaire, précipitant sa chute, NDLR) Les cercles d’affaires sont devenus un terrain miné pour les CEO d’entreprises publiques fleurons", se permettra d’ailleurs de dire Jean-Pascal Labille, présent pour l’occasion.

 

Stabiliser le coût des salaires pour éviter le plan social

Stabiliser le coût des salaires pour éviter le plan social

Belgacom veut retrouver la croissance dès 2016, c'est ce que dit Dominique Leroy dans Trends. Elle explique que pour atteindre cet objectif, il faut rendre la société plus flexible et plus simple. Donc, la question du coût du personnel est sur la table. Il faut savoir que le coût du personnel est presque deux fois plus important chez l'opérateur historique que chez son concurrent Telenet.

La CEO veut donc discuter avec les syndicats pour "voir comment réduire les coûts". C'est nécessaire: "Si on ne le fait pas, nous nous retrouverons potentiellement dans la situation de Delhaize. Pendant des années, Delhaize n'a pas pris ce genre de décision. A un moment, le marché les rattrape et ils doivent aller vers un plan social drastique, qui peut faire très mal. Je voudrais éviter que cela arrive chez Belgacom", explique Dominique Leroy dans Trends.

Quelle seront les méthodes pour stabiliser les coûts des salaires? Simplifier la société, investir dans des processus et de systèmes IT pour réduire la masse de travail. Diminuer les recours à la sous-traitance. Améliorer la flexibilité et la mobilité. Belgacom devrait aussi diminuer le nombre de ses TGR (top group ressources, les hauts cadres).

Il pourrait y avoir des licenciements secs. Dominique Leroy parle de plans de départ à élaborer dans certains départements: "il pourrait y avor des licenciements spécifiques". Mais "je ne veux pas faire de plan social", affirme-t-elle.

• "Une société qui n’est plus en croissance est une société qui se meurt à petit feu"

À son ministre de tutelle, Labille, qui a listé ses priorités pour Belgacom ("viabilité à long terme de l’entreprise, innovation grâce à l’investissement dans les réseaux, mise à disposition de services pour tous"), Dominique Leroy répondra en faisant du… Dominique Leroy.

Cadrée, sans surprise… mais franche dans le discours, et sans langue de bois. "Une société qui n’est plus en croissance est une société qui se meurt à petit feu", estime-t-elle, s’adaptant à son public.

"Vous êtes des entrepreneurs, des chefs d’entreprises, laissons le volet résidentiel de côté. Ce que Belgacom doit pouvoir vous offrir, comparé à d’autres acteurs comme Google ou Amazon, c’est une infrastructure locale, sécurisante pour stocker notamment vos données. Nous avons investi, cette année, 15 millions d’euros pour renforcer la protection de nos systèmes et engager du personnel spécialisé", détaille Dominique Leroy avec tout son allant et sa fibre marketing.

"Nous voyons d’énormes opportunités dans le traitement de ces informations foisonnantes qui sont, de plus en plus souvent, récoltées par les machines, le ‘big data’. Elles doivent aider les entreprises à faire évoluer les business traditionnels", ajoute-t-elle.

Et de revenir aussi sur les problématiques de mobilité et de flexibilité sur le (et hors du) lieu de travail. "Nous avons tous les outils pour imaginer plein de solutions. Nous devons simplement apprendre à mieux nous vendre", lance-t-elle.

Belgacom et la lourdeur de son organisation? "Nous manquons encore d’agilité. Nos talents sont parfois bloqués dans leur développement. Nous dialoguons avec les partenaires sociaux pour simplifier et s’attaquer enfin à cette inertie", admet la patronne.

Le re-branding en Proximus? "On parle, en 2014, avec le fixe et le mobile, d’un tout. Ce qui vous importe en tant que client, c’est avoir une connexion qui fonctionne partout et tout le temps. Nous avons opté pour la marque qui correspondait le mieux à nos valeurs".

• Racheter une chaîne de TV? Non!

Une (dernière) question détourne la discussion vers l’univers de la télévision. "Pourriez-vous racheter une petite chaîne wallonne?", demande l’assemblée (allusion à peine voilée au rachat de ‘Vier’ et ‘Vijf’par Telenet, annoncé la semaine dernière en Flandre). "Belgacom n’a pas pour vocation d’investir dans les contenus. Ce n’est pas notre core-business", tranche Dominique Leroy. S’il fallait retenir une information, ce serait celle-là.

 

• L'arrivée de Netflix

"L’arrivée de Netflix sera un gros bouleversement. On parle aux Pays-Bas de 400.000 clients en quelques mois", reprend-elle. "Nous pouvons éventuellement aider nos partenaires à faire du contenu, soutenir une production de qualité. Peut-être doit-on aussi apprendre, avec les chaînes, à être moins crispés les uns envers les autres", poursuit Dominique Leroy.

"Mais notre rôle, dans le modèle actuel de la télévision, restera principalement d’apporter les services et les plateformes permettant une consommation aussi flexible que les nouveaux canaux. Telenet a pris un autre tournant. Je ne sais pas pourquoi. Cela nous aidera à comparer deux stratégies, pour une fois, différenciées."

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